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  • : SURVIE est une association (loi 1901) qui poursuit 3 objectifs : La réforme de la politique française de coopération : Survie milite pour le démantèlement de la « Françafrique » et pour l'établissement de relations franco-africaines équitables, transparentes et démocratiques. La lutte contre l'impunité et la banalisation du génocide. La promotion des biens publics mondiaux : Survie milite en faveur de l'accès de tous, au Nord comme au Sud, aux biens publics.
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Les stocks sont régulièrement renouvelés. N'hésitez pas à nous contacter à : survie.midipyrenees(at)free.fr .
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20 novembre 2009

La France doit assumer son rôle dans la lutte contre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité



Au moment où les autorités allemandes viennent, le 17 novembre, d’interpeller le président des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et son adjoint, d’importants responsables de ce mouvement criminel résident en France en toute impunité.

À l’abri de toute enquête judiciaire et de poursuites, les responsables présents en France font seulement l’objet des sanctions prévues par la résolution 1804 du Conseil de sécurité des Nations unies, tels qu’un gel de leurs avoirs et une interdiction de voyager.

Les ONG signataires de ce communiqué rappellent donc à la France son devoir d’adapter son droit au Statut de la Cour pénale internationale,ce qu’elle tarde à faire depuis près de 10 ans, pour permettre la poursuite de responsables de crimes internationaux.

Organisations signataires

Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT - France) , Amnesty International France, Fédération des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et ses organisations membres en RDC (Groupe Lotus, Ligue des Electeurs, Association africaine des droits de l’Homme - ASADHO), Survie.

Complément d’information

Depuis de nombreuses années, les FDLR se sont rendus responsables d’innombrables meurtres de civils, viols, enlèvements de femmes et de jeunes filles à des fins d’esclavage sexuel, recrutements d’enfants, destructions de villages et d’autres atteintes aux droits humains dans les provinces de l’est de la RDC.

La Cour pénale internationale (CPI) a engagé plusieurs procédures contre les responsables de forces ou groupes armés impliqués dans les violences commises dans cette région, mais elle ne peut juger à elle seule tous les suspects de crimes contre l’humanité ou crimes de guerre. Son Statut indique clairement qu’« il est du devoir de chaque État de soumettre à sa juridiction criminelle les responsables de crimes internationaux ».

Bien qu’ayant ratifié le Statut de Rome en juin 2000, la France a attendu 2006 pour déposer un projet de loi adaptant le droit pénal français pour permettre ces poursuites. Malgré un vote du Sénat le 11 juin 2008, ce projet de loi n’a toujours pas été inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Ainsi à ce jour, la France, qui se targue pourtant volontiers de soutenir la justice pénale internationale, reste en réalité une terre d’accueil pour les responsables de mouvements criminels, faute de volonté politique pour participer, à l’instar de l’Allemagne, à l’effort collectif d’une justice pénale internationale effective.

Vendredi 20 novembre 2009 5 20 11 2009 15:03
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12 novembre 2009

Appel à don spécial anniversaire de Survie !



Chers adhérents et adhérents, donateurs et donatrices. Survie, créée en 1984, fête en cette fin d’année 2009 ses 25 ans d’existence.


Un quart de siècle d’un inlassable engagement de l’une des rares associations françaises militant contre le néocolonialisme en Afrique.

Mobilisée à ses débuts en faveur d’une « loi pour la Survie et le développement » et d’un contrôle accru de l’Aide publique française, Survie, en tant qu’association de plaidoyer et d’« éducation populaire », s’est progressivement singularisée au sein du paysage associatif français par son engagement pour une réforme en profondeur de la politique française en Afrique et sa dénonciation de la « Françafrique ».


Un combat d’une cruelle actualité Désormais partagé par bon nombre d’organisations et de citoyens, ce combat doit être poursuivi. Car la Françafrique, « décomplexée » sous l’ère Sarkozy, se perpétue. Elle n’en finit pas de contrevenir à l’émancipation des populations africaines et au développement du continent : coups d’Etat en Mauritanie et à Madagascar, coup d’Etat constitutionnel au Niger, coup d’Etat électoral au Gabon, etc, organisés avec la bienveillance ou la complicité de la France et de certaines multinationales tricolores (Bolloré, Total, Areva, etc.).

Ainsi, Survie n’a pas l’intention de baisser les bras. Au contraire, la volonté du président français N. Sarkozy de faire de 2010 « l’année de l’Afrique » doit nous amener à nous mobiliser de nouveau contre ce « plus long scandale de la République ».


Toutefois, Survie est aujourd’hui confrontée à des difficultés financières. Celles-ci l’ont amenée ces derniers temps à puiser dans ses réserves qui, malheureusement, s’amenuisent progressivement, ce qui risque de remettre sérieusement en cause sa capacité à mener de nouvelles campagnes.

Ainsi, comme à chaque étape de sa vie, Survie a besoin de soutiens. De soutiens bénévoles et militants, bien entendu, pour mettre en œuvre ses chantiers, mais aussi de soutiens financiers pour pouvoir continuer à exister et à mener à bien ses projets.

Vous trouverez donc ci-joint un appel à don, qui rappelle l’engagement de l’association sur ces dernières 25 années et qui présente les projets que nous entendons mettre en œuvre en 2010.

Nous vous invitons, en soutenant financièrement Survie et en investissant dans cette campagne, à poursuivre ensemble l’aventure (pour rappel, vos dons sont déductibles des impôts à hauteur de 66%).


Espérant que ces informations vous permettent de mieux apprécier le travail effectué et de vous y impliquez si vous le désirez, nous vous remercions chaleureusement pour tous vos soutiens, passés, présents et futurs.


Odile BIYIDI, Présidente de Survie Olivier THIMONIER, Secrétaire général

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Appel à don 25 ans de
Survie et campagne 2010
Vendredi 20 novembre 2009 5 20 11 2009 14:55
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3 novembre 2009
Plateforme Paradis Fiscaux et Judiciaires

Le nouveau classement des paradis fiscaux par le réseau Tax Justice Network

Les limites de l’action du G20 contre l’opacité financière

Non, les paradis fiscaux ne sont pas morts. Peut-être Nicolas Sarkozy a-t-il voulu y croire en voyant fondre rapidement les listes noire et grise de « territoires non-coopératifs » établies par l’OCDE. Sauf que les critères servant à l’OCDE pour dresser ses listes ne suffisent pas, loin s’en faut, à définir ce qu’est un paradis fiscal. Autrement dit, ce n’est pas parce que la liste grise se vide qu’il n’y a plus de paradis fiscaux ! Une majorité des Français n’est d’ailleurs pas dupe, seuls 37% d’entre eux jugeant la liste officielle « fiable et complète ». [1]

 


Preuve en est le classement de 60 pays et territoires publié ce jour par le Tax Justice Network (TJN), réseau international d’experts et d’associations auquel participe activement en France la Plate-forme paradis fiscaux et judiciaires. Fruit d’un colossal travail mené sur plusieurs années, ce classement est établi à partir d’un indice combinant le degré d’opacité, évalué à partir de 12 critères, au poids des différentes places financières dans l’économie mondiale. Il montre que des territoires comme l’Etat du Delaware aux Etats-Unis, le Luxembourg, la Suisse, les Îles Caïmans ou Jersey, aujourd’hui sur la liste blanche de l’OCDE, constituent pourtant des places financières centrales pour les acteurs à la recherche d’opacité.


L’indice de TJN évalue plusieurs aspects cruciaux que l’OCDE ne prend pas en compte, notamment :

-  Le rôle des trusts, ces mécanismes prête-noms, grande spécialité anglo-saxonne, qui permettent de masquer donneurs d’ordre et détenteurs de fonds, faute d’un registre ouvert aux autorités de contrôle comme il en existe en France pour les fiducies.


-  L’exigence d’une coopération fiscale automatique et multilatérale. Le critère de l’OCDE - signer 12 conventions d’échange de renseignements fiscaux à la demande - est une exigence beaucoup trop laxiste, comme en atteste la sortie de Monaco de la liste grise après que ce territoire ait signé des conventions avec une dizaine d’autres paradis fiscaux. TJN estime que dans l’attente d’un accord multilatéral, au moins 60 conventions doivent être signées pour que la coopération bénéficie aussi aux pays en développement, principales victimes de l’évasion fiscale. Il évalue aussi le type d’échange de renseignements selon qu’il se fait « à la demande » du fisc étranger, avec de nombreuses justifications, ou de manière automatique.

-  L’importance de la coopération judiciaire et de la mise en place effective des lois anti-blanchiment, seules à même de permettre une traque efficace de l’argent du crime et de la corruption.

Pour la plate-forme paradis fiscaux et judiciaires, c’est sans doute dans le « top ten » des territoires opaques identifiés par Tax Justice Network que se concentre, à l’échelle mondiale, l’argent sale et celui de l’évasion fiscale. C’est là qu’il faut chercher, en particulier, les centaines de milliards qui manquent chaque année dans les budgets des pays en développement, comme dans ceux des pays développés. Faute d’obtenir une réelle transparence de la part de ces territoires, mais aussi de la part des acteurs qui y opèrent, le combat engagé contre les paradis fiscaux restera vain. Ainsi, l’exigence de transparence envers les banques françaises ne saurait être limitée à leur activité dans les territoires de la seule liste grise de l’OCDE. C’est dans l’ensemble des territoires opaques que banques et multinationales doivent faire la preuve qu’elles n’ont rien à cacher.


Contacts : Jean Merckaert – CCFD-Terre solidaire : j.merckaert(a)ccfd.asso.fr, 01 44 82 81 23 / 06 81 84 30 64 Magali Rubino - Oxfam France - Agir ici : mrubino(a)oxfamfrance.org, 01 56 98 24 45 / 06 30 46 66 04


Note aux rédactions :
-  Le site en anglais sur l’indice d’opacité financière : http://www.financialsecrecyindex.com
-  La base de données sur chaque « territoire opaque » : http://www.secrecyjurisdictions.com
-  Les recommandations de la plate-forme PFJ

[1] Sondage BVA-CCFD mené les 2 et 3 octobre 2009.

Mardi 3 novembre 2009 2 03 11 2009 08:00
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Communiqué Survie:

 

Législatives au Niger : La France ne doit pas entériner la dictature


L’organisation ce 20 octobre d’élections législatives, boycottées par l’ensemble des forces démocratiques, constitue une nouvelle étape dans la dérive dictatoriale de Mamadou Tandja, à la tête du premier pays fournisseur d’uranium à la France. Nos associations demandent donc l’annulation de ces élections et des sanctions de la France et de l’Union européenne visant au rétablissement de l’ordre constitutionnel.


Ce qui est considéré comme un coup d’Etat constitutionnel est le résultat d’un processus de destruction des institutions démocratiques par Mamadou Tandja initié dès la fin de l’année 2008, afin de rester président, en opposition avec la constitution nigérienne. Refusant de se soumettre aux avis de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle, il a dissous ces institutions et pris les pleins pouvoirs. Il a alors eu les mains libres pour organiser un référendum-plébiscite, le 4 août, dont les résultats truqués ont été sans surprise : la poursuite de son mandat.


Avec une nouvelle constitution taillée sur mesure et promulguée le 18 août 2009, Mamadou Tandja reste président jusqu’en 2012 et peut se représenter à volonté. Il devient « le détenteur exclusif du pouvoir exécutif » alors que les prérogatives des députés sont considérablement réduites. Par ailleurs, le Conseil Supérieur de la Communication et la Cour constitutionnelle sont désormais sous sa coupe puisqu’il y nomme plus de la moitié des membres.


Parallèlement, les dérives autoritaires sont flagrantes : rejet dans l’illégalité des grèves et manifestations, entrave à la liberté de réunion des militants, mise en accusation de 128 députés, plainte contre 8 directeurs de publication, emprisonnement de 50 opposants membres de la CFDR (Coordination des Forces pour la Démocratie et la République, regroupant les 7 centrales syndicales, la majorité des partis politiques, y compris un pan du parti présidentiel et la société civile).


Ces élections législatives, boycottées par les forces démocratiques, permettront de sceller le coup d’Etat constitutionnel d’un président de plus en plus isolé aux niveaux national et international. Au Niger, adossé aux revenus des industries extractives, il ne tient plus que grâce à une frange minime de l’armée. Depuis 2007, il a distribué 158 permis miniers ou pétroliers par le biais d’un groupe opaque d’affairistes composé notamment de deux de ses fils. Sur la scène internationale, le Niger a subi un fort discrédit : l’Union Européenne a gelé son aide début juillet et nombre de coopérations bilatérales ont suspendue la leur (notamment le Luxembourg et le Danemark).


Mais Mamadou Tandja est soutenu par la Libye et par la diplomatie française qui freine toute prise de décision ferme de l’Union Européenne. Une attitude en relation évidente avec la position dominante d’Areva au Niger.

Le 10 août, le Quai d’Orsay a simplement « pris note » des résultats du référendum et a appelé à des législatives avec une large participation des forces politiques, ce qui est une façon de légitimer le régime et de soutenir à mots couverts le président.


Face à cette situation, l’association Survie se fait le relais des revendications des mouvements de la société civile nigérienne, rassemblés au sein de la CFDR pour exiger :

-  l’annulation des élections législatives illégales et illégitimes,
-  le retour à l’ordre constitutionnel par le rétablissement des institutions dans leur fonction (Assemblée nationale, Cour constitutionnelle), l’annulation du référendum du 4 août dernier et le retour à la constitution de 1999,
-  l’arrêt des poursuites et intimidations à l’encontre des membres de l’opposition démocratique et de la société civile.


Nous demandons à l’Etat français et à l’Union européenne d’agir dans ce sens en faisant pression sur le régime nigérien par :

-  une condamnation ferme de la dérive dictatoriale depuis 2008,
-  la non-reconnaissance du référendum du 4 août 2009 et des élections législatives du 20 octobre 2009,
-  la suspension de leurs coopérations avec le régime tant que le retour à l’ordre constitutionnel n’est pas effectif,
-  l’application par l’Union Européenne des articles 96 et 97 des Accords révisés de Cotonou : puisque « le respect des droits de l’Homme, des principes démocratiques et de l’État de droit » sont violés, une procédure de consultation devrait être menée et des mesures prises, et la suspension des accords avec le Niger en cas d’absence de solution acceptable.


La France et l’Union Européenne ne doivent pas se rendre complices, pour les seules raisons del’approvisionnement français en uranium, de l’enterrement de l’expérience démocratique que le Niger a représenté pour l’ensemble du continent africain, prouvant qu’une autre voie que celle de la dictature est possible.

Lundi 19 octobre 2009 1 19 10 2009 09:14
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Communiqué du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) et de Survie

Asile politique refusé à Agathe Habyarimana

La justice française doit toutefois la juger pour son implication dans le génocide

 


Alors que le Conseil d’Etat vient de confirmer le refus d’accorder l’asile politique à Agathe Habyarimana, ce qui fait d’elle une personne expulsable, nos associations demandent que celle-ci ne soit pas expulsée et soit jugée par la justice française pour son implication dans le génocide des Tutsi du Rwanda qui a fait près d’1 million de morts en 1994. Voir le communiqué du Conseil d’Etat


Comme on pouvait s’y attendre, après avoir mis sa décision en délibéré, le Conseil d’Etat vient, ce 16 octobre, de se ranger à l’avis du rapporteur public, qui recommandait de ne pas accorder l’asile politique à madame Agathe Kanziga, veuve du président extrémiste hutu Juvénal Habyarimana.


Cette décision semblait s’imposer au vu du réquisitoire de la Commission de Recours des Réfugiés qui justifiait son refus (en février dernier) en affirmant que madame Habyarimana aurait participé « en tant qu’instigatrice ou complice » au « crime de génocide » commis au Rwanda en 1994. Cette même Commission des recours avait été saisie par l’ancienne première dame suite au refus, le 4 janvier 2007, par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) d’accorder l’asile politique à celle qui joua, selon de nombreux observateurs, un rôle central dans la mise en place de la machine génocidaire au Rwanda. L’OFPRA estimait ainsi « qu’elle [Agathe Habyarimana] s’est trouvée au cœur du régime génocidaire » et « qu’elle ne peut valablement nier son adhésion aux thèses hutues les plus extrémistes, ses liens directs avec les responsables du génocide et son emprise réelle sur la vie politique du Rwanda ».


Une telle décision du Conseil d’Etat devrait normalement s’accompagner d’une expulsion du territoire français, mesure qui devrait dépendre du ministère de l’Intérieur. Extrader madame Kanziga vers le Rwanda ne semble toutefois pas possible dans la mesure où jusqu’à présent la justice française, à la suite du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR, chargé de juger les hauts responsables du génocide), a toujours refusé cette solution.


Selon nos associations, l’expulsion de madame Kanziga vers un pays d’accueil pourrait être envisagée, mais cette solution ne peut nous satisfaire car il est fort probable qu’une telle décision lui permettrait d’échapper à la justice, ce qui n’est pas concevable.


Reste une dernière solution : tolérer madame Kanziga sur le territoire français tout en exigeant qu’elle rende des comptes à la justice de notre pays : une information judiciaire a en effet été ouverte contre elle suite à la plainte déposée le 13 février 2007 par le Collectif de parties civiles pour le Rwanda (CPCR) pour « complicité de génocide » et « complicité de crime contre l’humanité ». C’est la solution que nous préconisons et nous demandons instamment aux autorités judicaires françaises de ne plus tarder à juger madame Kanziga, ainsi que tous les Rwandais qui sont soupçonnés d’avoir participé au génocide des Tutsi et qui vivent en toute impunité sur le territoire français. Tous ceux qui attendent que justice soit rendue ne comprendraient pas que la justice française, par son inertie, protège des présumés génocidaires, fasse de la France un refuge pour ces derniers et se rende ainsi complice des génocidaires. Le président du TPIR, le juge Dennis Byron, a lui-même exhorté le 8 octobre dernier les juridictions nationales à jouer pleinement leur rôle afin d’éviter l’impunité des « génocidaires » après la fermeture de la juridiction.


Un préalable cependant s’impose pour une réelle efficacité de la justice : que les juges d’instruction chargés de ces dossiers soient dessaisis dans les plus brefs délais de toutes les autres affaires qui leur ont été confiées et qui les surchargent. Cette exigence est aussi celle des juges eux-mêmes.


Contacts :

CPCR : Alain GAUTHIER, président 06 76 56 97 61 collectifrwanda(a)aol.com

Survie : Olivier THIMONIER, secrétaire général 01 44 61 03 25 olivier.thimonier(a)survie.org

Lundi 19 octobre 2009 1 19 10 2009 09:12
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Communiqué de Survie, 6/10/2009

Guinée - 2006, 2007, 2009 : les massacres se succèdent, l’impunité demeure



L’association Survie condamne avec force le massacre du lundi 28 septembre à Conakry en Guinée et soutient sans réserve les mouvements de la société civile dans son combat pour la démocratie et la justice. Survie dénonce la grande tolérance de la diplomatie française à l’égard des exactions des régimes guinéens depuis plusieurs décennies.


Plus de 150 morts, plus de 1000 blessés, des dizaines de viols et d’arrestations : c’est le terrifiant bilan de la répression sanglante, opérée au grand jour par l’armée guinéenne, du meeting pacifique organisé à Conakry par des mouvements de la société civile guinéenne pour rappeler l’engagement du capitaine putschiste Moussa Dadis Camara de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de janvier 2010. Ces victimes s’ajoutent à celles des mouvements sociaux réprimés en 2006 et en janvier 2007 avec la même sauvagerie par des soudards sans foi ni loi confortés par des décennies d’exercice d’un pouvoir militaire aux crimes restés impunis.

Préoccupée par le sort des populations guinéennes et par le risque que l’arbitraire triomphe une nouvelle fois des mobilisations réclamant un Etat de droit en Guinée, l’association Survie :

1/ se montre attentive quant au rôle joué par la France dans cette crise politique et dénonce la grande tolérance de notre diplomatie à l’égard des exactions des régimes guinéens depuis plusieurs décennies.

Après la rupture historique du lendemain du référendum de 1958, un rapprochement franco-guinéen opéré dans les années 1980 a conduit la France à soutenir militairement et diplomatiquement le régime de Lansana Conté. La visite symbolique de Jacques Chirac en 1999 à Conakry, peu après la mascarade électorale qui avait vu l’opposant Alpha Condé privé de sa victoire à la présidentielle, a ainsi constitué un des temps fort d’un certain « renouveau » de la relation franco-guinéenne. Depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la politique de la « Françafrique décomplexée », qui repose sur une défense inconditionnelle des positions économiques acquises (Gabon, Congo, Tchad …) ou à conquérir (Libye, RDCongo, Angola, Afrique du Sud ...) a placé la Guinée parmi les territoires de prospection pour les entreprises françaises. Ceci amène notre association à :

> douter sérieusement des « vraies fausses » pressions exercées par la France à l’égard de la junte guinéenne. Celles-ci sont en outre décrédibilisées par le fait qu’Alain Joyandet s’est rendu cet été à Conakry pour tenter de convaincre Dadis Camara de ne pas se présenter à la présidentielle, quelques jours à peine après avoir félicité le général Abdel Aziz qui venait de mettre en oeuvre en Mauritanie le même scénario que Dadis Camara ;

> dénoncer le rôle joué par des émissaires d’une diplomatie parallèle sans mandat officiel, à l’instar du député Patrick Balkany, partisan déclaré de la candidature de Dadis Camara à la présidentielle ;

> réclamer la fin (et non la simple suspension) de la coopération militaire française (2 millions d’euros par an, dont 9 coopérants encadrant les officiers de l’armée guinéenne, depuis 2007) ainsi que l’arrêt de toute vente d’armes françaises au régime ;

> demander aux parlementaires français de réclamer que la lumière soit faite sur la stratégie menée par la diplomatie française à l’égard du régime guinéen et sur les soutiens apportés à celui-ci (coopération militaire, économique, ventes d’armes, etc.), en particulier depuis les exactions de 2006 ;

2/ se fait le relais des revendications des mouvements de la société civile guinéenne, rassemblés en particulier au sein des Forces Vives de Guinée pour exiger :

> la fin de la répression à l’égard des opposants, caractérisée d’après les témoins directs par des centaines d’arrestations mais aussi par des disparitions et des exécutions extra judiciaires ;

> la libération des prisonniers faits par les militaires pendant et après la manifestation du 28 septembre ;

> l’ouverture d’une enquête internationale et d’une procédure judiciaire devant les tribunaux internationaux pour déterminer les responsabilités dans les massacres et poursuivre les coupables, auteurs et commanditaires ;

> la conduite par la communauté internationale d’un dialogue afin de déterminer l’opportunité de recourir à l’intervention d’une force internationale visant à protéger les populations des exactions des militaires et sécuriser les conditions d’un processus électoral libre et transparent ;

> le rejet du mandat de médiateur confié au président burkinabé Blaise Compaoré, lui-même impliqué dans un certain nombre de conflits sanglants ayant endeuillé la sous-région (Libéria, Côte d’Ivoire) et coutumier de la fraude électorale dans son propre pays. Les Guinéens proposent déjà des alternatives plus crédibles comme Alpha Omar Konaré ;

3/ exprime son inquiétude et sa vigilance concernant :

> la volonté réelle de la communauté internationale d’agir pour protéger le peuple guinéen, inquiétude confortée par l’impunité restée de mise après les tueries de 2006 et 2007 ;

> le rôle des multinationales (minières et autres) engagées en Guinée qui peuvent, comme dans d’autres crises dans la sous-région, être tentées de soutenir et financer telle ou telle partie susceptible de garantir le maintien de leur rentes.

> le rôle, constaté par des témoins des massacres du 28 septembre, joué par des mercenaires libériens au sein ou en marge de l’armée guinéenne, qui renvoient au souvenir de conflits sous-régionaux de funeste mémoire.
Enfin, préoccupée par le symbole que l’impunité en Guinée après de telles exactions pourrait véhiculer dans le reste de l’Afrique, dans un contexte de régression des mouvements de transition démocratique amorcés dans les années 90, l’association Survie appelle à un mouvement de solidarité et de dialogue avec toute les sociétés civiles confrontées à la perpétuation ou au retour de régimes autoritaires au Gabon, au Congo, au Togo, en Mauritanie et au Niger.

Contact presse : Stéphanie Dubois de Prisque stephanie.duboisdeprisque(a)survie.org Tel. : 01 44 61 03 25

Photos du Lundi Noir de Conakry




Déclaration N° 5 du Forum des Forces Vives de Guinée, 30/9/2009


Le 28 Septembre 2009 à Conakry, des centaines de milliers de nos compatriotes de toutes les communautés, de tous les âges et de toutes les conditions, manifestant pacifiquement dans un stade de foot ball clos contre la dictature militaire et pour le retour à une vie constitutionnelle normale, ont été piégés, brutalisés, humiliés, violentés, violés, poignardés et tués par des escadrons drogués de l'armée. Lors de ces manifestations historiques, nous avons assisté à des scènes d'une barbarie inouïe que rien, sinon la volonté du CNDD de terroriser et soumettre le peuple de Guinée ne justifiait. Des centaines de femmes et de jeunes filles ont été déshabillées, violées, les canons des fusils introduits dans leurs parties intimes, tout ceci publiquement et sous les yeux de la hiérarchie militaire.

Depuis le 23 Décembre 2008, le Forum des Forces Vives de Guinée a engagé toutes les démarches pacifiques possibles pour arriver à un consensus pour la conduite d'une transition apaisée. En face, nous n'avons rencontré que mépris, diktat, humiliations, insultes et dérision de la part de la junte du CNDD et de son chef. Les libertés fondamentales ont été graduellement confisquées, les médias mis aux ordres. Dans le même temps, contrairement à leurs premiers engagements publics nous avons assisté à une opération de légalisation du pouvoir militaire. Ceci avec une dilapidation sans précédent des fonds publics. Le Forum des Forces Vives a alors entrepris d'organiser un meeting d'information et de sensibilisation, montrant que le peuple n'acceptait pas l'usurpation du pouvoir par les militaires.


Ce meeting citoyen pouvait simplement éclairer l'opinion publique Guinéenne sur les enjeux des prochains scrutins. Malgré l'appel aux autorités pour sécuriser cette manifestation pacifique, le Forum des Forces Vives de Guinée n'a rencontré que dissuasion ou manœuvres diverses pour l'annuler. Au lieu de protéger les lieux sensibles le CNDD a infiltré des casseurs qui ont été responsables de tous les dégâts constatés, notamment ceux concernant les commissariats saccagés. Ceci dans l'objectif de discréditer l'ensemble des leaders politiques du Forum, dont les différents domiciles ont été mis à sac et pillés par les militaires.


Capitaine Moussa Dadis Camara chef de la junte, Général Sékouba Konaté Ministre de la défense, Commandant Moussa Keita Secrétaire permanent de la junte sont les responsables du massacre de nos compatriotes, au stade du 28 Septembre. Leurs hordes avides de sang, sous la conduite du Capitaine Diakité dit Toumba aide de camp de Moussa Dadis Camara, son adjoint Théodore Kourouma, neveu de Moussa Dadis Camara et bien d'autres, cagoulés ou non ont exécuté les basses œuvres en tuant et violant froidement. Ces viols collectifs et les humiliations insupportables perpétrées contre de centaines d'innocentes constituent des atteintes graves à la dignité humaine. Les auteurs et commanditaires de ces actes ignobles doivent tous répondre de leurs barbaries. Désormais les choses sont claires. Ils massacreront tout citoyen qui voudra exercer son droit d'avoir une opinion. Ils installeront et entretiendront sans état d'âme la guerre civile. Ils ont déjà mis en place une milice à caractère ethnique. Il faut donc arrêter leurs mains criminelles, avant qu'ils ne mettent le feu à notre cher pays.


Le dialogue interne est devenu impossible.


Devant la gravité exceptionnelle de la situation, le Forum des forces vives de Guinée:


1 – S'incline avec une infinie tristesse devant ces morts et exprime sa profonde douleur face à cette tragédie délibérée. Il exprime sa solidarité aux familles de toutes les victimes.

2 – Exige de la junte et de son gouvernement:

· la restitution immédiate des corps des victimes de leurs massacres, afin que les familles puissent enterrer dignement les leurs;

· le recensement exhaustif des disparus;

· la prise en charge médicale complète de tous les blessés;

· la libération immédiate et inconditionnelle des détenus; la libération et prise en charge immédiate des femmes violées et encore sequestrées.

· la réparation immédiates des domiciles saccagés, la restitution des biens dérobés.

3 – Lance un appel pressant à la CEDEAO, à l'Union Africaine et au Groupe International de Contact, pour organiser en urgence l'envoi en Guinée d'une force de paix chargée de protéger les populations guinéennes contre ses forces armées déchainées, que le président de la junte lui même dit ne pas pouvoir contrôler;

4 – Lance un appel aux citoyens et organisations spécialisés pour la préparation immédiate d'un dossier d'accusation afin de traduire les responsables et commanditaires identifiés des massacres de nos populations devant le Tribunal Pénal International, pour crimes contre l'humanité.

5 – Décide de réunir rapidement une concertation nationale pour installer un organe consensuel et efficace devant mener la transition vers des élections libres et transparentes, en raison de la désormais disqualification du CNDD et de son gouvernement en tant que force dirigeante responsable d'un état unitaire respectant les droits humains les plus élémentaires.

6 – Lance un appel à tous les Guinéens et Guinéennes, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, à rester mobilisés, à s'opposer à la dictature militaire.


Cinquante années de dictatures civile et militaire, ça suffit. Le peuple de Guinée ne l'acceptera plus.


Conakry le 30 Septembre 2009


Le Forum des Forces Vives de Guinée
Jeudi 8 octobre 2009 4 08 10 2009 09:23
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22 septembre 2009 

Appel « Stop paradis fiscaux »

 

Les paradis fiscaux font des ravages. Ils ont amplifié la crise qui a jeté des millions de personnes dans le chômage et la précarité à travers le monde. Comment aujourd’hui accorder la moindre confiance aux banques si on ne connaît pas le montant de leurs capitaux dissimulés dans ces trous noirs de la finance mondiale ?

- http://www.stopparadisfiscaux.fr/


Les paradis fiscaux plombent le budget des États. Des grandes entreprises et des individus fortunés échappent aux impôts en y cachant leur argent, tandis que les autres payent à leur place. En France, la fraude fiscale coûterait 3 fois le déficit de la Sécurité sociale. Les paradis fiscaux y prennent une large part. Les pays du Sud, eux, voient s’envoler dans les paradis fiscaux près de 800 milliards d’euros par an !


Les paradis fiscaux servent également de base-arrière pour blanchir l’argent des trafiquants, dictateurs et autres caisses noires de certaines entreprises. En protégeant les hors-la-loi et leurs secrets, ils menacent en permanence la paix et la démocratie dans le monde. Les dirigeants du G20 ont appelé, en avril 2009, à une action mondiale contre les paradis fiscaux. C’est une bonne nouvelle. Mais ce premier pas n’est pas à la hauteur du scandale. À quoi bon dresser, par exemple, une liste des paradis fiscaux si c’est pour la vider, aussitôt, de son contenu ?


Sans la présence des banques et des multinationales des pays du G20, les paradis fiscaux n’existeraient plus : 100% des entreprises et des banques françaises du CAC 40 y ont des filiales. C’est sur celles-ci que la France et la communauté internationale doivent agir !

Qui que l’on soit – citoyen, consommateur, militant syndical, élu local ou dirigeant d’entreprise, demandons davantage de transparence aux utilisateurs des paradis fiscaux.

Ensemble, exigeons la disparition des paradis fiscaux !

Je signe l’appel « Stop paradis fiscaux » et je m’engage dans la mobilisation citoyenne pour faire cesser cet état de non-droit.

- http://www.stopparadisfiscaux.fr/


Une campagne à l’initiative des organisations syndicales CFDT, CGT, Snui, Solidaires et des ONG Attac, CCFD Terre Solidaire, Oxfam France-Agir Ici et de la Plate forme paradis fiscaux et judiciaires.

Samedi 26 septembre 2009 6 26 09 2009 19:51
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Communiqué de Survie, 4 septembre2009


Gabon: Coup de force françafricain.

Alors que les Gabonais aspirent à la démocratie et au changement après les 41 ans de gabegie du règne d’Omar Bongo, Ali Ben Bongo, fils du précédent, vient, non sans difficulté, d’être déclaré vainqueur de l’élection présidentielle au terme d’une mascarade électorale et d’un coup de force qui vise à prolonger la mainmise du clan Bongo sur le pays, avec la bénédiction des autorités françaises.


Ali Ben Bongo, fils et ex-ministre de la Défense d’Omar Bongo, également visé en France par une plainte sur les “ biens mal acquis ”, a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle gabonaise du 30 août dernier avec 41,73% des voix devant ses deux principaux concurrents André Mba Obame (25, 88%) et Pierre Mamboundou (25, 22%). Annoncés non sans atermoiements par la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP, en grande partie composée de membres du Parti démocratique gabonais, au pouvoir) et surtout par l’actuel ministre de l’Intérieur (également PDGiste), ces résultats contredisent toutes les estimations qui donnent, procès-verbaux des décomptes de voix à l’appui, Ali Bongo loin derrière ses deux principaux concurrents. Mais c’était compter sans les faux PV et les PV falsifiés introduits à la Commission électorale. Afin de mener à son terme cette mascarade électorale, le régime a également dispersé avec violence les nombreux manifestants et responsables de l’opposition venus au siège de la CENAP s’assurer du bon décompte des voix. Aujourd’hui, la Garde présidentielle et l’armée quadrillent Libreville. La tension est extrême dans le pays. Exténués par 41 ans de dictature d’Omar Bongo et ulcérés par le coup de force d’Ali Bongo, la majorité des Gabonais n’entend pas se laisser abuser une fois de plus. Le consulat de France à Port Gentil a ainsi été incendié, tout comme un édifice du groupe français Total, symboles du soutien indéfectible de la France au régime Bongo depuis des décennies.

Quand Ali s'appelait encore Alain et était chanteur de charme


La France a prétendu être neutre “ La seule chose qu’elle fait dans cette élection, c’est d’aider au déroulement normal des opérations ” a déclaré le secrétaire d’Etat à la Coopération, Alain Joyandet. Sans doute trouve-t-il normales les conditions de la tenue de cette élection : organisation précipitée du scrutin, listes électorales gonflées, multiples violations du droit constitutionnel, énorme déséquilibre financier et médiatique entre les candidats qui, ailleurs, feraient crier au déni de démocratie. Dès le lendemain du vote, le même A. Joyandet a jugé le scrutin régulier alors que de nombreuses fraudes ont été dénoncées tant au Gabon que dans les ambassades à l’étranger. A l’ambassade du Gabon en France par exemple, l’ambassadrice a même été prise la main dans le sac, en possession de plusieurs dizaines de fausses cartes d’électeur.

Est-ce être neutre que laisser Robert Bourgi, conseiller notoire de Nicolas Sarkozy pour la diplomatie parallèle, ainsi que d’autres ressortissants français en vue au Gabon soutenir Ali Bongo ? Alors que dans le même temps A. Joyandet menace les Gabonais : “ si par malheur, les ressortissants français venaient à être inquiétés, il y aurait une quasi-automaticité d’intervention de nos troupes basées sur place.[…] il y a assez peu de probabilité que l’armée française quitte le Gabon.”



L’association Survie attire l’attention des dirigeants français sur la lourde responsabilité qui est la leur dans la détérioration de la situation au Gabon. A force de vouloir figer le pouvoir gabonais aux mains d’un clan complice des intérêts transnationaux les plus voraces, la France s’aliène la majorité du peuple gabonais.

L’association Survie demande aux autorités françaises de ne pas reconnaître l’élection d’Ali Bongo et de ne pas cautionner la prise du pouvoir par ce qui constitue un véritable un coup d’Etat électoral. Nous attendons du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner la même résolution dans la défense des principes démocratiques qu’il a montrée lors d’autres élections dans le monde, le même soutien à une opposition écrasée et bafouée dans ses revendications. Nous ne voulons pas que notre pays apparaisse comme le fidèle soutien de régimes despotiques indéfiniment reconduits.
Nous demandons au gouvernement français de s’assurer que les militants gabonais de la démocratie et des droits de l’Homme seront préservés de la répression qui risque de s’abattre sur eux comme sur tous ceux qui luttent pour le droit et la justice. Nous assurons les citoyens gabonais qui défendent leurs droits de notre solidarité dans leurs revendications.

En Mauritanie, au Niger, à Madagascar, nous assistons à un recul des acquis démocratiques, tandis qu’au Congo Brazzaville, au Cameroun, au Tchad les vieilles dictatures sont confortées. Le risque est grand de voir surgir au Gabon le même scénario qu’au Togo depuis 2005 : élection truquée, coup d’Etat électoral, répression des contestations, puis normalisation diplomatique validant une succession dynastique de Faure Gnassingbé après 38 ans de règne d’Eyadéma père. Tout cela, avec la complicité de la France, dans la droite ligne de la triste politique françafricaine avec laquelle le candidat Nicolas Sarkozy voulait rompre. Politique qu’il prétend maintenant camoufler sous des gesticulations médiatiques comme celle qui s’annonce en 2010, décrétée « année de l’Afrique » : “ année importante pour la relation entre l’Afrique et la France alors que 14 anciennes colonies françaises célèbreront le cinquantième anniversaire de leur indépendance. (…) Et je souhaite que 2010 signale aussi l’achèvement d’une rénovation profonde de nos relations avec le continent africain ”. Certains Français en seront peut-être dupes, pas les peuples africains.


Bongo Bis vu par le dessinateur gabonais Pahé......et par le dessinateur burkinabè Damien Glez



Contact presse : Olivier THIMONIER olivier.thimonier@survie.org Tél. : 01 44 61 03 25


Vendredi 4 septembre 2009 5 04 09 2009 10:29
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Génocide des Tutsi rwandais : L’attentat du 6 avril 1994 ? Une manipulation de A à Z


Témoignage de Jean-François Dupaquier, écrivain, journaliste et président de l´association Memorial international

Billets d'Afrique, septembre 2009




Le juge « antiterroriste » Jean-Louis Bruguière avait été chargé d’identifier et de poursuivre les responsables de l’attentat du 6 avril 1994 à Kigali (Rwanda) qui avait coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et donné le signal de l’extermination des Tutsi. Son ordonnance s’appuie lourdement sur les « pièces à conviction » de Richard Mugenzi, espion radio, supposé avoir intercepté, le 7 avril 1994, des messages où le Front patriotique rwandais revendiquait l’attentat. Aujourd’hui, Richard Mugenzi affirme que ces messages de revendication avaient été inventés de toutes pièces par les extrémistes hutus, sans doute pour dissimuler leur propre responsabilité dans l’attentat. Des révélations qui fragilisent singulièrement la thèse du juge français.

Billets d’Afrique : - Jean-François Dupaquier, le journal Le Monde a révélé que vous avez rencontré l’un des témoins qui semblaient avoir convaincu le juge Jean-Louis Bruguière de la responsabilité du Front patriotique rwandais (FPR) dans l’attentat du 6 avril 1994 - attentat qui a coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et qui a servi de déclencheur au génocide de 1994 au Rwanda. Selon Le Monde, le Nouvel Observateur, Le Soir de Bruxelles, l’Agence France-Presse et d’autres médias, ce témoin, Richard Mugenzi, contrairement à la thèse développée par le juge Bruguière, semble aujourd’hui innocenter le FPR de cet attentat. Dans quelles conditions avez-vous recueilli ce témoignage qui fait grand bruit, et quelles sont ses conséquences ?
Jean-François Dupaquier : - Retrouver Richard Mugenzi n’a pas été facile, et je remercie le juge Bruguière de m’y avoir involontairement aidé. Voici dans quel contexte : depuis plusieurs années je travaille à la rédaction d’un livre sur les origines du génocide de 1994 qui a vu l’extermination d’environ un million de Tutsis et de nombreux Hutus démocrates. Aussi bien comme journaliste-écrivain que comme témoin expert et consultant auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR, tribunal chargé depuis 1994 d’identifier et de juger les principaux « génocidaires »), j’ai un accès relativement aisé aux audiences publiques du tribunal à Arusha (Tanzanie). Le procès le plus remarquable est celui où ont comparu ensemble le colonel Théoneste Bagosora, considéré comme l’architecte du génocide, et de plusieurs officiers supérieurs rwandais dont son bras droit, le colonel Anatole Nsengiyumva. Ce procès a nécessité plusieurs centaines de journées d’audiences. Il représente des dizaines de milliers de pages de procès-verbaux et documents divers. Il a fait défiler des témoins-clefs du génocide de 1994.
J’ai été impressionné par la longue déposition en 2002 d’un homme dont l’identité était l’objet d’une protection extraordinaire, au point que son audition a été en partie « caviardée ». Sous le pseudonyme de ZF et caché derrière un rideau, il a fourni un témoignage accablant sur l’organisation du génocide dans Gisenyi, ville frontalière du Zaïre, qui était le foyer des extrémistes hutus de l’époque. Malgré ce « caviardage », il apparaissait que ZF était un opérateur recruté dès octobre 1990 par les forces armées rwandaises pour intercepter les messages radio des rebelles du Front patriotique rwandais.
Il m’a paru indispensable de le rencontrer dans le cadre de mes recherches, mais malgré mes efforts, je ne parvenais pas à l’identifier. Au TPIR, son nom figurait parmi les secrets les mieux gardés de l’équipe de « Protection des témoins ». Personne ne voulait risquer sa place pour m’informer de son nom et de son adresse.
En novembre 2006, lorsque le juge Jean-Louis Bruguière a diffusé le texte de son ordonnance (que chacun peut trouver sur internet) accusant neuf hauts gradés de l’armée rwandaise d’avoir été les principaux organisateurs de l’attentat du 6 avril 1994, il a cité le nom du principal témoin à charge : Richard Mugenzi, opérateur radio à Gisenyi (page 30). Ce faisant, le juge antiterroriste semble avoir violé un engagement vis-à-vis du Tribunal pénal international : on l’avait autorisé à interroger Richard Mugenzi en 2001 à Arusha, à la condition qu’il préserve son anonymat. Mais il s’agit à mon avis de la moindre des anomalies de l’instruction menée par Jean-Louis Bruguière. En tout cas, ça m’a permis de mettre un nom sur l’homme que je voulais interviewer depuis tant d’années. Il m’a ensuite fallu trois ans pour le retrouver. Sans entrer dans les détails, j’ai réussi à localiser Richard Mugenzi le 29 mai 2009. Nous avons convenu d’une interview le 31 mai. C’est au cours de cette interview qu’il m’a révélée que Jean-Louis Bruguière s’était fourvoyé en utilisant son témoignage pour accuser le Front patriotique rwandais de l’attentat.

Billets d’Afrique :
- Pouvez vous expliquer en quoi le témoignage de Richard Mugenzi est tellement important ?
Jean-François Dupaquier : - Richard Mugenzi est mentionné dans les pages 29, 30, 31, 51 et 52 de l’ordonnance Bruguière. C’est dire si le juge « antiterroriste » lui attachait de l’importance. Le 7 avril 1994 vers 8 heures 45 le matin, Richard Mugenzi est supposé avoir intercepté un message radio du Front patriotique rwandais revendiquant l’attentat commis 12 heures plus tôt à Kigali. Ce message est diffusé « en clair », contrairement aux habitudes de « codage » du Front patriotique rwandais et, faut-il le dire, de toutes les armées en guerre. Il disait à peu près ceci : « L’invincible (surnom que ses courtisans avaient donné au président Juvénal Habyarimana) est mort dans son avion, les gorilles (Hutus) ont perdu, les bergeronnettes (Tutsi) ont gagné, la victoire est proche, félicitations à l’Escadron renforcé, la guerre reprend. Etc. »
Richard Mugenzi aurait ensuite transcrit trois autres messages, toujours diffusés en clair, au milieu de nombreux messages codés, et qui « confirmaient » que le Front patriotique rwandais était bien l’auteur de l’attentat, puisqu’il le revendiquait et même s’en glorifiait.

Billets d’Afrique : - Donc, il ne pouvait pas y avoir la moindre ambiguïté sur les responsables d’un attentat qui a causé la mort du président rwandais, celle du président du Burundi qui l’accompagnait, de plusieurs ministres et hauts fonctionnaires, ainsi que de trois Français : le pilote, le copilote et le mécanicien ? Et déclenché le génocide ?
Jean-François Dupaquier : - Avec ces quatre télégrammes de revendication, le juge Jean-Louis Bruguière pensait détenir la preuve absolue de la responsabilité du FPR dans l’attentat.
Je dois reconnaître que depuis son ordonnance du 17 novembre 2006 et les révélations qui avaient filtré sur son instruction, le contenu de ces prétendus messages m’avait troublé. Depuis sa création en 1988, le Front patriotique rwandais revendiquait un refus viscéral du racisme du régime Habyarimana qui s’appuyait sur des « quotas ethniques » entre Hutus et Tutsis. Le mouvement rebelle – en majorité tutsi - condamnait un apartheid qui n’était plus en vigueur qu’au Rwanda et en Afrique du Sud. Ses membres refusaient de se dire Hutus ou Tutsis, se proclamant « uniquement Rwandais ». Il était donc étrange qu’au lendemain de l’attentat du 6 avril le FPR diffuse - qui plus est en clair - des messages stigmatisant les Hutus qualifiés de « gorilles » par opposition à des Tutsi assimilés à ces élégants oiseaux que sont les bergeronnettes. Comme co-auteur de livre « Les médias du génocide », je suis bien placé pour savoir que c’est la presse des Hutus extrémistes de l’époque qui prétendait que le FPR considérait l’ensemble des Hutus comme des « gorilles », et diffusait des caricatures de ce type.
Cette question des quatre télégrammes du 7 avril ne mobilisait pas toute mon attention car l’attentat contre l’avion d’Habyarimana n’est pas à l’origine du génocide, comme j’espère l’expliquer dans un prochain livre. Mais je m’étais promis d’interroger Richard Mugenzi sur ce point. J’ai commencé par lui demander si, durant ses quatre années d’interceptions des messages du FPR, il avait relevé des mentions de divisions ethniques Hutus-Tutsis. Il m’a répondu que non. Je lui ai alors lu les quatre messages supposés interceptés de radios-opérateurs du FPR le 7 avril. C’est alors qu’il m’a fait cet aveu : ces messages n’étaient pas interceptés du FPR mais lui ont été dictés par le colonel Anatole Nsengiyumva. En pratique, Nsengiyumva, l’un des hauts gradés les plus extrémistes, lui a tendu un morceau de papier et lui a demandé de le recopier comme s’il s’agissait d’un message qu’il avait intercepté du FPR. J’avoue avoir été stupéfait par cette révélation. Je lui ai lu ensuite les trois autres messages et il m’a fait la même réponse.

Billets d’Afrique : - Quelle conclusion tirez-vous de cette déclaration de Richard Mugenzi ?
Jean-François Dupaquier : - La révélation de l’ancien espion radio éclairait d’un seul coup cet épisode : on se trouvait en face d’une manipulation délibérée. Exactement 12 heures après l’attentat, le colonel Nsengiyumva, adjoint direct et complice du colonel Bagosora (comme l’a montré le jugement du Tribunal pénal international intervenu en février dernier les condamnant tous deux à la réclusion à perpétuité), a cherché à faire croire que l’attentat avait été commis par le FPR en inventant un faux bordereau.

Billets d’Afrique : - Vous n’aviez pas imaginé auparavant une telle manipulation ?
Jean-François Dupaquier : - Je savais depuis les audiences du procès Bagosora en 2002 qu’à Gisenyi se trouvait un centre d’espionnage radio considéré comme « très performant ». Je découvrais que les militaires français avaient joué un rôle dans ce centre, et que Richard Mugenzi avait bénéficié d’une formation à l’espionnage radio par ces militaires français. Mais en tant que journaliste je n’ai jamais eu à traiter dans ma carrière de questions relatives à l’espionnage et je me suis brutalement rendu compte que le centre d’espionnage de Gisenyi constituait également un centre de désinformation, que la désinformation est un des volets de l’espionnage. Je n’avais sans doute pas lu avec assez d’attention le livre de Gabriel Peries et David Servenay, « Une Guerre Noire » qui traite notamment de cet « apport » des militaires français au Rwanda, dans la droite ligne des méthodes utilisées durant la guerre d’Algérie….
Richard Mugenzi m’a confirmé dans la même interview qu’à d’autres occasions le colonel Nsengiyumva lui avait dicté de prétendus messages qu’il aurait interceptés de radio du FPR et qui n’étaient que des opérations de désinformation.

Billets d’Afrique : - Quelle était la finalité des faux messages du FPR ?
Jean-François Dupaquier : - Tous ceux qui sont un peu informés de la tragédie rwandaise savent que les extrémistes hutus ont ensuite ressassé le message suivant, notamment sur les ondes de la Radio-Télévision des Mille Collines (RTLM) : « Les Tutsi du FPR ont tué le Père de la Nation, tous les Tutsis méritent la mort pour cela ». Une propagande qui a radicalisé les masses hutues et les a poussés avec plus d’énergie que jamais à exterminer leurs voisins tutsis, hommes, femmes enfants, vieillards, tous sans exception… Et avec d’autant plus d’efficacité que la population était depuis longtemps travaillée par une propagande de la haine et encadrée par des milices elles-mêmes armées et entraînées à tuer. On comprend donc que les faux messages faisaient partie d’un dispositif sophistiqué pour aboutir au génocide des Tutsis, en diabolisant ces derniers et en cherchant à transformer en tueurs les Hutus.

Billets d’Afrique : - Mais alors, pourquoi Richard Mugenzi a-t-il menti au juge Bruguière lorsque celui-ci l’a interrogé à Arusha ?
Jean-François Dupaquier : - Sur le moment, j’ai été tellement surpris de la révélation que j’ai oublié de poser cette question évidente. J’ai rappelé Richard Mugenzi plus tard. Il m’a alors expliqué que lorsqu’il avait témoigné au TPIR en 2002 contre Bagosora et Nsengiyumva, personne ne lui avait posé de questions sur ces fameux télégrammes. On sait que pour le Parquet du TPIR, le scénario de l’attentat du 6 avril 1994 est un sujet tabou, le juge Bruguière a suffisamment glosé là-dessus dans son ordonnance – à juste titre. Et dans le cadre du contre-interrogatoire du témoin qui les accablait sur leur rôle dans le génocide à Gisenyi, pas plus Bagosora que Nsengiyumva n’a levé ce lièvre, on comprend à présent pourquoi.
Jean-Louis Bruguière affirme avoir interrogé Richard Mugenzi le 5 juin 2001 (page 52). Il n’aurait en fait jamais interrogé ce témoin qu’il décrit pourtant comme capital. Richard Mugenzi dit n’avoir été prévenu qu’une demi-heure auparavant de son audition par l’équipe du juge à Arusha. Il dit s’être retrouvé face à un policier français qui se serait contenté de lui faire reconnaitre son écriture sur la transcription des soi-disant messages du FPR, sans même se donner la peine de lui demander s’il s’agissait de transcriptions authentiques. Je vous livre la version de Richard Mugenzi. Il serait intéressant de lire ce PV d’audition dans le dossier Bruguière, malheureusement couvert par le secret de l’instruction.

Billets d’Afrique
: - Vous évoquez de possibles carences des policiers entourant le juge Jean-Louis Bruguière. Pouvez-vous être plus clair ?
Jean-François Dupaquier : - Il semble que l’instruction ait été menée uniquement à charge, dans une seule direction, avec un coupable désigné très tôt : le FPR. En voici un exemple. On s’aperçoit à la lecture de l’ordonnance que parmi les témoins du juge se trouve un journaliste rwandais que j’ai bien connu, Jean-Pierre Mugabe. Dans son périodique, Le Tribun du Peuple, il a publié un long article au Rwanda accusant quatre membre de sa garde présidentielle d’avoir assassiné Habyarimana. Un hypothèse aussitôt réfutée par Bruguière. Plus tard, réfugié aux Etats-Unis, Mugabe accuse cette fois le FPR d’avoir commandité l’attentat. Le juge semble exulter et pérore sur cette nouvelle piste, forcément la bonne. Sans se demander si ce témoin qui dit tout et son contraire reste crédible.

Billets d’Afrique : - C’est un détail !
Jean-François Dupaquier : - Eh bien, parlons d’indices plus importants, comme la fameuse boîte noire du Falcon présidentiel. Comme le journaliste Patrick de Saint-Exupéry l’a révélé dans Le Monde du 8 avril dernier, ce fameux « enregistreur des voix du cockpit » retrouvé dans des conditions mystérieuses après l’attentat a été identifié par des spécialistes comme la boîte noire d’un Concorde. Elle aurait été détournée sur le tarmac de l’aéroport de Roissy en France, vraisemblablement dans un atelier de maintenance, et ensuite trafiquée pour contenir l’enregistrement de conversations sur le tarmac de Kigali. Elle aurait été substituée à la « vraie » boîte noire du Falcon 50 présidentiel qui, elle, n’a jamais été retrouvée.
Il n’est pas difficile de deviner à quels "services" peut appartenir la personne qui a commis une manipulation à la fois aussi subtile et aussi stupide. En avril 1994, confrontés au génocide et à la reprise de la guerre, les militaires du Front patriotique rwandais avaient d’autres préoccupations et sûrement pas cette capacité de falsification des indices.
Cette boîte noire est donc un leurre, mais il paraît que la police antiterroriste n’a pas cherché à savoir qui a volé, transporté et déposé ce faux indice à l’endroit approprié : le lieu du crash.
Troisième faux indice, les deux lance-missiles retrouvés le 24 ou le 25 avril sur une colline proche de l’aéroport de Kigali dans des conditions plus que douteuses. Le juge Jean-Louis Bruguière se réfère longuement à ces deux tubes lance-missiles qui ont malheureusement disparu ensuite, en posant comme postulat qu’ils ont servi à l’attentat à contre l’avion présidentiel.
Les députés français dans le cadre de la « Mission d’information Quilès » de 1998 avaient observé que la photographie d’un des deux tubes lance-missiles, livrée par les militaires rwandais en mai montrait que celui-ci avait encore ses deux bouchons, qu’il était neuf et ne pouvait donc avoir servi. Le juge Bruguière ne mentionne même pas cette remarque de bon sens. Il perd toute capacité critique chaque fois qu’on lui présente une « preuve » visant à faire porter le chapeau au Front patriotique rwandais.

Billets d’Afrique : - Comment et comment pouvez-vous être aussi affirmatif ?
Jean-François Dupaquier : - Dans son ordonnance, le juge Bruguière observe (pages 40 à 43) que le FPR possédait dès son offensive d’octobre 1990 des missiles SAM 7 et SAM 16 - ce qui est attesté par de nombreuses sources, fiables et concordantes. Ceux qui ont observé la guerre civile au Rwanda, engagée le 1er octobre 1990 par l’incursion du Front patriotique rwandais savent que ce dernier avait détourné une gamme d’armes lourdes des stocks de l’armée ougandaise, dont un nombre important de missiles sol-air vendus en 1987 à l’Ouganda par l’ex-Union soviétique. Ces armes antiaériennes très efficaces visaient à compenser l’infériorité stratégique des rebelles qui opéraient en terrain quasi-désertique, presque sans couverture végétale, à la merci des six hélicoptères Gazelle armés de mitrailleuses et de missiles des Forces Armées Rwandaises, lesquels se sont révélés terriblement efficaces contre eux.
J’ai interrogé à ce sujet James Kabarebe, chef d’état-major de l’Armée patriotique rwandaise (APR). Il m’a raconté comment en octobre 1990 sa colonne rebelle motorisée avait été pratiquement anéantie. Un hélicoptère Gazelle, ayant violé l’espace aérien tanzanien, l’avait surpris en plein jour, incendié à la mitrailleuse tous les véhicules et fait de nombreux morts et blessés.
Pourtant, jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994, pendant quatre années de guerre, aucun aéronef des forces armées rwandaises n’a été abattu ou endommagé par un missile.

Billets d’Afrique : - Jean-Louis Bruguière dit tout le contraire dans son ordonnance. Il multiplie les témoignages de pilotes français et rwandais affirmant que des aéronefs des FAR ont été abattus par des missiles type SAM…
Jean-François Dupaquier : - On comprend la raison de cette accusation qui conforte la thèse du juge : elle prouverait que le FPR était aguerri au maniement de SAM et que la destruction du Falcon 50 d’Habyarimana n’était pas le premier « fait d’armes » de ce type. Et pourtant le juge Bruguière se trompe. Le FPR n’a pas abattu le moindre aéronef à l’aide de missiles durant les quatre années de guerre civile.

Billets d’Afrique : - Quelle preuve apportez-vous que le juge se trompe dans son ordonnance ?
Jean-François Dupaquier : - Le juge Bruguière allègue qu’un hélicoptère et un avion d’observation ont été abattus par des missiles du FPR en octobre 1990 et début 1991. Cette allégation est contredite par une note du général Quesnot, chef de l’état-major particulier du président Mitterrand, à ce titre destinataire de tous les rapports de l’Attaché de Défense à Kigali ainsi que des rapports des services de Renseignements au Rwanda. Dans cette note adressée au président de la République datée du 23 mai 1991 et que chacun peut consulter dans le fonds d’archives Mitterrand, le général Quesnot s’inquiète effectivement des missiles du FPR mais ne mentionne aucun aéronef abattu par ce moyen. Au contraire il s’inquiète « d’un cas concret de prolifération anarchique de missiles sol-air, armement présentant de grands dangers pour tout type d’aéronef civil ou militaire ».

Billets d’Afrique : - A quelle occasion cette note a-t-elle été émise ?
Jean-François Dupaquier : - C’est là que ça devient intéressant. Lors d’une offensive du FPR les 17 et 18 mai 1991 au nord-est du Rwanda, les rebelles ont subi une cuisante défaite. Ils fuient en abandonnant des stocks de matériel. Sur le champ de bataille, l’armée d’Habyarimana a notamment récupéré une série de missiles SAM 7 et SAM 16. Il y en a sans doute tellement que l’un de ces missiles SAM 16, tout neuf, dans son tube lanceur, est offert à l’Attaché de Défense de l’ambassade de France, ce qui explique la note du général Huchon.
Une partie des autres missiles que le juge Bruguière qualifie de « débris » - un terme inapproprié – est triomphalement exposée à l’Ecole Supérieure Militaire de Kigali, au vu et au su de tous. Le colonel Nsengiyumva, alors chef des services d’espionnage de l’armée rwandaise, s’intéresse personnellement à cette affaire, et c’est d’ailleurs normal, vu sa fonction. Ce qui et moins normal, c’est qu’ensuite ces missiles et tubes lance-missiles disparaissent. Le juge Bruguière et ses policiers ne se demandent pas ce qu’ils sont devenus. Et pourtant il est douteux que ces missiles, qui valent au total plusieurs millions de dollars, soient perdus pour tout le monde. Deux choses sont certaines :
1- Dans cette guerre civile où la récupération d’armes sur le champ de bataille joue un rôle important, on ne peut pas affirmer - comme le fait le juge Bruguière - qu’après le 18 mai 1991, les FAR ne disposent pas des missiles.
2- Inversement, après le 18 mai 1991, le FPR semble avoir perdu la totalité de son stock de missiles. Cette déduction vint du fait qu’aucun aéronef n’est abattu par le FPR à l’aide de missiles entre le 18 mai 1991 et le 6 avril 1994.
Il y a de sérieuses raisons de penser que les deux tubes lance-missiles bizarrement retrouvés le 24 ou le 25 avril 1994 à proximité du site présumé du tir contre le Falcon présidentiel font partie de ces soi-disant « débris » exposée durant plusieurs semaines à l’Ecole Supérieure Militaire de Kigali. Mais l’équipe du juge Bruguière ne semble pas avoir exploré cette piste qui conduirait, faut-il le souligner, du côté du colonel Anatole Nsengiyumva, l’inventeur des faux télégrammes de revendication de l’attentat par le FPR et le conservateur, à l’époque, des « débris ». Est-il besoin d’ajouter que le juge Bruguière et son équipe semblent s’être pris de passion pour le colonel Nsengiyumva qu’ils ont longuement interrogé dans sa prison d’Arusha, et dont ils faisaient grand cas, comme le racontent aujourd’hui des magistrats du TPIR qu n’en sont toujours pas revenus…

Billets d’Afrique : - Vous pensez que l’équipe de Jean-Louis Bruguière pourrait avoir été intoxiquée par les détenus d’Arusha, autrement dit les « grands génocidaires » ?
Jean-François Dupaquier : - Franchement, oui. Il suffit d’observer une autre anomalie, énorme : le choix par Jean-Louis Bruguière, comme son interprète, de Fabien Singaye, un ancien espion rwandais connu pour sa haine pathologique des Tutsi. Jusqu’au génocide, sous couvert d’un modeste poste de second secrétaire d’ambassade à Berne (Suisse), Fabien Singaye multipliait les rapports sur l’opposition démocratique rwandaise en exil. L’une de ses marottes était de dénoncer les diplomates et militaires rwandais qui avaient discrètement épousé des Tutsies, ce qui, évidemment, les discréditait aux yeux du régime. Après la découverte de ces rapports à l’ambassade et d’autres irrégularités, Fabien Singaye a été expulsé de Suisse à l’été 1994. Il est vrai qu’on l’accusait aussi d’avoir tenté de faire passer frauduleusement en Suisse son beau-père, Félicien Kabuga, le financier du génocide et de la RTLM, un des hommes les plus recherchés aujourd’hui encore par la justice avec Ousama Ben Laden, et avec la même prime pour sa capture : 25 millions de dollars.
Fabien Singaye a-t-il influencé l’enquête du juge Bruguière ? Il est légitime de se poser la question. Dans la plupart des États de droit, le choix comme interprète d’un individu aussi controversé suffirait à faire invalider l’ensemble de l’instruction.

Billets d’Afrique : - Au terme de vos investigations et de vous interrogations, que concluez-vous ?
Jean-François Dupaquier : - Les faux télégrammes revendiquant l’attentat du 6 avril 1994 au nom du FPR font irrésistiblement penser au faux bordereau de l’Affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle en France. Il faut se méfier des anachronismes et des amalgames, mais je suis frappé des similitudes entre ce qu’il faut dorénavant appel « l’Affaire Bruguière » et l’Affaire Dreyfus. Je suis Français, j’aime mon pays, mais parfois « il me fait mal ». Sous couvert de secret d’État, de Secret Défense, de secret de l’instruction on voit périodiquement se développer une sorte d’abcès politico-judiciaire comme un psychodrame collectif nourri aux pires pulsions. Ici le Juif, forcément traître, forcément ignoble, forcément coupable, là le Tutsi, décrit par les journalistes et écrivains qui « servent la soupe » au juge Bruguière, comme des êtres biologiquement fourbes, rapaces, d’une cruauté et d’un cynisme sans limites. Il faut relire la partie de l’ordonnance du magistrat Bruguière supposé agir « au nom du Peuple français » où il accuse la rébellion du FPR d’avoir programmé l’extermination des Tutsi du Rwanda afin de conquérir un pouvoir sans partage. Que dirait-on d’un homme qui accuserait les Juifs d’avoir poussé Hitler à la Shoah pour obtenir l’État d’Israël ? Mais ici nous parlons de l’Afrique noire, autant de peuples sur lesquels on peut encore, en France, déblatérer en toute impunité. Combien se sont levés pour crier leur indignation ? Quel Garde des Sceaux, depuis le 17 novembre 1996, a demandé au Conseil supérieur de la Magistrature de se saisir de « l’Affaire Bruguière » ?
On se souvient que les premiers démocrates qui se sont levés pour crier l’innocence de Dreyfus ont été accusés d’être des éléments antinationaux, « l’anti-France », exactement comme ceux qui ont osé critiquer l’enquête Bruguière, par tels écrivains stipendiés. On se souvient que, portés par leur passion antisémite mais aussi par une conception singulièrement corporatiste et bornée de « l’honneur de l’armée », des juges ont condamné deux fois Dreyfus en violation de l’évidence, en violation de tous ses droits, et innocenté Esterahazy, que tous savaient coupable. Est-il besoin d’ajouter qu’on devine aujourd’hui qui est l’Esterhazy de l’attentat du 6 avril 1994, et qui sont ses complices ? Et qu’on attend du pouvoir politique qu’il tranche le nœud gordien d’une instruction enlisée depuis onze ans dans ses préjugés et ses fausses pistes ?

http://billetsdafrique.survie.org/Genocide-des-Tutsi-rwandais-
Mardi 1 septembre 2009 2 01 09 2009 13:37
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3 août 2009. Communiqué de Survie

Référendum au Niger : un coup d’Etat constitutionnel passé sous silence.



Le 4 août, les Nigériens sont appelés par le président Mamadou Tandja à se prononcer par référendum sur une nouvelle Constitution qui lui permettra de prolonger son mandat présidentiel et de parachever son coup d’Etat constitutionnel. Cette situation plonge le pays dans l’instabilité et remet en cause des acquis démocratiques. Alors qu’une forte opposition des Nigériens eux-mêmes existe et que des efforts sont fait par certaines institutions pour trouver une issue à la crise, la France, son premier partenaire économique, reste circonspecte, à la faveur du partenariat « énergétique et stratégique ».


Après son déplacement avec la présidente d’Areva pour l’inauguration de la mine géante d’uranium à Imouraren, le gouvernement de Tandja a annoncé le 8 mai dernier la tenue d’un référendum concernant la prolongation de son mandat présidentiel, après des mois de propagande. Pour parvenir à ses fins, Tandja n’a pas hésité à créer une crise politique : face à l’avis défavorable du 25 mai 2009 donné par la Cour constitutionnelle quant à la légalité de ce référendum, il a dissous l’assemblée nationale dès le lendemain de cette annonce. Voyant l’impasse juridique et le blocage institutionnel se préciser, il s‘est octroyé les pleins pouvoirs le 26 juin. Pour ce faire, il a déclaré « activer l’article 58 de la constitution » qui permet au président, lorsque "l’indépendance de la République est menacée", de gouverner par le biais d’ordonnances et de décrets.


Les règles démocratiques et les institutions républicaines sont niés : dissolution de la cour constitutionnelle, suspension de certains articles de la Constitution considérés comme gênants, interpellations de l’opposant Mamadou Issoufou à la tête du Front de défense de la démocratie (FDD) coalition d’opposition née pendant cette crise politique et du leader de la société civile Marou Amadou. Les processus électoraux sont mis à mal : les élections communales prévues pour mi-2009 ont été repoussées. Les élections législatives, pour renouveler l’Assemblée nationale dissoute, sensées se tenir le 20 août, risquent d’être reportées, prolongeant la vacance du pouvoir législatif : l’avant projet de la nouvelle constitution affirme qu’elles se tiendront « au plus tard en octobre 2009 ». Ce processus fait fi de la volonté des Nigériens : déclaration des appels à la grève formulées par les syndicats le 17 juin puis les 23 et 24 juillet comme illégaux et la liberté des médias est mise à mal par des menaces de sanctions.


Alors que Tandja prétend être soutenu par la population, plusieurs organisations de la société civile, toutes les centrales syndicales et nombre de partis politiques sont mobilisés depuis des mois contre cette prise de pouvoir. A l’international, des acteurs ont tenté, de désamorcer la crise : ONU, Cedeao, Union Africaine, Union Européenne, en bloquant une aide budgétaire. Beaucoup d’Etats ont condamné la démarche de Tandja – les Etats-Unis, le Canada ou encore la Belgique qui menace de suspendre son aide.


Les masques sont tombés : Tandja est passé du costume de président à celui de dictateur, et pourtant, du côté français, rien ou presque n’a été dit. Fin juin, alors que Tandja s’arroge les pleins pouvoir, le quai d’Orsay fait la déclaration écrite suivante : « La France rappelle l’importance qu’elle attache au cadre constitutionnel du Niger, à la préservation de l’acquis démocratique de ce pays et à sa stabilité. »


Le schéma en cours au Niger est bien connu : alors que le respect de la démocratie est censé être un critère essentiel de l’aide française depuis le discour de la Baule du président Mitterrand en 1990, l’Etat français n’a pas réagi quand, ces dernières années, des chefs d’Etat africains sont revenus sur leurs engagements, levant la limitation du nombre de mandats présidentiels. En restant silencieux, il a encouragé d’autres chefs d’Etat africains à agir de même : ce fut notamment le cas en Tunisie (2002), en Guinée (2002), au Togo (2003), au Gabon (2003), au Tchad (2005) et très récemment au Cameroun (2008). La France, qui y exploite de nombreuses matières premières et y a des intérêts économiques considérables dans ces pays, préfère pérenniser des relations avec des dictateurs amis qui lui permettent d’exploiter à bas prix plutôt que de s’attacher aux règles démocratiques. La situation qui prévaut actuellement au Niger est la même : avec le contrat signé en janvier entre Areva et le Niger pour l’exploitation d’une nouvelle mine, la France fait cadeau de son silence à Tandja.


Le scrutin du 4 août a tout d’une mascarade : il est organisé très rapidement par une CENI reconstituée après la démission d’un certain nombre de membres opposés au référendum, appuyé par le déploiement de militaires aux quatre coins du pays par crainte de mouvements de l’opposition, sans présence d’observateurs internationaux et le fichier électoral utilisé n’a pas été actualisé. Il repose sur la mobilisation de tous les alliés du pouvoir, comme les préfets qui ont pour mission de faire en sorte que les fonctionnaires fassent tout pour que tous les votants votent OUI., Le projet de nouvelle constitution stipule que Mamadou Tandja reste président jusqu’en 2012 et que le président devient chef de l’Etat, du gouvernement, de l’administration, des armées et de la magistrature ! Ainsi, ce serait un régime présidentiel fort, qui risque de reposer sur des atteintes aux droits humains, et à la liberté de la presse, la poursuite du conflit au Nord Niger, l’absence d’une meilleure répartition des revenus, notamment de l’uranium, la poursuite de l’exploitation de l’uranium par Areva sans souci des conséquences sociales ni écologiques.


L’association Survie demande au gouvernement français de ne pas cautionner le referendum du 4 août qui bafoue les acquis démocratiques du Niger,, et de cesser d’assujettir sa politique africaine à ses intérêts économiques et stratégiques.

Référendum au Niger : un coup d’Etat constitutionnel passé sous silence. Communiqué de Survie, le 3 août 2009

Publié le lundi 3 août 2009

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Le 4 août, les Nigériens sont appelés par le président Mamadou Tandja à se prononcer par référendum sur une nouvelle Constitution qui lui permettra de prolonger son mandat présidentiel et de parachever son coup d’Etat constitutionnel. Cette situation plonge le pays dans l’instabilité et remet en cause des acquis démocratiques. Alors qu’une forte opposition des Nigériens eux-mêmes existe et que des efforts sont fait par certaines institutions pour trouver une issue à la crise, la France, son premier partenaire économique, reste circonspecte, à la faveur du partenariat « énergétique et stratégique ».

Après son déplacement avec la présidente d’Areva pour l’inauguration de la mine géante d’uranium à Imouraren, le gouvernement de Tandja a annoncé le 8 mai dernier la tenue d’un référendum concernant la prolongation de son mandat présidentiel, après des mois de propagande. Pour parvenir à ses fins, Tandja n’a pas hésité à créer une crise politique : face à l’avis défavorable du 25 mai 2009 donné par la Cour constitutionnelle quant à la légalité de ce référendum, il a dissous l’assemblée nationale dès le lendemain de cette annonce. Voyant l’impasse juridique et le blocage institutionnel se préciser, il s‘est octroyé les pleins pouvoirs le 26 juin. Pour ce faire, il a déclaré « activer l’article 58 de la constitution » qui permet au président, lorsque "l’indépendance de la République est menacée", de gouverner par le biais d’ordonnances et de décrets.

Les règles démocratiques et les institutions républicaines sont niés : dissolution de la cour constitutionnelle, suspension de certains articles de la Constitution considérés comme gênants, interpellations de l’opposant Mamadou Issoufou à la tête du Front de défense de la démocratie (FDD) coalition d’opposition née pendant cette crise politique et du leader de la société civile Marou Amadou. Les processus électoraux sont mis à mal : les élections communales prévues pour mi-2009 ont été repoussées. Les élections législatives, pour renouveler l’Assemblée nationale dissoute, sensées se tenir le 20 août, risquent d’être reportées, prolongeant la vacance du pouvoir législatif : l’avant projet de la nouvelle constitution affirme qu’elles se tiendront « au plus tard en octobre 2009 ». Ce processus fait fi de la volonté des Nigériens : déclaration des appels à la grève formulées par les syndicats le 17 juin puis les 23 et 24 juillet comme illégaux et la liberté des médias est mise à mal par des menaces de sanctions.

Alors que Tandja prétend être soutenu par la population, plusieurs organisations de la société civile, toutes les centrales syndicales et nombre de partis politiques sont mobilisés depuis des mois contre cette prise de pouvoir. A l’international, des acteurs ont tenté, de désamorcer la crise : ONU, Cedeao, Union Africaine, Union Européenne, en bloquant une aide budgétaire. Beaucoup d’Etats ont condamné la démarche de Tandja – les Etats-Unis, le Canada ou encore la Belgique qui menace de suspendre son aide.

Les masques sont tombés : Tandja est passé du costume de président à celui de dictateur, et pourtant, du côté français, rien ou presque n’a été dit. Fin juin, alors que Tandja s’arroge les pleins pouvoir, le quai d’Orsay fait la déclaration écrite suivante : « La France rappelle l’importance qu’elle attache au cadre constitutionnel du Niger, à la préservation de l’acquis démocratique de ce pays et à sa stabilité. »

Le schéma en cours au Niger est bien connu : alors que le respect de la démocratie est censé être un critère essentiel de l’aide française depuis le discour de la Baule du président Mitterrand en 1990, l’Etat français n’a pas réagi quand, ces dernières années, des chefs d’Etat africains sont revenus sur leurs engagements, levant la limitation du nombre de mandats présidentiels. En restant silencieux, il a encouragé d’autres chefs d’Etat africains à agir de même : ce fut notamment le cas en Tunisie (2002), en Guinée (2002), au Togo (2003), au Gabon (2003), au Tchad (2005) et très récemment au Cameroun (2008). La France, qui y exploite de nombreuses matières premières et y a des intérêts économiques considérables dans ces pays, préfère pérenniser des relations avec des dictateurs amis qui lui permettent d’exploiter à bas prix plutôt que de s’attacher aux règles démocratiques. La situation qui prévaut actuellement au Niger est la même : avec le contrat signé en janvier entre Areva et le Niger pour l’exploitation d’une nouvelle mine, la France fait cadeau de son silence à Tandja.

Le scrutin du 4 août a tout d’une mascarade : il est organisé très rapidement par une CENI reconstituée après la démission d’un certain nombre de membres opposés au référendum, appuyé par le déploiement de militaires aux quatre coins du pays par crainte de mouvements de l’opposition, sans présence d’observateurs internationaux et le fichier électoral utilisé n’a pas été actualisé. Il repose sur la mobilisation de tous les alliés du pouvoir, comme les préfets qui ont pour mission de faire en sorte que les fonctionnaires fassent tout pour que tous les votants votent OUI., Le projet de nouvelle constitution stipule que Mamadou Tandja reste président jusqu’en 2012 et que le président devient chef de l’Etat, du gouvernement, de l’administration, des armées et de la magistrature ! Ainsi, ce serait un régime présidentiel fort, qui risque de reposer sur des atteintes aux droits humains, et à la liberté de la presse, la poursuite du conflit au Nord Niger, l’absence d’une meilleure répartition des revenus, notamment de l’uranium, la poursuite de l’exploitation de l’uranium par Areva sans souci des conséquences sociales ni écologiques.

L’association Survie demande au gouvernement français de ne pas cautionner le referendum du 4 août qui bafoue les acquis démocratiques du Niger,, et de cesser d’assujettir sa politique africaine à ses intérêts économiques et stratégiques.

Mardi 4 août 2009 2 04 08 2009 10:13
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