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Survie Midi Pyrénées

Le Performatif Projection du documentaire de Camille de Vitry sur la Françafrique

10 Avril 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Débats, films et conférences

 

"On ne veut plus être colonisés"

 

Mardi 29 mars en amphi Montesquieu (IEP Toulouse) avait lieu une projection du documentaire "Kasanda", en présence de la réalisatrice Camille de Vitry. A l’heure de la commémoration des 50 ans de l’indépendance de 14 anciennes colonies africaines de la France, les associations organisatrices Survie et So Acte ont ainsi choisi de rappeler les relations opaques encore entretenues par la France et de nombreux états africains.

AFRIQUE
 

La Françafrique [1] se porte bien, merci. A l’heure des discours stigmatisants les immigrés, rappeler la responsabilité de la France dans l’entretien de la dépendance de pays africains envers l’Hexagone ne peut pas faire de mal. Dans ces courts-métrages, Camille de Vitry décrit le lien entre les phénomènes de pillage des ressources en Afrique et d’immigration clandestine en France.


La première scène se déroule à l’ambassade de France à Dakar, où des dizaines de sans-papiers attendent des visas. « Ce n’est qu’une probabilité » soupire l’un deux. Scène suivante : le père d’un sénégalais à qui on vient de refuser le visa lance : « C’est la France qui nous a colonisés ! » « Vous voulez que je vous chante la Marseillaise ? », ajoute-t-il, très sérieux. C’est ensuite au tour d’un sans-papiers malien d’expliquer qu’il a été agent de sécurité et qu’il travaillait avec les papiers de quelqu’un d’autre. « Il faut que les dirigeants changent, il faut qu’il y ait des révolutionnaires », estime-il, en pointant « la corruption et l’injustice » qui règne dans son pays. Tout est dit.


"Ca va mal tourner"

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Carte du Mali

La réalisatrice s’est intéressée à la mine d’or de Sadiola, véritable symbole des mécanismes néo-coloniaux encore en place. Construite en 1996 à l’ouest du Mali, dans la région de Kayes (voir carte), elle est un des plus grands gisements aurifères au monde. Le Mali reste toutefois un des pays les plus pauvres du globe. Comment expliquer ce décalage ? Il s’avère que la mine a été financée aux deux-tiers par des prêts de banques publiques (allemandes, françaises, hollandaises...) et internationales (des aides publiques au développement donc). La Banque Mondiale détient en outre 6% des actions de la SEMOS, société qui exploite la mine. Les compagnies privées qui exploitent la mine reçoivent cet argent, le Mali ne touchant que 20% dans la société minière. [2]


Les ravages de la Françafrique ne s’arrêtent pas là. L’or est traité au cyanure, or le bassin de boue n’a même pas de revêtement. Cela entraîne des émanations toxiques et contamine les nappes phréatiques. Les ouvriers respirent la poussière, sans masque. Les conséquences sanitaires sont catastrophiques : les habitants souffrent de maladies respiratoires, de maux de ventre, et les fausses couches se multiplient. Beaucoup d’enfants en bas âge décèdent. Camille de Vitry affirme que « les morts sont indénombrables ». Un homme menace : « ça va mal tourner ». L’entreprise veille à entretenir l’opacité. Les non-maliens sont embauchés en priorité, car « les exploitants ne veulent pas que les habitants connaissent les conditions de vie et les dangers », explique la réalisatrice.


"Beaucoup de politiques français sont des pompiers pyromanes"

Nous sommes maintenant en 2000. Le livre Noir Silence de François-Xavier Verschave [3] est sous le coup d’un procès intenté par Omar Bongo, Idriss Déby et Denis Sassou-Nguesso (présidents respectifs du Gabon, du Tchad et du Congo-Brazzaville) pour "offense à chefs d’États étrangers". L’auteur a osé les qualifier de « dictateurs » (il sera relaxé). Une manifestation de soutien est organisée à Paris. Un manifestant africain insiste : « il faut surtout que les Français sachent ce qu’on fait avec leurs sous en Afrique car on leur dit depuis 40 ans qu’on nous aide et on est plus pauvre qu’il y a 40 ans ».

Quelques années après, en 2009. Quartier de la Défense, à Paris, devant le siège de Total, une autre manifestation se déroule. Cette fois-ci, c’est pour dénoncer « le coup d’état électoral sponsorisé par Total et Areva », après l’élection d’Ali Bongo à la tête du Gabon. Les miliciens étrangers ont tiré sur la foule, qui manifestait contre la fraude. « Le soutien aux dictateurs en Afrique et l’immigration, ça va de pair », déclare un manifestant, « beaucoup de politiques français sont des pompiers pyromanes ». Camille de Vitry affirme ainsi que « le FMI met en place le cadre le plus attractif possible pour les investissements étrangers. Une fois ce système mis en place, ils [les africains] n’ont que la possibilité de migrer ». L’avocat qui soutient les manifestants explique que « les seules entreprises qui existent sont des entreprises contrôlées par la famille Bongo (...) Les jeunes n’ont aucun espoir : la seule chose qu’on leur offre, c’est d’être fonctionnaires et corrompus ».


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La réalisatrice Camille de Vitry

La réalisatrice a montré son film aux exploitants miniers. Elle a fait l’objet de plusieurs tentatives d’élimination. Comment changer le système alors ? Elle ne croit pas aux discours de transparence qui ont pu être tenus par les dirigeants français. Selon elle, il faudrait reproduire en Afrique les révolutions du Maghreb : « S’ils ne se révoltent pas, qui va le faire à leur place ? »

A lire

L’or nègre. Polar vrai, Camille de Vitry, Editions Tahin Party, 2009. Téléchargeable gratuitement sur http://tahin-party.org/textes/l-or-negre.pdf

Noir silence, François-Xavier Verschave, Editions les Arènes, 2000.

 



[1] Le néologisme de François-Xavier Verschave, président de l’association Survie jusqu’à sa mort en 2005, est une parodie de l’expression "France-Afrique" de Félix Houphouët-Boigny. Ce mot désigne les relations occultes entre les deux pays, sur le plan politique (mise en place et soutien de dictateurs, trucages d’élections), sur le plan économique (pillage des matières premières, dégradation de l’environnement) et sur le plan militaire (maintien de bases militaires, signature d’accords qui permettent une ingérence).

[2] La réforme du Code minier, faite en 1999 au Mali, a été inspirée par la Banque Mondiale. Elle a limité la participation de l’Etat dans les sociétés minières à hauteur de 20%.

 

http://leperf.net/On-ne-veut-plus-etre-colonises.html

 

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