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Survie Midi Pyrénées

Emeutes à Kédougou (Sénégal), tribune à l'association Coeur métis

22 Janvier 2009 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Mardi 20 Janvier 2009


Tribune à Muriel Biton,

Vice-présidente de l'association Cœurs Métis en France et fondatrice du GIE KEUR METIS à Kédougou.

Les émeutes de Kédougou (sénégal)


Kédougou, petite ville du bout du goudron dans le Sénégal Oriental, à 750 km de Dakar, 30 km de la Guinée et 80 km du Mali. Ville carrefour et cosmopolite (Peuls, Malinkés, Dialonkés, Bassaris, Bedicks... nouvellement Wolofs, Sérères, Diolas, Maures...), zone riche en minerais (or, marbre, fer...) Érigée en Région depuis 2008 alors que jusque-là, elle n'était qu'un département de la région de Tambacounda où il y avait le bagne !



L'arrivée depuis quelques années des sociétés minières, donne beaucoup d'espoir aux habitants de la zone, mais les retombées sociales sont ridicules: énormes problèmes d'eau en saison sèche (50° pendant 4 mois), et peu d'évolution dans les domaines de la santé, l'éducation et l'emploi. Les tensions montent, les étudiants demandent à organiser une manifestation pacifique pour exprimer leur mécontentement, elle leur est refusée trois fois. C'est donc sans encadrement qu'ils manifestent le 23 décembre dernier et que suite à la mort du jeune Sina Sidibé (tué d'une balle dans la tête par les militaires), le drame se produit : trois morts, de nombreux blessés, la disparition d'armes et des dégradations matérielles considérables. S'en suit une chasse aux sorcières, 44 personnes arrêtées, 21 personnes jugées le 9 janvier 09, condamnées à des peines allant de 5, 7 à 10 ans de prison ferme.


Voilà le contexte, ce qu'a été l'évènement du 23 décembre et les conséquences dramatiques, dans une région où les problèmes ne font que commencer, puisque les tensions ne sont justement pas retombées suite à ce procès injuste et arbitraire.


Les étudiants de Kédougou expriment très bien leurs revendications dans la lettre adressée au président Mr Wade. Après avoir essuyé trois refus des autorités pour organiser cette manifestation, ils l'ont quand même faite.

La lettre des étudiants écrite au président de la république : http://www.kedougounews.com/voir_news.php?id_news=105

 



Condamné à 10 ans de prison ferme suite aux événements de Kédougou !

Mais qui a peur d'Ithiar Paulin Boubane ?



Comment un étudiant sénégalais, pacifiste, visionnaire, acteur bénévole du développement pour le Sénégal Oriental a-t-il pu être condamné à 10 ans de prison ferme ?


L'histoire d'un étudiant généreux et ambitieux :

Ithiar Paulin Boubane (23 ans) est originaire de Egatch, dans la région de Kédougou. C'est un jeune de la brousse, une des ces brousses si éloignées de la capitale. Après un véritable parcours du combattant, il réussit brillamment ses études, empoche le bac à 18 ans, dans la ville de Kédougou, puis avec le soutien financier de sa communauté, part étudier à Dakar. Nouvelles études brillantes qui lui permettent d'intégrer en 2008 le Master Tourisme à la prestigieuse école supérieure IAM de Dakar. Car depuis le départ, Ithiar sait ce qu'il veut, étudier et apprendre pour retourner dans sa région et la développer. Il croit à un tourisme solidaire et écologique, qui bénéficierait d'abord aux populations, tout en préservant l'une des plus belles régions du Sénégal.


Mais ce n'est pas tout, conscient des difficultés paysannes et de scolarisation dans sa région, Ithiar Paulin Boubane s'est très tôt engagé bénévolement pour le développement du Sénégal Oriental :

- Depuis 4 ans, il participe à des actions utiles et solidaires dans les domaines de l'agriculture, de la scolarisation et du tourisme solidaire avec le GIE KEUR METIS à Kédougou. En 2008, il devient secrétaire du GIE KEUR METIS, et principal correspondant de l'association Cœurs Métis en France.

- Parallèlement, il crée et préside l'Association Nationale des Elèves et Etudiants Bassaris, l'ANEEB. Il s'agit d'une structure d'entraide et de relais pour le soutien scolaire et l'hébergement des élèves de brousse qui étudient à Kédougou, Tambacounda et Dakar.

Des projets utiles pour 2009

Cofinancer la fabrication de charrues pour encourager l'autosuffisance alimentaire, faciliter la scolarité de nombreux enfants en écoles de brousse et développer le tourisme solidaire en relation avec des partenaires français, tels sont les principaux objectifs des nombreux projets concrets que Ithiar Paulin Boubane comptait conduire en cette année 2009.



Une manifestation qui tourne mal

Décembre 2008, Ithiar Paulin Boubane revient à Kédougou pour passer les vacances de fin d'année en famille, et organiser ses actions avec le GIE KEUR METIS. Il retrouve ses amis et frères les étudiants de Kédougou, et d'autres jeunes, plus ou moins en galère, et dont l'avenir est incertain : ils se demandent en effet « Comment rester dans notre région natale si l'on n'y trouve pas d'emploi ? La migration vers Dakar d'abord puis l'émigration sur les pirogues ensuite sont-elles une fatalité ? Pourquoi les promesses de nos gouvernants ne sont-elles jamais tenues ? Pourquoi les sociétés minières recrutent-elles en masse du personnel étranger et pas nous ? Nos sœurs sont tentées par la prostitution, nos pères par la corruption, nos terres sont bradées, nos valeurs bafouées...Nous devons nous faire entendre car nous avons des droits... » En tant que grand frère, Ithiar Paulin Boubane s'implique dans l'organisation de la manifestation pacifique du 23 décembre et il m'écrit : «(...)Suite à une marche que nous, étudiants de Kédougou, avons organisé pour revendiquer et dénoncer certains fléaux comme le chômage et la propagation du SIDA, nous avons été contraints par la brigade et les militaires ! (...) ». Oui ! La manifestation déborde, des coups de feu, des blessés et même un mort...


Victime de sa générosité et de son intégrité ?

Peu après, Ithiar Paulin Boubane est cueilli dans son village à 80 km de Kédougou, puis emprisonné à Tambacounda. Il a été jugé vendredi 9 janvier 2009 et condamné avec d'autres jeunes Kedovins à 10 ans de prison ferme !

C'est vrai que Ithiar Paulin Boubane aurait mieux fait de ne penser qu'à sa réussite personnelle et s'assurer sa place au soleil...C'est vrai que Ithiar Paulin Boubane aurait mieux fait d'abandonner sa misérable région et d'aller remplir les pirogues de la honte... C'est vrai aussi qu'il aurait dû faire de la politique politicienne, égoïste et corruptrice... NON ! Ithiar Paulin Boubane a choisi d'être solidaire de sa région et des siens. Il a des convictions profondes : étudier dans son pays pour rester libre de vivre chez lui, en toute dignité. Voilà probablement pourquoi il a été condamné à 10 ans fermes. Jeune homme intègre, doux et généreux, jeune homme épris de justice, juste un peu indigné par ce qui se passe dans sa région... Jeune homme qui manifeste et qui paie pour les autres, parce qu'un jeune homme qui réfléchit et qui s'investit dans le bien être de sa communauté, c'est un jeune homme dangereux...10 ans fermes !!!!!


« Lorsqu'il faut choisir entre liberté et érudition, qui ne dira que l'on doit mille fois préférer la première à la seconde ? ».


C'est sûrement cet adage de Gandhi qui aura valu 10 ans fermes à Ithiar Paulin Boubane.

Mais aujourd'hui, où sont les preuves que Ithiar Paulin Boubane a participé aux dégradations et aux vols d'armes commises à Kédougou suite à la mort du jeune Sidibé ? Aujourd'hui, comment maintenir l'espoir de plusieurs générations si on emprisonne aussi facilement ceux qui arrivent à mener tant bien que mal leurs études, ceux qui s'impliquent personnellement dans le développement social de leur région ? Comment ne pas craindre que cela continue, que le sentiment d'injustice l'emporte et que la situation ne s'aggrave ?


Il faut libérer immédiatement Ithiar Paulin Boubane, Fatim Ba, Issa Diallo, Aliou Monekhata et leurs amis. Tous ces jeunes leaders associatifs, d'Ong, d'amicales sont les forces vives du futur de la région de Kédougou, ils sont engagés pour leur avenir, celui de leurs communautés. Ils sont embastillés à cause de leurs engagements ! Mais qui a peur d'eux ??


Muriel Biton, mbcoeursmetis@yahoo.fr

Vice-présidente de l'association Cœurs Métis en France et fondatrice du GIE KEUR METIS à Kédougou http://www.cœurs-metis.org


Informations supplémentaires sur:

 kedougounews.com.

et le blog du collectif kédovins de France http://kedovinsdefrance.over-blog.com 

 

Et un article écrit par Gilles Labarthe,(auteur du Dossier Noir sur "l'or africain") qui s'était rendu à Kédougou l'an dernier, pour faire le point sur la situation des sociétés minières de Sabodala :

http://www.datas.ch/article.php?id=551


 

 

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