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Survie Midi Pyrénées

Survie est l’une des rares associations françaises engagées contre le néocolonialisme en Afrique. Soutenons-là !

16 Décembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Survie est l’une des rares associations

françaises engagées contre le néocolonialisme en Afrique.

Soutenons-là !


A rebours de toutes les déclarations qui voudraient faire passer la Françafrique pour de la vieille histoire, les évènements de 2011 ont hélas à nouveau prouvé combien notre combat est nécessaire : l’aide proposée par Michèle Alliot-Marie au dictateur Ben Ali en Tunisie, l’impérialisme militaire français décomplexé en Côte d’Ivoire, les "révélations" de Bourgi sur les mallettes d’argent africain qui inondent la vie politique française, le scandale de l’élection présidentielle camerounaise labellisée "acceptable" par la diplomatie française, etc... Plus que jamais, nous avons besoin du poids politique et des moyens financiers que nous offrent vos dons et adhésions pour faire avancer le combat contre la Françafrique ! Luttez contre la Françafrique, soutenez Survie !


Des défis importants en 2012

En 2011, Survie a poursuivi sans relâche son travail d’information, d’interpellation, de mobilisation et de recherche, pour exiger une réforme de la politique française en Afrique et porter un discours critique indispensable sur l’actualité (Côte d’Ivoire, Cameroun, etc.) grâce à l’action de ses groupes locauxet à travers ses multiples partenariats. Ce travail s’est accompagné d’une réflexion sur le fonctionnement interne de l’association, pour garantir et renforcer son efficacité et sa démocratie.

Plusieurs défis et événements importants nous attendent en 2012, dans un contexte électoral qui implique une forte mobilisation de notre association pour peser dans les décisions et les débats publics.

Les chantiers et activités prévues pour l’année qui s’annonce s’inscrivent dans les priorités définies lors de la dernière Assemblée Générale : renouveler et renforcer notre recherche sur la Françafrique (avec la création envisagée d’un poste salarié spécifique pour l’animation du travail de recherche), renforcer la mobilisation et l’adhésion des citoyens à notre combat (grâce à une campagne de mobilisation et d’interpellation des citoyens et décideurs politiques pour exiger la fin du soutien aux dictatures), développer nos partenariats.

La publication en février d’un Dossier noir sur Areva en Afrique et sa promotion grâce à la mobilisation de nos 25 groupes locaux, sera un autre temps fort de cette année à venir. Deux autres Dossiers Noirs sont également programmés dans les prochains mois.


Des besoins financiers pour mener à bien ces projets

Sur un plan financier, notre situation est toujours précaire. L’association dépend pour l’essentiel des contributions de ses adhérent-e-s et de ses donateur-rice-s, garantes de son indépendance et de sa liberté de ton (les aides sur les contrats salariés, seul argent public que nous recevons, sont par ailleurs en forte baisse).

Il est un poste de dépense que nous ne pouvons diminuer, tant il est important pour la réussite de nos activités : l’équipe salariée. Déjà réduite à trois personnes au lieu de cinq en janvier 2011, l’équipe fait face depuis plusieurs mois à une importante surcharge de travail. Au vu des activités prévues en 2012, il est capital de la renforcer pour qu’elle continue d’assumer son rôle d’animation et de coordination, aux côtés et au service des 1700 adhérent-e-s et des centaines de militant-e-s actif-ve-s de l’association qui font de Survie une association dont le volume d’activités militantes est considérable si on le rapporte à ses moyens.

Ces moyens il faut assurer leur pérennité. C’est la raison pour laquelle nous profitons de cette fin d’année pour vous inviter à soutenir Survie et vous rappeler les dispositions fiscales liées aux dons.


Luttez contre la Françafrique ! Soutenez Survie !

Nous vous invitons donc, dans la mesure du possible, à effectuer un don qui vous permettra d’une part d’atteindre la contribution que vous voulez effectivement apporter à Survie, et d’autre part de renforcer les finances de l’association et lui permettre de poursuivre ses combats en 2012.

Grâce à vos dons et à vos adhésions, la portée du message de Survie et l’impact de ses revendications seront renforcés dans le contexte de la présidentielle française.

En plus de pérenniser les finances de l’association, votre contribution et/ou votre adhésion augmentera considérablement notre poids politique en 2012. Faites adhérer des personnes autour de vous sensibles aux idées de Survie, et aidez nous ainsi à atteindre notre objectif : + de 2000 adhérent-e-s pour lutter contre la Françafrique !

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Fabrice TARRIT Président de Survie


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Madagascar : le pillage

13 Décembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Débats, films et conférences

12 décembre 2011

Madagascar : le pillage

L’accaparement des terres en Afrique ne date pas d’aujourd’hui. Elle a commencé avec la colonisation mais le processus s’accélère actuellement avec des sociétés d’investissement qui achètent des terres laissées en friches et profitent de la demande accrue de surfaces cultivables pour spéculer. Le cas de Madagascar est édifiant. Interview de Mamy Rakotondrainibe, présidente du Collectif pour la Défense des Terres Malgaches (TANY).

 

Billets d’Afrique (BDA) : Pour quelles raisons Madagascar est-elle particulièrement touchée par l’accaparement des terres ?

Mamy Rakotondrainibe : Les autorités malgaches cherchent à attirer les investisseurs afin d’obtenir des fonds pour alimenter leurs budgets (sans parler de la corruption). 70% des recettes du budget de l’Etat dépend de l’extérieur depuis plusieurs années. Ceci explique l’intense recherche d’investisseurs à travers le monde avec des offres alléchantes dont les terres agricoles font partie. D’autre part, de nombreuses surfaces sont considérées comme non cultivées, soit parce que la densité de population est faible, soit que l’eau est insuffisante pour des cultures de grandes surfaces. Sur ces terres vivent des familles dispersées ou regroupées en petits hameaux, où elles assurent leur alimentation de subsistance.

 

Quelles sont les sociétés étrangères qui tentent d’accaparer des terres à Madagascar et y-a-t-il parmi elles, des sociétés françaises ?

La célèbre affaire Daewoo (1,3 millions d’ha) est devenue emblématique du problème de l’accaparement des terres et a montré que Madagascar était particulièrement vulnérable face à ce type de prédation. Grâce à la mobilisation nationale et internationale, ce projet n’a pas pu se réaliser, et a contribué en partie à la chute de Marc Ravalomanana. Il existe bien d’autres cas d’accaparement de terres en cours à Madagascar. On peut citer l’action des sociétés indiennes comme Varun sur des surfaces situées dans le nord et l’ouest de l’île, et Landmark dans le centre sud. Des investisseurs australiens, mauriciens, des Européens comme l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont également cités dans les rapports de recherches. Sont présentes des sociétés françaises comme le Groupe Cailler, Soabe et New Ecological Oil en plus de Sopremad, un groupe mixte franco- malgache. [1]

Le Collectif TANY s’oppose à la vente des terres et aux baux emphytéotiques (location pour 50 et 99 ans) et rejoint d’autres représentants de la société civile dans leur lutte pour aboutir à la transparence de toutes les tractations. Le Collectif réclame particulièrement l’annulation de la loi 2007-036 sur les investissements qui autorise l’achat de terres par les étrangers à partir du moment où ils sont associés à des Malgaches. La conséquence pratique est que souvent l’investissement est réalisé sous couvert d’une entreprise malgache.

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Madagascar 2010Photo sous licence Creative Commons

Que rapporte à l’Etat malgache cette politique sur les terres ?

Sur les ventes de terres, on ne connait pas les sommes rapportées car les dossiers sont opaques. Cette situation alimente la suspicion de corruption, sinon pourquoi ce manque de transparence ? Les locations pour les baux emphytéotiques aurait été de 0,80 dollar US par hectare et par an [2]. Nous ignorons, par contre, les chiffres réels que les redevances et rentrées fiscales de ces locations de terres ont rapporté à l’Etat, aux régions et aux communes.

Dans certains contrats, sont évoquées des contreparties telles que la construction de routes, d’écoles, de puits, quelquefois de centres médicaux que les investisseurs fournissent à la place de l’Etat. Dans d’autres dossiers, rien n’est écrit et les contreparties sont seulement formulées oralement avec les autorités locales ! Ces contreparties pour l’Etat et les populations doivent faire l’objet d’études concrètes et minutieuses pour vérifier leur réalité. C’est en effet, le principal argument avancé par les autorités et les défenseurs des investisseurs dont la préocupation n’est pas la souveraineté du pays ni l’indépendance alimentaire des générations malgaches futures .

 

L’Etat de la juridiction foncière, présente-t-elle des ambiguïtés qui favorisent l’accaparement des terres ?

Les lois malgaches sur le foncier, se sont longtemps appuyées sur les textes issus de la colonisation dont le but était de favoriser les titres de propriété pour l’acquisition de terres par les colons (à l’origine la terre appartenait à la collectivité) Pour que le paysan puisse être propriétaire reconnu par la loi de la terre qu’il cultive, il doit posséder un titre délivré par les services fonciers. Ceci necessite beaucoup de temps, des moyens financiers considérables et d’affronter une procédure administrative complexe. Pendant la colonisation et jusqu’en 2009, il existait une trentaine de services fonciers dans ce pays vaste comme la France et le Benelux réunis. Ainsi, en plus de cent ans, 400 000 titres ont été délivrés et seulement 1/15 de la surface de Madagascar a été immatriculée. Au total, 80% de la population paysanne ne possède pas de titres de propriété. Après la décolonisation, les terres non titrées sont devenues propriétés de l’Etat malgache. En conséquence, la majeure partie des paysans non posseurs de titre, cultivent des terres qui appartiennent de fait à l’Etat. C’est ce qu’on appelle la présomption de domanialité, alors que le droit coutumier n’est pas pris en compte. Donc l’état peut vendre les terres et les louer comme il l’entend.

C’est en 2005, qu’une réforme foncière essaye de modifier cet héritage colonial en reconnaissant les droits locaux en distinguant les propriétés privées titrées et les propriétés privées non titrées. La gestion en a été confiée aux collectivités décentralisées avec la création de « guichets fonciers » plus proches des populations où peuvent s’acquérir des certificats fonciers délivrés par les communes [3], beaucoup moins chers et plus rapides à acquérir. En cinq ans, 416 communes sur 1559 sont munis d’un guichet foncier et 60 000 certificats ont pu être ainsi délivrés [4]. Suite à la crise politique de 2009, les bailleurs de fonds qui soutenaient les guichets fonciers, ont arrêté leur financement ce qui a entrainé un ralentissement de la certification foncière et seules les communes qui en avaient les moyens ont pu poursuivre ce travail.

Les anciennes lois profitaient surtout à l’état malgache, on se doute que l’application de ces nouveaux textes ne font pas partie des urgences gouvernementales !

La loi 2007-036 qui facilite la vente des terres aux investisseurs étrangers, (dont le décret d’application n’est jamais paru), est citée comme référence dans une circulaire d’octobre 2010. Elle évoque une décision centralisée dans l’attribution des terres de vastes surfaces aux investisseurs. Le document délivré à la fin des procédures de demande de bail emphytéotique décrites par cette circulaire s’appelle « titre spécial ». Le nom de ce document va sûrement créer sur le terrain une grande confusion en faveur des investisseurs.

L’ensemble de ces textes n’est pas favorable à la petite paysannerie qui constitue la majorité de la population. La volonté gouvernementale de favoriser l’acquisition de terres par les investisseurs étrangers figure dans la Constitution votée en novembre 2010 dans l’article 1er : « Les modalités et les conditions relatives à la vente de terrain et au bail emphytéotique au profit des étrangers sont déterminées par la loi. »

 

Quels moyens de pressions sont utilisés par les investisseurs pour acquérir des terres et quelle est l’attitude du gouvernement malgache ?

Les instances internationales, Banque mondiale et FMI ont beaucoup poussé l’Etat Malgache à permettre aux investisseurs d’acquérir des propriétés foncières. En 2003, la loi sur les nationalités a autorisé les achats de terres par les étrangers, à condition que le montant investi soit au minimum de 500 000 dollars. La loi 2007-036 sur les investissements a encore plus favorisé ce genre de transactions.

La Banque mondiale, pendant la période où Ravalomanana était au pouvoir, a financé l’EDBM - Economic Development Board of Madagascar - structure mise en place auprès de la présidence dont l’objectif était de faciliter l’installation des investisseurs étrangers. En 2009, beaucoup pensaient que le financement de cette structure s’était tari comme les autres fonds de l’aide internationale. En fait, l’EDBM a simplement été déplacé sur le ministère de l’Aménagement du Territoire et de la Décentralisation où il a continué son activité !

Le pouvoir malgache de la Haute Autorité de la Transition recherche des fonds pour alimenter ses budgets, notamment en raison de la suspension des financements internationaux. L’attribution de terres agricoles de vastes surfaces constitue probablement l’un des volets du bradage des ressources naturelles visant à compenser partiellement ce déficit.

 

Connaissons-nous la surface des terres soustraite aux paysans malgaches et combien de familles sont-elles touchées ?

L’évaluation est difficile en raison du manque de transparence. Une récente publication parle de 3 millions d’hectares de surfaces qui ont fait l’objet de transactions en cours, suspendues ou réalisées à Madagascar entre 2005 et 2009 (2) mais cet inventaire n’est peut-être pas exhaustif. Quant au nombre de familles touchées, il est impossible pour l’instant de l’évaluer par insuffisance de données. Par contre le projet avorté de Daewoo qui portait sur 1,3 million d’hectares aurait spolié des centaines de milliers de familles.

 

Comment peut-on contrer le problème ?

L’interpellation des autorités locales, régionales et nationales, les échanges d’information entre tous les citoyens, une solidarité forte avec les paysans au niveau national et international sont les actions que nous menons et les objectifs que nous visons. Pour faire face aux investisseurs transnationaux qui font chorus avec le pouvoir malgache, il faut établir un rapport de force. Les citoyens malgaches doivent unir leurs forces de mobilisation avec celles des citoyens des autres pays, car l’accaparement des terres aujourd’hui n’a plus de frontières. L’information des familles paysannes et des citoyens malgaches est une action prioritaire. De nombreuses données montrent que les droits des populations concernées ne sont pas pris en compte. Elles sont peu consultées, et partiellement informées du jargon utilisé dans les propositions de contrats.

Des déplacements de populations et de tombeaux auraient eu lieu dans certaines régions. Le retard des informations concernant ces évènements auprès des malgaches a nui pour une mobilisation efficace. Les populations touchées s’expriment peu, rendues prudentes par les pressions exercées par certaines autorités mais aussi parce que des avantages à court terme sont proposés. Il est indispensable d’évaluer toutes ces propositions sur le long terme.

Les droits des ouvriers agricoles ne sont pas toujours respectés. La société Delta Jatropha qui avait embauché des paysans démunis de leur terre n’a pas payé les indemnités de licenciement ni versé le dernier salaire, lorsqu’ elle a arrêté son activité en 2009. C’était pourtant des dispositions contractuelles. Des révoltes de paysans face à des accaparements de terres ont été durement réprimées, par exemple à Analavory en 2006. La liberté d’expression limitée à Madagascar constitue un obstacle majeur aux actions d’opposition. Le foncier est un sujet très sensible et les familles malgaches ne cèdent leurs terres que si elles y sont obligées.

Des organisations paysannes et associations de la société civile à Madagascar luttent contre l’insécurité foncière .Les associations comme le Collectif TANY ont un rôle de veille et d’information des populations malgaches afin qu’elles puissent être informées des conséquences des accaparements de terres. Nous informons l’opinion publique internationale sur le développement de ces spoliations afin de déclencher des mouvements de solidarité. Une pétition dans ce sens est en cours de signature suite à une vague d’expulsions en 2011.

La mise en place d’une politique foncière et agricole favorable aux petits paysans malgaches, constiturait face à l’agrobusiness une alternative efficace pour atteindre l’autosuffisance alimentaire et contribuerait à la paix sociale.

 

Propos recueillis par Marc Reymond

Photo prise à Antananarivo sous licence Creative Commons par Olivier Lejade

[1] Après Daewoo ? Etat des lieux et perspectives des appropriations foncières à grande échelle à Madagascar p.52 et suiv.

[2] Burnod Perrine et al. « Régulations des investissements agricoles à grande échelle » Études de Madagascar et du Mali, Afrique contemporaine, 2011/1 n° 237, p. 111-129. DOI : 10.3917/afco.237.0111.

[3] Rochegude Alain « La terre, objet et condition des investissements agricoles ». Quels droits fonciers pour l’Afrique ? Afrique Contemporaine 2011/1 n° 237 p.85-96. DOI : 10.3917/afco.237.0085

[4] Landscope 4 : Certification foncière : pourquoi et pour qui ?

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Lettre ouverte concernant la position de l’Etat français vis-à-vis du gouvernement gabonais

13 Décembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

12 décembre 2011

Lettre ouverte concernant la

position de l’Etat français vis-à-vis du gouvernement gabonais

A la veille des élections législatives gabonaises du 17 décembre 2011, l’association Survie a adressé une lettre ouverte au Ministre des Affaires étrangères afin de l’alerter à propos de la situation sociale, politique et de la démocratie au Gabon et de l’enjoindre de modifier les relations du gouvernement français avec Ali Bongo et son régime. La France maintient des relations diplomatiques, politiques et économiques très fortes avec le Gabon, alors que le régime en place n’offre aucune garantie du respect de la démocratie.

La lettre est accompagnée d’un dossier d’information décrivant les différentes facettes des relations entre la France et le Gabon et les éléments saillants de la situation politique et sociale qui prévaut au Gabon aujourd’hui.

PDF - 419.5 ko    Dossier d’information : législatives du 17 décembre 2011 au  Gabon :
encore des élections pour renforcer une dictature
                                    

Paris, le 9 décembre 2011

Objet : Lettre ouverte concernant la position de l’Etat français vis-à-vis du gouvernement gabonais

Monsieur le Ministre,

Le Gabon organise des élections législatives le 17 décembre 2011. Notre association, Survie, tient à vous alerter sur la situation qui prévaut à quelques jours de ces élections, concernant la préparation des élections et, plus largement, la situation sociale et politique.

Ali Bongo a été déclaré président suite à l’élection présidentielle de 2009, alors même que de nombreuses voix et observateurs internationaux ont souligné les fraudes massives du scrutin et l’absence de transparence des résultats. Depuis cette élection extrêmement contestée, la façon de gouverner d’Ali Bongo ne se différencie guère de la politique dictatoriale de son père. Les structures institutionnelles n’ont guère évolué et de l’Assemblée nationale au Sénat, en passant par la Cour constitutionnelle, le Conseil national de la communication et la Commission électorale autonome et permanente, le parti au pouvoir règne en maître absolu.

Depuis 2009 et plus particulièrement cette dernière année, de nombreuses personnalités de la société civile, de partis d’opposition et même du parti au pouvoir [1], dénoncent cette situation. Elles insistent, entre autres, sur le changement de constitution qui a arrogé de très nombreux pouvoirs au chef de l’Etat, et ne permet ni l’indépendance de la justice, ni le contrôle démocratique des forces militaires. Ces acteurs soulignent également le manque de transparence autour du processus électoral pour les élections législatives à venir.

Depuis sa création en février 2011, le mouvement « Ça suffit comme ça ! » qui regroupe de très nombreux acteurs des syndicats, d’ONG, des personnalités politiques ainsi que des membres des différentes confessions, réclame la démocratie et dénonce des institutions au service exclusif du clan Bongo et du pouvoir.

Ce mouvement appelle à boycotter ou refuser les élections législatives, reprochant l’absence certaine de transparence du processus électoral et l’absence de prise en compte de leurs revendications. La démocratie suppose, en effet, des institutions fortes qui reflètent la pluralité des acteurs de l’expression démocratique gabonaise. Les principaux partis d’opposition, le MESP de Mwang Mbanding, la majorité des cadres de l’UPG dont le leader Pierre Mamboundou vient de décéder, et les candidats de l’Union National – parti interdit et dirigé par Mba Obame – refusent de se prêter au jeu de ces élections.

Face à ces mouvements sociaux et politiques, Ali Bongo et son gouvernement refusent tout dialogue, font pression sur les individus et les partis d’opposition, n’hésitent pas à licencier des fonctionnaires, et utilisent la répression policière et militaire – comme ce fut le cas à Port-Gentil en septembre 2009, en contestation du résultat officiel des élections, où de nombreux morts ont été dénombrés [2].

Le gouvernement français avait légitimé l’élection d’Ali Bongo en août 2009 en reconnaissant le prétendu vainqueur. Le secrétaire d’Etat à la Coopération de l’époque, Alain Joyandet, avait repris le 15 octobre 2009 à Libreville l’affirmation selon laquelle « le déroulement du scrutin comportait certes quelques faiblesses, mais en tout état de cause, ça ne pouvait pas remettre en cause la validité dudit scrutin ». L’exécutif français poursuit depuis d’excellentes relations avec le gouvernement gabonais, comme l’illustrent diverses visites d’Ali Bongo à l’Elysée ou du Président de la République et du Premier Ministre français au Gabon. Ces relations sont de plus marquées par les très lourds soupçons de financement occulte alimentés par les déclarations récentes de Messieurs Bourgi, Bonnecorse et Jocktane, par les pressions politiques sur l’affaire judiciaire des Biens Mal Acquis, ou encore par le refus injustifiable de laisser entrer sur le territoire français un militant d’ATTAC Gabon pourtant détenteur d’un visa, juste au moment d’une tournée en Europe d’Ali Bongo, fin octobre. Il faut dire que le gouvernement français actuel ne cache pas l’importance stratégique de sa relation avec le Gabon, notamment sur le plan militaire, puisque le pays est le « premier point d’ancrage de nos forces pré-positionnées sur la façade atlantique du continent », comme l’indique sans ambages le site internet du Ministère des Affaires Étrangères

A l’heure où les révolutions en Tunisie, en Egypte ou en Syrie montrent qu’il n’est plus possible de soutenir des dictateurs contre leur peuple, et où votre gouvernement dit s’engager pour la démocratie, les droits humains et la transparence des élections comme gage de démocratie, nous vous demandons d’être cohérent entre vos déclarations et vos actes, et de cesser de bafouer ces principes lorsqu’il s’agit des pays issus des anciennes colonies françaises d’Afrique.

Monsieur le Ministre, vous devez opérer un réel changement dans votre politique vis-à-vis du Gabon. La France ne doit pas freiner les changements politiques en cours chez ses alliés, au moment où des peuples essaient de conquérir leur démocratie.

Nous invitons la diplomatie française à cesser de cautionner le régime actuellement en place au Gabon, notamment en cessant de valoriser son rôle au niveau international ou aux Nations Unies, et à interpeller Ali Bongo et son gouvernement sur la situation de la démocratie au Gabon. Nous vous demandons notamment de faire savoir votre préoccupation concernant la tenue d’élections législatives préparées sans transparence et sans respect des engagements pourtant pris par l’Etat lui-même vis-à-vis des diverses composantes politiques et de la société civile en mai 2011.

Il nous semble primordial que la diplomatie française, qui se dit sensible aux aspirations des peuples, prenne publiquement ses distances avec Ali Bongo tant que n’auront pas été organisées des élections reconnues comme libres et transparentes par les diverses composantes sociales et politiques gabonaises, dont, notamment, le mouvement « Ca suffit comme ça ! ».

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de notre considération.

L’association Survie


[1] C’est le cas des député Paulette Oyane Ondo et Jean Christophe Owono, suspendus du parti présidentiel suite à ces prises de position.

[2] Trois morts, selon le parti au pouvoir ; 22 selon le journal « L’Union », réputé proche du pouvoir ; 57 selon l’opposition.

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Soirée débat: Dans les coulisses de la crise ivoirienne le ven 9 décembre 2011

3 Décembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Débats, films et conférences

Vendredi 9 décembre 2011 à la librairie terra Nova à 20h30

 

L'association Survie Midi Pyrénées vous propose une soirée débat:

 

Dans les coulisses de la crise ivoirienne

Avec David Mauger (Survie)

Bien loin de la caricature véhiculée dans nos médias et du silence qui lui a succédé après la spectaculaire opération française du printemps dernier, la crise ivoirienne s'inscrit dans un long conflit politico-militaire où la France ne cesse de jouer avec le feu. A la veille des élections législatives, nous examinerons la situation politique et sociale ivoirienne et situerons les intérêts français en jeu.


David Mauger, membre du CA de SURVIE, et personne ressource de l'association sur la situation ivoirienne. David Mauger écrit régulièrement des articles dans Billets d'Afrique et d'Ailleurs sur les relations franco-ivoiriennes.


carte

Librairie Terranova  18 rue Gambetta  31000 Toulouse

 

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