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Lundi 23 Février 2009



"UN ALLER SIMPLE POUR MAORÉ"

Bienvenue en françafrique

Projection unique suivie d'une rencontre avec la réalisatrice Agnès Fouilleux et  avec David  Rohi, salarié de la CIMADE au centre de rétention de Cornebarrieu,
(ventes des places dès le samedi 14 février aux tarifs habituels du cinéma).

Débat animé par Survie 31

Ciné débat en compagnie

de la réalisatrice Agnès Fouilleux


Véritable brûlot, “Un aller simple pour Maoré” (Mayotte) raconte comment la France a mis la main sur l'archipel des Comores. Une enquête exceptionnelle qui éclaire le destin de gens plongés dans la misère par des stratégies géopolitiques peu reluisantes. La réalisatrice, Agnès Fouilleux, raconte.


Mayotte possède des plages de rêve. Leur seul défaut : des cadavres viennent régulièrement s’y échouer. Depuis 1994 et l’instauration par le gouvernement Balladur de visas pour les ressortissants comoriens – au mépris des résolutions de l’ONU, on estime entre 4 000 et 5 000 le nombre de migrants disparus en mer en tentant de rejoindre Maoré. Ceux qui y sont arrivés se sont installés dans cette possession française, où ils représentent un tiers de la population. Exploités mais indispensables à l’économie de l’île, ils sont les victimes d’une histoire qui exhale les pires relents de la Françafrique.




Manipulations électorales, barbouzeries, violation des résolutions de l’ONU, répression aveugle, mépris des populations… Au-delà du quotidien des Comoriens, le film d’Agnès Fouilleux révèle de sombres histoires bien connues des îliens mais soigneusement passées sous silence en Métropole. « Je m’intéresse à des problèmes qui ne sont pas tellement à la mode, euphémise la réalisatrice. J’ai été sensibilisée à la situation de Mayotte par des amis et des parents qui y ont vécu. Les chaînes auxquelles j’ai proposé mon projet étaient intéressées mais elles me demandaient de gommer les aspects politiques et de me concentrer sur l’aspect humain de la migration. J’ai refusé. »

Agnès Fouilleux doit donc se débrouiller par ses propres moyens… « Le CNC m’a également refusé ses aides. C’est très difficile, en France, de financer des films d’investigation, d’être soutenu dans un travail de fond qui demande beaucoup de temps sans certitude de résultats. » Elle mettra plus de deux ans à réaliser Un aller simple pour Maoré, tout en travaillant pour le magazine de la montagne de France 3, Chroniques d’en haut.

Même si le tournage est déjà loin, le film reste furieusement d’actualité. « Les heurts sont fréquents entre Maorais et Comoriens, même si les uns ne peuvent pas se passer des autres. Et les secrétaires d’Etat à l’Outre-Mer continuent à défiler, promettant plus d’hommes et de nouvelles vedettes pour faire la chasse aux Anjouanais et intercepter les(barques de clandestins). Allant jusqu’à la remise en cause du droit du sol, comme François Baroin. »

Film courageux, film brûlot, Un aller simple pour Maoré évite pourtant le militantisme grâce à la qualité de son travail d’enquête. « Je suis allée voir tout le monde, du préfet au clandestin. Je n’accuse personne en particulier, je constate seulement que la seule politique mise en œuvre, quels que soient les gouvernements, c’est la répression. Il me semble que ce n’est pas la bonne solution. Je suis choquée de ne jamais entendre parler de coopération régionale, alors que c’est la France qui a créé la situation désastreuse de Mayotte et des Comores. »

Il s’en est fallu de peu pour que cet éclairage indispensable sur les basses-œuvres géopolitiques de notre République ne demeure invisible sur nos écrans. Repéré au Festival du film insulaire, qui se tient chaque été sur l’île de Groix, Un aller simple pour Maoré a finalement été acheté par France Ô. Un choix éditorial fort de la part de la chaîne. Et même si elle n’a pas l’audience de ses grandes sœurs de France Télévisions, on peut espérer que cette fenêtre de diffusion en appelle d’autres. Le film devrait d’ailleurs être projeté dans le réseau Utopia d’ici quelques mois. kwasas

Samuel Gontier (Télérama)

Samedi 21 février 2009
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