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Survie Midi Pyrénées

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Quand la "officielle" parle du génocide rwandais...

7 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

07/04/2008   Par David Servenay | Rue89 |


Quand la "France officielle" parle du

génocide rwandais



Quatorze ans après le génocide au Rwanda, Bernard Kouchner et le général à la retraite Lafourcade livrent leur vision des faits.

Crânes humains au Mémorial du génocide de Murambi (A.Asiimwe/Reuters).


Il est rare que les militaires prennent position sur des sujets politiques. En mars 2008, la revue Défense nationale et sécurité collective consacre un dossier au Rwanda. L’occasion, pour un ministre en exercice et un général à la retraite, de livrer leur vision, quatorze ans après les faits: petites omissions et gros messages en direction du gouvernement. L’enjeu? Ecrire l’histoire et éviter la case tribunal.


Kouchner: "Il y a eu ces bouillies de crânes sur lesquelles nous avons marché"

Bernard Kouchner ne pouvait pas choisir meilleur titre à son article: la normalisation et la vérité. Dans l’ordre, d’abord l’impératif politique, puis celui de l’histoire. Quitte à faire passer la "vérité" au second plan. Reconnaissons à son auteur, ministre des Affaires étrangères, la volonté de vouloir sortir de l’ornière. Depuis la rupture des relations diplomatiques, à l’automne 2006, le Rwanda et la France mènent une lutte sourde, sur fond de polémiques historiques. Sujet de la discorde: comment et jusqu’où qualifier le soutien apporté par Paris à l’ex-régime génocidaire de 1994?

Bernard Kouchner, donc, ne manque pas de volonté. Sans doute parce que lui a vu, contrairement à l’ensemble de la classe politique française (hormis Edouard Balladur et François Léotard intervenant lors de Turquoise) pour qui les 800 000 morts du génocide restent une abstraction. Il l’explique ainsi:

"Seulement, il y a eu les centaines de milliers de morts Tutsis et Hutus modérés, il y a eu ces bouillies de crânes sur lesquelles nous avons marché, il y a eu un génocide tellement semblable aux nôtres et tellement différent aussi, et il y a maintenant des soupçons aussi graves qu’insupportables pesant sur nous, sur notre armée, sur nos soldats."


La vision ethnique des événements a-t-elle disparu? Pas sûr.

On se prend alors à espérer… une nouvelle approche des faits, un tri entre les clichés, les évidences et les informations vérifiées dans les nombreux ouvrages déjà écrits sur le Rwanda. Dès la deuxième page, l’auteur revient longuement sur la vision "ethnicisée" de la problématique rwandaise, entretenue pendant des décennies par les occidentaux.

"De ce soutien, la politique française doit être comptable, au moins par omission. Depuis 1970, une série d’approximations, d’inadvertances et d’erreurs d’analyse fondèrent une politique inégalitaire et négligèrent la réalité humaine des problèmes, à l’aune de cette phrase prononcée par un très haut responsable: 'Au Rwanda, c’est la lutte des serfs contre les seigneurs'."

Une phrase où François Mitterrand comme l’ancien ministre de la Coopération, Bernard Debré, auraient pu se reconnaître. L’ancien French Doctor, qui a beaucoup travaillé en Afrique, n’ignore rien des prismes officiels français.
Au chapitre de la "vérité", Bernard Kouchner récuse les tentatives de réduire le génocide à des interprétations douteuses. Parmi ces tentatives, la lecture dont Pierre Péan s’est fait le héraut, où l’écrivain donne à l’attentat du 6 avril 1994 un sens tautologique (ceux qui sont derrière l’attentat sont aussi les responsables des massacres). Kouchner répond posément, sans citer l’écrivain:

"Je ne peux pas cautionner cette vision simpliste et infamante qui fait des Tutsis les responsables de leur propre malheur, pas plus que je ne peux supporter d’entendre certains défendre la thèse d’un double génocide Tutsi et Hutu."

Pourtant, dans la même revue, le général Jean-Claude Lafourcade, ancien commandant de l’opération Turquoise, livre une vision tout à fait conforme aux clichés ethnistes du XXe siècle. En six pages, il emploie d’ailleurs les qualificatifs "hutu" (dix fois) et "tutsi" (neuf fois) comme autant de clés d’analyse du conflit, dont le "contexte complexe" tient dans cette première et unique assertion:

"Dès l’indépendance du Rwanda, en 1962, éclatent des conflits entre Hutus et Tutsis (représentant respectivement environ 85% et 15% de la population)."

Comme si la politique et la violence sociale pouvaient se réduire au règne de la démocratie ethniquement majoritaire… Pourquoi? Comment? L’officier des Troupes de marine ne soulève pas ces questions. En 2008, le Rwanda reste donc une source inépuisable d’approximations. Bernard Kouchner en fait la démonstration en revenant sur le tournant initié par le président Giscard d’Estaing:

"La France, par le jeu d’accord de défense datant de 1975, s’est portée au secours de son allié menacé par le Front patriotique rwandais (FPR) des Tutsis chassés de leur pays depuis 1959, 1963, voire 1967 et réfugiés en Ouganda et au Burundi."

Faux. L’accord particulier d’assistance militaire du 18 juillet 1975 a pour objectif de former une gendarmerie rwandaise. Pas de venir au secours d’un régime contestable. Laquelle gendarmerie deviendra, grâce à la coopération française, le support d’un excellent maillage du territoire, qui permet en cas de crise d’avoir sous la main un réseau à l’efficacité redoutable. Tous les militaires le savent: pas de meilleur service de renseignements que la gendarmerie.


Peut-on être "impartial" face à un génocide? Oui, répond le général Lafourcade

S’il n’apporte aucune explication concrète aux "approximations, inadvertances et erreurs d’analyse" de la période 1990-1994, marquée par des "pogroms", le chef de la diplomatie française s’attache à ne pas fâcher ses nouveaux amis de la majorité présidentielle:

"Je ne tiens ni Edouard Balladur ni Alain Juppé ni Hubert Védrine pour responsables de ce qui s’ensuivit. Leur bonne volonté était entière. Les erreurs d’analyse venaient de plus loin."

Mieux: il prépare le terrain de la justification alambiquée du général Lafourcade qui, oubliant de rappeler l’ordre de mission de ses troupes (le texte ne mentionne pas le mot "génocide" pas plus qu’il n’indique qui tue qui), présente ainsi la "délicate mission":

"Il fallait mettre fin aux massacres avec l’impératif d’impartialité qui imposait de n’entrer en contact frontal ni avec les forces en retraite de l’armée gouvernementale (FAR) ni avec celles qui progressaient (Tutsis de l’extérieur-FPR). Il s’agissait aussi de montrer que la France n’avait pas l’intention de revenir durablement au Rwanda."

En d’autres termes, les soldats français de Turquoise devaient être "impartiaux" et "neutres" face à un génocide. On comprend le caractère "délicat" de la mission. Mais là encore, cette contradiction est sagement ignorée.


Les soldats de l’opération Turquoise ont laissé fuir certains génocidaires rwandais

Sans revenir sur l’ensemble de l’opération militaro-humanitaire -on sait qu’elle fut à multiples tiroirs, dont certains n’ont pas encore été ouverts-, les deux auteurs insistent sur un point qui semble leur poser problème. D’abord Bernard Kouchner:

"Elle a d’abord permis de sauver des milliers de vies, même si elle a sans doute facilité la fuite de certains génocidaires qui quittèrent le territoire rwandais, brouillant hélas la lecture des événements."

Hélas pour le ministre, le général Lafourcade reprend ce thème de la "fuite de certains génocidaires", pour raconter une version à trous de l’histoire:

"La plupart des principaux responsables du génocide avaient fui au Zaïre avant notre intervention, mais la présence d’un certain nombre de Hutus ayant participé aux massacres s’est posée. Ceux-ci, ayant cessé leur activité avant notre arrivée, n’étaient pas immédiatement identifiables. Nous n’avions ni le mandat ni les moyens de les arrêter."

Outre le mensonge de la fuite des génocidaires (beaucoup se sont fait connaître, croyant que la France venait à leur rescousse) fallait-il un mandat aux soldats français pour arrêter ces criminels de guerre, ministres, préfets, officiers d’actives ou réservistes…? Juridiquement, dès lors que la convention de l’Onu sur le génocide (1948) était invoquée, il revenait aux forces en présence de faire appliquer la loi internationale. Le général français l’admet d’ailleurs quelques phrases plus loin:

"Nous avons néanmoins, avec des moyens limités, procédé à des arrestations de suspects et lancé de nombreuses procédures judiciaires.(…) Les dossiers des personnes suspectées d’avoir participé au génocide ont été alors remis aux Nations unies."

Alors, quels intérêts défendaient les 2 500 soldats français de Turquoise? Arrêtons-nous sur une date charnière: le dimanche 17 juillet 1994.


Face aux légionnaires, deux membres du gouvernement intérimaire, celui du génocide

Ce jour-là, dans le sud de la ZHS (Zone humanitaire de sécurité) contrôlée par la France, un convoi de Mercedes noires et de pick-up des Forces armées rwandaises (FAR) s’arrête dans une villa de Cyangugu. Au bord du lac. Deux des membres les plus importants du gouvernement intérimaire sont là. Deux génocidaires: le président de la République, Théodore Sindikubwabo, et le ministre des Affaires étrangères, Jérôme Bicamumpaka.

Le commandant du secteur, le lieutenant-colonel Jacques Hogard, va s’assurer de leur identité avec un groupe de commandos du 2e REP (Régiment étranger parachutiste). Les arrêtent-ils? Non, ils leur donnent 24 heures pour "foutre le camp". En clair: allez vous perdre dans la forêt zaïroise du Kivu. Voici comment s’expliquait le colonel Hogard, lorsque je l’ai rencontré en 2006:

"Je n’avais pas le mandat de les arrêter, si on avait eu le mandat de les arrêter, on l’aurait fait, ça ne me posait aucun problème. Personne ne nous jamais demandé de les arrêter. Et ce n’est pas les autorités françaises que j’incrimine, parce que les autorités françaises n’ont jamais eu ce mandat de la part de la communauté internationale. Alors, défaut de volonté, défaut de rapidité de transmission, hésitations des chancelleries, que sais-je encore?"

En réalité, la hiérarchie militaire va demander des ordres à Paris. Un ordre "politique" qui viendra le lendemain. Trop tard: les génocidaires et leur escorte d’une centaine de tueurs de la Garde présidentielle sont déjà passés au Zaïre. Ce jour-là, le lundi 18 juillet 1994, marque la fin de la guerre: le camp du génocide l’a perdue. Autre reculade: les militaires français ont aussi proposé de descendre l’émetteur mobile de la RTLM (radio des mille collines), la radio-la-mort appelant aux massacres, qu’ils avaient réussi à localiser. Là encore, Paris a répondu: ne faites rien.


"La France a certainement commis sur de longues années des erreurs politiques…"

Bref, cette exfiltration et d’autres petits secrets continuent de peser sur les consciences. Est-ce ce qui motive les prises de position très fermes du ministre et du général? Dans un joli couplet, Bernard Kouchner et Jean-Claude Lafourcade se renvoient la balle. Commençons par le ministre qui s’adresse directement à ses homologues rwandais, notamment le président Kagamé qu’il connaît bien:

"La France a certainement commis sur de longues années des erreurs politiques, fondées sur des interprétations fausses, mais il serait odieux et inacceptable de penser qu’elle ait pu être coupable de crimes ou de complicité de crimes de génocide. C’est un point sur lequel je ne transigerai pas. Notre rapprochement avec le Rwanda ne se fera pas au détriment de l’honneur de l’armée française, au détriment de la vérité historique. La question aujourd’hui n’est plus là."

Au passage, rappelons qu’en parallèle du dialogue avec Kigali, une plainte pour complicité de génocide est actuellement instruite devant le Tribunal aux armées de Paris. Elle vise l’ensemble des acteurs de Turquoise. Le général Lafourcade ne l’a pas oublié, c’est pourquoi il prend la précaution de langage suivante:

"Il appartient au pouvoir politique et aux plus hautes autorités de l’Etat d’assurer la défense des militaires qui ont rempli les missions souvent difficiles qu’ils leur ont assignées, d’autant que ces derniers sont astreints au devoir de réserve. L’abandon ou l’absence de soutien de leur hiérarchie, en cas de mises en causes liées aux activités opérationnelles auraient de graves conséquences. Comment ne pas craindre alors que certains hésitent à s’engager réellement dans l’exécution de missions difficiles, voire qu’ils les refusent: ou encore que d’autres soient tentés d’interpréter les ordres et d’adapter l’exécution de la mission à leur appréciation personnelle, s’ils ont le sentiment que le projet politique présente des risques judiciaires ou médiatiques."

Ces paroles ont le mérite de la clarté: si vous, les politiques, vous vous lâchez sur le Rwanda… le retour de bâton sera terrible. Ultime détail (mentionné dans l’ours de la revue mais que le néophyte n’aura pas forcément remarqué): le comité d’études de Défense nationale est présidé par le général Christian Quesnot, ancien chef d’Etat-major particulier de François Mitterrand, officier qui connaît parfaitement le dossier rwandais pour l’avoir piloté des années à l’Elysée. Le message de mars 2008 vaut donc avertissement pour l’avenir.

 

David Servenay, Rue 89

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Communiqué de Survie 1958-2008 : 50 ans de République Françafricaine.

7 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

7 avril 2008. 1958-2008 :

Communiqué de Survie

50 ans de République Françafricaine.


Aujourd’hui, 7 avril 2008, on commémore le douloureux 14ème anniversaire du début du génocide des Tutsi au Rwanda qui, du 7 avril au 4 juillet 1994 a fait environ 1 million de victimes. Ce plan machiavélique d’extermination d’individus pour le simple fait d’être « tutsi » (ou pour s’être opposés à cette extermination) a été mis en œuvre grâce au soutien politique, diplomatique, militaire et financier que la France a apporté au régime d’apartheid de Juvénal Habyarimana dans un premier temps, puis aux génocidaires pendant et après le génocide lui-même.

Aujourd’hui très documenté, cet épisode a constitué la pire dérive d’un système de relations que la France entretient depuis les « Indépendances » avec les pays africains : la Françafrique. Le Rwanda a permis de voir jusqu’où était capable d’aller la République française, à savoir se rendre complice d’un génocide, pour défendre ses intérêts politiques ou économiques en Afrique, et ensuite nier toute responsabilité pour défendre l’honneur de son Armée.

Si la plupart des colonies françaises ont accédé à l’Indépendance en 1960, c’est bien dès 1958, en parallèle à l’instauration de la Vème République qui fêtera ses 50 ans cette année, qu’a été mise en place cette Françafrique néocoloniale, qui fait de la Vème République une « République françafricaine ».

Après un bref épisode consistant à tenter de mettre en place une Communauté avec les pays africains de l’ancien empire colonial, les indépendances formelles ont en effet été verrouillées par un ensemble d’accords économiques, monétaires, diplomatiques, militaires qui reviennent à établir une domination française de fait. Les hommes politiques africains qui ont eu d’autres ambitions pour leurs pays ont été éliminés par l’assassinat : Sylvanus Olympio en 1963, Thomas Sankara en 1988, ou par des coups d’Etat : Modibo Keita (1968), Amani Diori (1974), etc.

Tous les présidents français ont utilisé la trop fameuse « cellule africaine » de l’Elysée pour manipuler les pouvoirs africains. Lorsque, dans les années 90, des conférences nationales tenteront de réformer des relations opaques et corrompues et d’instaurer des régimes représentatifs, la manipulation des élections assurera la continuité du système. Omar Bongo (Gabon), Paul Biya (Cameroun), le clan Eyadéma (Togo), Lansana Conté (Guinée), Denis Sassou Nguesso (Congo-B.), Idriss Déby (Tchad), restent aujourd’hui en place grâce au soutien de la France. Le système de corruption mis en place est scandaleux. L’affaire Elf en a témoigné, même si les investigations sont restées très partielles, tandis que l’édification par les présidents africains de fortunes pharaoniques (« biens mal acquis ») commence à engendrer enquêtes et plainte.

Après avoir promis une rupture avec ce système de corruption, le président français Nicolas Sarkozy a donné des gages aux régimes les plus corrompus, avec comme dernier épisode l’éviction de Jean-Marie Bockel de son poste de Secrétaire d’Etat à la Coopération à la demande des principaux prédateurs qui, précisons-le, sont aussi bien des Présidents africains dictateurs que des affairistes français implantés en Afrique.

Afin de dénoncer cette perpétuation du néocolonialisme français en Afrique et de susciter un mouvement de réprobation, Survie lance aujourd’hui un « Moi(s) contre la Françafrique ».

Ce « Moi(s) » se déroulera du 7 avril (date du début du génocide au Rwanda en 1994) au 13 mai (le 13 mai 1958 pouvant être considéré comme l’avènement de la Vème République avec le retour au pouvoir du général de Gaulle). Conférences, projections-débats, concerts, manifestations seront organisés un peu partout en France sur les sujets aussi cruciaux que le soutien militaire à Idriss Déby au Tchad, le pillage de l’uranium nigérien par Areva, les biens mal acquis des dictateurs africains en France, etc. (Voir le dossier de presse ci-joint).

En cette année 2008, et à l’occasion du 50ème anniversaire d’une Vème République Françafricaine, il est plus que temps d’opérer une véritable rupture avec la Françafrique et de mettre en œuvre une réforme de la politique de la France vis-à-vis du continent africain par l’arrêt du soutien aux dictatures, la promotion de la démocratie et la défense des droits de l’Homme, la conditionnalisation de l’aide à la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, l’instauration d’un contrôle sur les activités des multinationales françaises en Afrique, la fin de l’ingérence militaire, la fin du domaine réservé de l’Elysée et l’instauration d’un contrôle parlementaire sur la politique extérieure de la France. Un engagement à encourager à tous les niveaux, politiques et citoyens.

Téléchargez le communiqué

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Téléchargez le dossier de presse du "Mois"

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Emission radio Françafrique n° 8 avec Odile Tobner samedi 5 avril 2008

5 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Documents audios et vidéos

SAMEDI 5 Avril  à 13H30
sur Radio Campus (94FM)
Emission "Françafrique" n°8 avec Odile Tobner
 
Françafrique n°8, l’émission radio de l’association SURVIE sur la Françafrique, cette relation particulière de la France avec ses anciennes colonies, sera l'occasion  d'un entretien avec Odile Biyidi Awala / Tobner, présidente de l'association Survie.
Avec elle, reprenant une conférence qu'elle a tenu à l'université Toulouse le Mirail en mars, nous parcourrons l'histoire de la Françafrique, de l'avènement de la V° République à nos jours. Nous nous entretiendrons ensuite des questions d'actualité en passant de la situation au Tchad à celle du Cameroun pour finir sur une présentation de son ouvrage: Du racisme Français.
Site de Radio Campus :  http://www.campustoulouse.net/current
Pour écouter l'émission en ligne:
http://www.afriradio.net/audio80.html



Odile Tobner est un nom d’écrivain, l’alias de Odile Biyidi Awala. Professeur agrégé de lettres classiques en 1970, épouse de Mongo Beti, écrivain franco-camerounais, et mère de famille, elle obtient en 1976 un doctorat de littérature française. Elle fut chargée de cours en littérature française du XVIIe siècle, à l’Université de Rouen, de 1978 à 1984. Avec Mongo Beti, elle créa en 1978 la revue Peuples noirs peuples africains qui paraît jusqu’en 1991. Depuis la mort de Mongo Beti, elle a pris la direction de la librairie des Peuples Noirs qu’il avait fondé à Yaoundé au Cameroun. Elle a été élue en septembre 2005, présidente de Survie France*, succédant à François-Xavier Verschave, décédé en juin 2005. Odile Tobner a publié de nombreux articles et collaboré notamment au :

  • Dictionnaire des Littératures de langue française de J.P de Beaumarchais, D. Couty, A. Rey (Bordas 1984) en rédigeant les notices sur les auteurs du XVIIe siècle et a eu en charge l’ensemble « Littérature d’Afrique noire et des Caraïbes ».
  • Volume XVIIe siècle dans la collection « Histoire de la littérature française », Bordas ULB, 1986, réédité en 1988, puis en 2000 chez Larousse.
  • L’Afrique répond à Sarkozy. Contre le discours de Dakar, (sous la dir. de Makhily Gassama), Paris, Ed. Philippe Rey, 2008, 480 pages.

En outre elle est :


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Samedi 5 AVRIL 2008 à 10h30 régularisation des sans papiers

1 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Manifestations, commemorations

Samedi 5 AVRIL 2008
à 10h30  PLACE DU CAPITOLE
MANIFESTATION

REGULARISATION DES SANS PAPIERS


Quelle que soit notre origine, notre nationalité, notre couleur de peau, avec ou sans papiers
FRANCAI-SE-S – IMMIGRE-E-S : SOLIDARITE, EGALITE

Au nom d’une politique de lutte contre l’immigration, les droits individuels et fondamentaux des étrangers sont bafoués quotidiennement : séparation des familles, enfants derrière les barreaux des centres de rétention, expulsions, arrêt brutal de la scolarité et parfois de soins médicaux vitaux.
Chaque atteinte aux libertés et aux droits des migrants est une remise en question des droits individuels de l’ensemble des citoyens. Les réformes récentes et l’attitude des autorités ne font que confirmer cette réalité : rétention de sûreté, délit de solidarité, fichage des personnes accueillant des migrants...
Face à toutes ces mesures qui remettent en cause les principes démocratiques et républicains de notre société des citoyens et des citoyennes se mobilisent depuis de longs mois et affirment que ces politiques ne peuvent se mener en notre nom. Nous demandons :
  • L’arrêt des expulsions et de l’enfermement des sans papiers
  • La suppression du ministère de l’identité nationale
  • L’abandon des projets de juridiction spéciale pour les étrangers
Alors que la France s’apprête à prendre la présidence européenne on peut craindre un renforcement des mesures répressives aux portes de l’Europe et en son sein. Il devient plus que jamais urgent de renforcer la mobilisation.
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Rencontre avec Elisabeth Borrel, Mercredi 2 Avril à 15H00 à L’IEP de Toulouse,

30 Mars 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Débats, films et conférences

Mercredi 2 Avril

à 15H00 à L’IEP(amphi Bodin)

IEP Toulouse, amphi Bodin, 2 ter rue des Puits Creusés, 31100 Toulouse


L'AFFAIRE BORREL:

UN JUGE ASSASSINE,  UNE AFFAIRE D’ETAT

 

Rencontre avec Elisabeth  Borrel

 


Borrel.jpg


« Le 19 octobre 1995, le juge Bernard Borrel est retrouvé mort en bas d’une falaise à 80 km de Djibouti, le corps à moitié calciné. L’exécutif français reconnaît aujourd’hui officiellement qu’il s’agit d’un assassinat. Mais pourquoi cette reconnaissance si tardive ? Pourquoi la Justice s’est-elle si longtemps bornée à n’instruire que la thèse du suicide, contre toute évidence ? Que couvre la raison d’État dans ce dossier ? Autant de questions qui resteront encore un temps sans réponses. Mais aujourd’hui l’établissement de la vérité progresse réellement et cette reconnaissance conforte, s’il en était besoin, la détermination d’Elisabeth Borrel à poursuivre sa lutte entamée il y a 12 ans. »


Rencontre organisé par le GERCA (http://www.gerca.eu ) et  Survie 31.


Prochaine réunion mensuelle du groupe local de SURVIE
au CIDES (1, rue jouxt Aigues, 31000 Toulouse) le mardi 1er Avril à 19h00

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20 mars au 2 avril: Festival de l'humanitaire

24 Mars 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Festivals, concerts, théâtre,...

FESTIVAL DE L'HUMANITAIRE  
LES AIRS SOLIDAIRES


Mardi 25 mars
Conférence : 17H à l'IEP Toulouse

Critique de la vision angélique de l'humanitaire et ses conséquences

avec Mr AZAM, professeur d'économie politique à l'IEP et Médecins sans frontières


Mercredi 26 mars 

18H30 à l'université des sciences sociales  (10 place Anatole France, à côté de St Pierre)
 Conférence : Engagement et solidarité, les ONG vous répondent
avec l'institut BIOFORCE dans le cadre du TOUR DE FRANCE DE L'HUMANITAIRE
 
 Jeudi 27 et vendredi 28 mars

 10H-18H Université des Sciences sociales

FORUM ASSOCIATIF
Rencontre avec plus de 30 ONG, animations, films, débats...toute la journée

+

Entretiens individualisés d'orientations pour ceux qui veulent travailler dans l'humanitaire


Vendredi 28 mars 
Conférence :
Accés à l'éducation pour tous et l'enfance en danger
Vendredi 28 mars à l'université des sciences sociales
avec l'
UNICEF et Virlanie

 

Mardi 1er avril

10H-18H Université Toulouse du Mirail

FORUM DE L'ECONOMIE SOLIDAIRE

Commerce équitable, Tourisme solidaire...stands, vidéos, conférences, débats

 

Mercredi 2 avril

20H Bikini, 10€

CONCERT DE CLOTURE

AS DE TREFLE, POLYGLOTTE et autres surprises....

AFFICHEGENERALEenGROS.jpg

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Du 21 au 31 Mars 2008 - Toulouse FOUTEZ-LEUR LA PAIX !

24 Mars 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Festivals, concerts, théâtre,...

Du 21 au 31 Mars 2008 - Toulouse
 

  Festival - FOUTEZ-LEUR LA PAIX ! 
 
 Un an après la première édition qui avait réuni plus de 1000 personnes autour d’un grand concert (MAP, malpolis, et d’autres) et de la venue de Soha Bechara, résistante libanaise, le collectif "la guerre tue" organise la deuxième édition de "Foutez-leur la paix !". Pendant quinze jours, des conférences, concerts, projections, débats seront organisés sur Toulouse pour réfléchir s’organiser et agir contre l’escalade guerrière.

programme complet sur:
http://www.laguerretue.org/spip.php?article43

Mardi 25 mars

 

CONFERENCE / DEBAT, « Comprendre, Agir contre les logiques de guerres »
20h00, Salle de Barcelone, (22, allée de Barcelonne - Canal de Brienne)

Avec :

  • Vincent Munié (Survie 31)
  • Denis Godard (Agir Contre la Guerre)
  • Jamalat Abu Youssef (Militante palestinienne)

Affiche : Foutez-leur la paix

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Raharimanana, écrivain malgache, à Castres le 25.03.2008

24 Mars 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Débats, films et conférences

mardi 25 mars 2008, partir de 18h00
CASTRES, MJC Baraque 21, 82 rue Maroulet


HISTOIRE A PARTAGER

18h00 : rencontre
Raharimanana, écrivain malgache,
évoque l'histoire de Madagascar après la seconde guerre mondiale.

Raharimanana poursuit son travail de mémoire entamé depuis 1989, en nous livrant des textes puisant dans l'imaginaire malgache, et qui dépassent largement les frontières de l'île. En 2007, il publie Madagascar, 1947, essai et photographies. Dans ce petit ouvrage, sa réflexion s'accompagne de photos du fonds Charles Ravoajanahary montrant Madagascar de la fin du XIXe siècle jusqu'en 1947 (Éditions Tsipika/Vents d'ailleurs). En 2008, Raharimana publie un roman, Za, aux éditions Philippe Rey.


20h00 : projection
Tabataba,
Film de Raymond Rajaonarivelo

Avec : Francois Botozandry - Lucien Dakadisy - Soatody - Soavelo - 1987, 1h24
Raymond Rajaonarivelo
est le réalisateur malgache le plus titré dans les festivals étrangers. Son pres du Festival de Cannes en 1988, Prix du Jury au Festival de Taormina en Italie en 1989 et a aussi reçu le Prix de la Première Oeuvre au Festival de Carthage la même année. Son second long métrage a aussi connu le succès puisqu'il s'est vu attribuer le Grand Prix du Festival d'Istanbul en 1998. Enfin, son dernier film, Mahaleo, un documentaire co-réalisé avec César Paes en 2005, a fait le tour du monde et a reçu de nombreuses distinctions, notamment à l'occasion du cinquième Festival International du Film Insulaire de l'Ile de Groix dont l'édition 2006 était consacrée à Madagascar.
L'histoire : Fin 1946. La paix est troublée dans un petit village à l'est de Madagascar, par l'arrivée d'un étranger venu apporter l'idée nouvelle qu'il faut refuser l'exploitation des blancs et chasser les français. Les villageois crédules se préparent tant bien que mal à combattre, mais l'insurrection ne durera pas longtemps..
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Organisation : Mrap (05 63 51 25 09), et Traversées africaines (06 12 76 56 97)
à l'occasion des Semaines d'éducation au refus du racisme, coordination FOL 81 (05 63 54 10 09)
Participation aux frais (libre)
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Eviction de J.M. Bockel - Communiqué de Survie

20 Mars 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Communiqué de Survie, le 21 mars2008

 

Eviction de J.M. Bockel
La Françafrique, on l’aime ou on la ferme



Le dessaisissement de Jean-Marie Bockel du portefeuille de Secrétaire d’Etat à la Coopération, dans le cadre du remaniement ministériel post-municipales, est une véritable sanction à l’encontre de celui qui avait annoncé en janvier dernier vouloir « signer l’acte de décès de la Françafrique ». Dans une dépêche de l’AFP du 19 mars, un ministre affirmait qu’il n’excluait pas « qu'il y ait eu des pressions, notamment d'Omar Bongo (président du Gabon), pour faire partir Bockel du Quai d'Orsay », ce que confirmait une source proche du pouvoir gabonais : « Libreville a bien demandé un changement de tête à la Coopération » (AFP, 20 mars).
En cédant aux pressions du dictateur gabonais, co-auteur de facto de ce remaniement ministériel, Nicolas Sarkozy pose ici un nouvel acte françafricain confirmant une nouvelle fois, si besoin en était, la perpétuation de pratiques vieilles de 50 ans.

Après avoir passé dix mois au Secrétariat d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, Jean-Marie Bockel vient d’être « déplacé », le 19 mars, au Secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants. Cette « sanction » constitue un nouvel épisode dans la vie de la famille françafricaine.
Déjà, en janvier dernier, le président Bongo avait appelé son ami Nicolas Sarkozy pour lui faire part de son mécontentement au lendemain du discours de J.M. Bockel, s’auto-désignant ainsi comme un des dictateurs corrompus visés par le Secrétaire d’Etat.
Plus récemment, c’est la diffusion dans les médias français (Le Monde du 31 janvier et France2 le 3 mars) de sujets sur son immense patrimoine immobilier acquis en France grâce au détournement de l’argent public gabonais qui a amené le despote gabonais à rappeler les intérêts français au Gabon à l’ordre.
La « rétrogradation » de Jean-Maire Bockel trouve incontestablement son origine dans ce discours prononcé en janvier par ce dernier dans lequel il rappelait le président français à ses engagements et l’appelait à accélérer la « rupture » promise avec la Françafrique.

Car c’est bien Nicolas Sarkozy lui-même qui avait évoqué, à plusieurs reprises, qu’il fallait « débarrasser [les relations franco-africaines] des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent » (discours de Cotonou au Bénin en mai 2006), et que « nous ne soutiendrons ni les dictatures, ni les pays dirigés par des régimes corrompus » (programme électoral de l’UMP en 2007).

L’illusion n’a toutefois pas duré longtemps, aux vues du rapide retournement de veste de Nicolas Sarkozy depuis son accession à la Présidence de la République : les visites officielles et accolades amicales avec les principaux dictateurs du continent : Bongo (Gabon), Sassou Nguesso (Congo-B.), Khadafi (Libye), Déby (Tchad) et autre Biya (Cameroun), défenseurs fidèles des intérêts privés français en Afrique (Total, Bolloré, Bouygues, etc.) ; le caractère « politique » du classement sans suite injustifié d’une plainte de trois associations dont Survie sur les « biens mal acquis » en France de plusieurs dictateurs africains ; et l’intervention militaire emblématique de la France au Tchad pour sauver le régime d’Idriss Déby, sont autant d’actes d’une politique qui entend se perpétuer.

En accédant à la demande du président gabonais d’écarter l’indiscipliné Secrétaire d’Etat, Nicolas Sarkozy solde définitivement ses promesses de rupture avec la Françafrique réduisant par ailleurs considérablement la portée et la crédibilité de ses annonces faites en Afrique du Sud. L’hypocrisie atteint des sommets, dans un jeu qui s’inscrit dans la logique d’un système qui prévaut à l’échelle internationale, qu’il faut corriger en profondeur.
Dans ce contexte, quelle sera la position du nouveau Secrétaire d’Etat à la Coopération, Alain Joyandet ? Et qu’elle sera l’attitude de J.M. Bockel en tant que Secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants ? La fidélité aux convictions qu’il a publiquement affirmées, ou un retour dans les rangs ?
Toujours est-il qu’à l’examen des événements, on ne peut que constater que la Françafrique, que d’aucuns voient déjà morte, a certainement encore de beaux jours devant elle. Elle reste un des éléments clefs d’un système destructeur à l’œuvre.

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Omar Bongo a eu la peau de Jean-Marie Bockel

20 Mars 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.


Omar Bongo a eu la peau de Jean-Marie Bockel

 

Omar Bongo. Jean-Marie Bockel (Ch. Platiau/Reuters).

"C'est un signe intéressant." Le porte-parole du gouvernement gabonais a accueilli chaleureusement la "bonne nouvelle" du départ de Jean-Marie Bockel du secrétariat d'Etat à la Coopération. En clair: victoire par KO d'Omar Bongo qui, ayant demandé sa tête, a obtenu la dépouille du maire Gauche moderne de Mulhouse. Celui qui, dans ses vœux à la presse, appelait à signer "l'acte de décès de la Françafrique". Vous avez dit "rupture"?…

"L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance."

L'affaire avait fait grand bruit du côté de Libreville. A peine revenu de vacances, dans la litanie monotone des vœux, Jean-Marie Bockel avait lâché un pavé dans le marigot. Bien que réécrit par les conseillers de l'Elysée, son discours entendait marquer une certaine rupture…

"L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants. Quand le baril est à 100 dollars et que d’importants pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à se développer, la gouvernance est en question. Quand les indicateurs sociaux de ces pays stagnent ou régressent, tandis qu’une minorité mène un train de vie luxueux, la gouvernance est en question. Que deviennent ces revenus pétroliers? Pourquoi la population n’en bénéficie-t-elle pas? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources?"

Devant les journalistes, Bockel avançait un message très clair: fini les liens occultes des coulisses franco-africaines, vive la transparence! Le secrétaire d'Etat à la Coopération appelait même à renforcer les mécanismes d'évaluation des programmes d'aide, en les conditionnant à la "bonne gouvernance". Une idée pas vraiment neuve (voir le discours mitterrandien de la Baule en… 1990), mais pas forcément inutile.

Dans l'après-midi de ce mardi 15 janvier, le secrétaire d'Etat fait un addendum public à son discours où -détail important- il n'a pas lâché un seul nom. Dans un entretien au Monde, Jean-Marie Bockel cite un nom, un seul, celui du "président du Gabon". Badaboum! Au Palais du bord de mer, le sang du "sage" Omar Ondimba Bongo ne fait qu'un tour. A tel point qu'un communiqué officiel du conseil des ministres rappelle, le 17 janvier, à la France les règles de bienséance:

"De tels propos ne peuvent être mus que par l'ignorance des réalités de la coopération franco-africaine. Aussi, le gouvernement gabonais marque-t-il sa surprise face au constat suivant: à savoir que, depuis l'arrivée à la tête de la France du président Nicolas Sarkozy, soient véhiculés a un tel niveau de responsabilité des clichés méprisants faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l'aumône de la France.

Le Gabon s'étonne de cette attitude d'autant plus inacceptable quand on sait les avantages que tirent la France et les autres Etats occidentaux de leurs rapports économiques avec notre pays depuis toujours, avantages mutuels par ailleurs."

En coulisse, le syndicat des chefs d'Etat africains s'organise. Bongo, Sassou (président du Congo) et Biya (président du Cameroun) prennent leur téléphone pour réclamer à Nicolas Sarkozy la tête de l'impétrant. Les jeux sont faits.

"Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler notre manière de dialoguer avec les Africains"

Deux mois plus tard, la sanction tombe, alors même que le flamboyant Bockel s'est ravisé. D'ailleurs, le secrétaire d'Etat à la Coopération faisait preuve d'une grande modération dans sa volonté de "rupture", misant sur la volonté du président de la République:

"Pour faire évoluer les choses, on peut provoquer le conflit. Ma méthode est différente, forte et pédagogique, non idéologique. Il s'agit de conditionner notre aide à une bonne gouvernance, faire comprendre à l'opinion et aux dirigeants que ce serait plus efficace.(…) Le moment est venu d'une piqûre de rappel pour aller plus loin dans la démarche de rupture et mettre nos principes en actes. Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler notre manière de dialoguer avec les Africains. Le président sera en Afrique à la fin de février: c'est le bon moment."

Présomptueux… En Afrique du Sud, devant le Parlement réuni au Cap, Nicolas Sarkozy a bien proposé une révision des accords militaires. Mais de vraie rupture, point. Et surtout, il n'a pas précisé sa méthode.

Jean-Marie Bockel a-t-il été victime d'un reportage de France 2?

Mais un reportage diffusé sur France 2 début mars n'a sans doute pas aidé à reconduire le patron de la Coopération. Reprenant les informations mises au jour par les policiers l'été dernier, la chaîne publique montre l'étendue du patrimoine immobilier du président Bongo: 33 appartements ou maisons, un hôtel particulier de 18 millions d'euros…

Re-colère d'Omar Bongo qui, en guise de représailles, expulse deux ressortissants français. Evoquant une véritable "cabale" et un "complot contre le Gabon et son président", le porte-parole du gouvernement, René Ndemezo’ Obiang, fustige la diffusion du reportage dans un communiqué:

"En autorisant la diffusion par les chaînes publiques de reportages divulguant l'adresse privée du président de la République gabonaise en France, mettant ainsi en danger son intégrité physique ainsi que celle de sa famille, les autorités françaises ont manqué à leurs obligations de protection d'un chef d’Etat en exercice."

Le ton menaçant et inhabituellement peu diplomatique laisse augurer des conversations houleuses échangées entre les deux palais. Deux semaines plus tard, Bockel fait ses valises pour les Anciens combattants, où il pourra méditer sa propre réponse faite au Monde, qui l'interrogeait sur le précédent de Jean-Pierre Cot, écarté en 1982 de la Coopération par François Mitterrand pour cause de réformisme trop enthousiaste:

"C'est un vieil ami. Il s'est vite isolé et n'a pas forcément fait la bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer les gens, les budgets, les contradictions. Je sais qu'on ne décalquera pas du jour au lendemain notre morale en Afrique. Je sais aussi que l'Afrique est le continent de demain, et qu'il en va de l'intérêt de la France de mettre en œuvre cette rupture. La jeunesse africaine l'attend."

Elle attendra encore un peu, la jeunesse africaine.

 

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