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Survie Midi Pyrénées

Sortie du livre d'Odile Tobner: "Du racisme français, Quatre siècles de négrophobie"

20 Novembre 2007 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Ouvrages, dossiers, essais et romans...

Du racisme français, Quatre siècles
de négrophobie

Odile Tobner
Les Arènes, 2007

 

  Les récentes saillies négrophobes d’Hélène Carrère d’Encausse, Alain Finkielkraut ou Nicolas Sarkozy ne sont pas de malheureux dérapages mais la continuité désolante de préjugés nourris depuis quatre siècles.

 

Depuis le Code noir (1685), rares sont les intellectuels français qui ont remis en question le socle raciste sur lequel repose notre regard sur "les noirs", africains ou antillais.

Qui, en France, sait que Saint-Simon, Bossuet, Montesquieu ou Voltaire ont commis, sur ces questions, des pages monstrueuses ? Que Renan, Jules Ferry, Teilhard de Chardin, Albert Schweitzer ou encore le général De Gaulle leur ont emboîté le pas ?

Le pays des Lumières et des Droits de l’homme n’aime pas se voir en ce miroir-là. Odile Tobner révèle que la négrophobie est largement ancrée dans notre héritage. Il est plus que temps de décoloniser les esprits...

Présentation de l’ouvrage par l’auteur

POURQUOI AVOIR ÉCRIT CE LIVRE ?   Odile Tobner : Présidente de l’association Survie, je constate tous les jours à quel point l’acceptation des liaisons criminelles de la France avec les dictateurs en Afrique s’appuie sur une tradition idéologique ancienne, que François-Xavier Verschave, Boubacar Boris Diop et moi avons baptisée « négrophobie » en 2005. Comme le constate Eva Joly dans son dernier livre, « la décolonisation des esprits n’a pas eu lieu ». Et ce verrou intellectuel permet à la société française d’accepter en Afrique des pratiques qu’elle ne tolèrerait pas en Europe.

COMMENT SE DÉFINIT LA NÉGROPHOBIE ? Il s’agit du discours raciste appliqué aux noirs. Si on en cite çà et là quelques perles, personne n’en a jamais présenté une vue d’ensemble. Or en reprenant toute l’histoire de ce discours, je me suis rendu compte à quel point il était profondément enraciné dans notre culture, y compris chez les philosophes des Lumières. 

EN QUOI PEUT-ON PARLER D’UN RACISME SPÉCIFIQUEMENT FRANÇAIS ? La France n’a pas le monopole du racisme ni de la négrophobie. Mais notre pays a la particularité d’évacuer totalement une partie de son histoire intellectuelle, peu reluisante. C’est ainsi que le célèbre texte de Montesquieu, De l’esclavage des Noirs, est présenté aujourd’hui comme ironique, ce qui est un contresens absolu. Voltaire et L’Encyclopédie ont commis, sur ces questions, des pages monstrueuses. Et quand l’académicienne Hélène Carrère d’Encaussse ou le philosophe Alain Finkielkraut « se lâchent », dans des interviews récentes, ils s’appuient sur un terreau de préjugés nourri depuis quatre siècles. 

CES PRÉJUGÉS DÉCOULAIENT-ILS DE LA CONQUÊTE COLONIALE ? La colonisation a été une politique souvent violente. Mais ma grande surprise, en réalisant cette histoire de la négrophobie française, c’est de constater qu’il n’y a pas superposition automatique entre les tenants de la colonisation et ceux qui professent la négrophobie – même si, au XIXe siècle et jusqu’en 1945, il ne se trouve pas un intellectuel français pour douter de l’inégalité des races…

QUE PENSEZ-VOUS DES CRITIQUES RÉCENTES DE PASCAL BRUCKNER OU DE NICOLAS SARKOZY STIGMATISANT UNE VAGUE DE « REPENTANCE » QU’ILS ESTIMENT MALSAINE ? Il s’agit de la plus efficace des censures pour empêcher la remise en cause de notre légende dorée, escamotant d’un coup les pans honteux de l’histoire des idées dans un nuage obscur. Certes le passé est le passé, rien ne peut le changer. Mais il est malsain de l’ignorer ou de le déguiser. Les relations fondées sur le mensonge sont destructrices pour tout le monde. Sortons le cadavre du placard, l’atmosphère s’en trouvera embaumée de liberté.

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