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Survie Midi Pyrénées

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Edito de billets d'Afrique n°169

2 Mai 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Billets d'Afrique et d'ailleurs

Billets d'Afrique et d'ailleurs n° 169 (Mai 2008)


Crier famine ! (Edito)

Autant les graves atteintes aux droits de l’homme, qui sont commises en ce moment au Tchad et au Cameroun, trouvent peu d’échos dans les médias - la disparition au Tchad de Ibni Oumar Mahamat Saleh, leader d’un parti d’opposition, et de bien d’autres victimes de la répression de la population civile, l’emprisonnement au Cameroun des artistes Joe la Conscience et Lapiro de Bango et de nombreux autres Camerounais, qui n’ont fait qu’user de leur liberté de protestation, n’émeuvent pas les voix offi ciellement chargées de la défense des droits humains - autant les « émeutes de la faim ont fait un tabac médiatique.

On retrouve là en effet tous les traits de l’Afrique qu’on aime, naturellement misérable et victime d’on ne sait quelle malédiction. Tous les poncifs sont au rendez-vous : « Ils sont trop nombreux, ils ne savent pas cultiver ». Tous les messies se sont précipités pour apporter leurs bons conseils. On a claironné le montant des aumônes de l’aide alimentaire. Selon Le Figaro du 18 avril : « Face la crise alimentaire mondiale, Nicolas Sarkozy annonce que l’aide française sera portée à 60 millions d’eurosdès 2008. » Seule manquait au rendez-vous la description de réalités occultées. Non seulement l’Afrique peut nourrir ses habitants mais elle nourrit, entre autres, notre continent. D’immenses surfaces sont consacrées en Afrique au thé, au café, au cacao, à la banane, à l’arachide, toutes productions destinées à l’exportation. Ces productions enrichissent d’une part les grosses entreprises, étrangères pour la plupart, qui détiennent d’immenses plantations, d’autre part toute la chaîne de la spéculation sur les marchés internationaux, tandis qu’elles laissent les populations dans la plus grande pauvreté. Le salaire d’un ouvrier agricole au Cameroun, sur une bananeraie exploitée par une société française, est de 25 000 FCFA, 38 euros mensuels. Soit moins de 1000 FCFA pour dix heures quotidiennes de travail, tandis que le carburant au Cameroun, pays producteur de pétrole, est à 600 FCFA le litre à la pompe. La bouteille de gaz de 30 kg est à 6000 FCFA, le sac de ciment également. L’électricité est à 70 FCFA le kW (deux fois plus cher que le prix moyen en France). Autant dire que l’accès à ces modestes biens est réservé à une minorité. Le marché du gaz, du ciment, de l’électricité, produits localement, est possédé majoritairement par des sociétés étrangères qui dictent les prix. [défense de rire]

Les productions vivrières locales sont concurrencées par l’invasion des sous-produits de l’industrie agroalimentaire française : farine, poulets. Le pain, de très basse qualité, est consommé au détriment du bâton de manioc, bien plus nourrissant, facile à produire localement, et qui serait à l’abri des fl uctuations du marché mondial. Bien loin d’aider les producteurs locaux, tout est fait pour les racketter, les décourager. Le transport intérieur est pénalisé par toutes sortes de prélèvements qui s’ajoutent au prix prohibitif des carburants. Mais l’Aide française au développement vient de subventionner au Cameroun la production de haricots verts pour l’industrie agroalimentaire de la conserverie française.

Avec les salaires qu’elles touchent, les ouvrières de la mise en boîte ne peuvent pas subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. La liste des aberrations économiques que subit l’Afrique serait infi nie. Mais les peuples qui en sont victimes sont sans voix, muselés par des pouvoirs féroces pour leur population mais sans courage, sans intelligence, sans imagination, quand il s’agit d’être asservis aux intérêts de l’ancienne puissance coloniale et des organismes économiques internationaux représentant ceux des grandes puissances mondiales. Ressent-on, dans ces conditions, l’injure que constitue l’aide, particulièrement dérisoire et méprisante, avec quelques larmes en prime pour s’apitoyer sur ceux qui ont faim ?

Odile Tobner


Au sommaire de ce numéro

-  CAMEROUN Faut-il oublier Joe la Conscience ?

L’auteur de cette tribune, Patrice Nganang, écrivain camerounais, vit aux États-Unis depuis 2000 et enseigne à l’université d’État de New-York.

À FLEUR DE PRESSE : Bêtisier césairien Des foutaises

-  RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CON- GO Un colonel français mène la torture

La télévision publique suédoise a diffusé un reportage intitulé Le destin de Joseph, jeune Congolais torturé en juillet 2003 par des soldats français.

-  CONGO-BRAZZAVILLE De l’huile dans les rouages

La France vient d’accorder une rallonge de 80 millions d’euros. Un coup de pouce pour Bolloré ?

-  GABON Chinoiseries

La gabegie continue de plus belle. Dernier exemple en date : le projet de la mine de fer de Belinga.

Concours de clichés à Bongoville

-  TOGO Une supercherie de plus

Faure Gnassingbé a lancé les consultations devant aboutir à la mise en place d’une commission « vérité-réconciliation  ». Un leurre à visée électoraliste.

-  TCHAD Un nouveau Premier ministre, pas de nouvelles perspectives

La nomination, le 16 avril, d’un nouveau premier ministre par Idriss Déby ressemble à une ouverture en trompe-l’oeil.

-  LIVRE : L’Afrique répond à Sarkozy

-  NIGER Menaces sur la paix. Pendant ce temps, les affaires continuent...

Moussa Tchangari, directeur du groupe Alternatives Espace Citoyen, personnalité de la société civile nigérienne cerne le contexte qui prévaut au Niger.

-  FRANCE RWANDA Les aveux d’apparat

Les glissements du discours offi ciel français à propos du génocide rwandais ou l’exhibition d’un cynisme exalté et d’une réthorique déplorative. Décryptages.

-  CANADA Multinationales impérieuses et impunies

Un ouvrage décapant sur les agissements des sociétés minières et pétrolifères canadiennes en Afrique

S’abonner à Billets d'Afrique : http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=65
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Emission "Françafrique" n°9 avec E. Borrel

27 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Documents audios et vidéos

SAMEDI 3 MAI  à 13H30

 

sur Radio Campus (94FM)
Emission "Françafrique" n°9 avec Elisabeth Borrel

 


Françafrique 9 l’émission radio de l’association SURVIE sur la Françafrique, cette relation particulière de la France avec ses anciennes colonies, reçoit ce mois ci Elisabeth, veuve du jege Borrel assassiné à Djibouti en 1995. Nous reprenons ici en grande partie la conférence qu'elle a tenue début Avril à l'IEP de Toulouse où elle expose l'Affaire borrel, son jistoire et ses enjeux.


Borrel.jpg


« Le 19 octobre 1995, le juge Bernard Borrel est retrouvé mort en bas d’une falaise à 80 km de Djibouti, le corps à moitié calciné. L’exécutif français reconnaît aujourd’hui officiellement qu’il s’agit d’un assassinat. Mais pourquoi cette reconnaissance si tardive ? Pourquoi la Justice s’est-elle si longtemps bornée à n’instruire que la thèse du suicide, contre toute évidence ? Que couvre la raison d’État dans ce dossier ? Autant de questions qui resteront encore un temps sans réponses. Mais aujourd’hui l’établissement de la vérité progresse réellement et cette reconnaissance conforte, s’il en était besoin, la détermination d’Elisabeth Borrel à poursuivre sa lutte entamée il y a 12 ans. »


Site de Radio Campus :  http://www.campustoulouse.net/current
Pour écouter l'émission en ligne:
http://www.afriradio.net/auteur51.html

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Mercredi 30 Avril : Nicolas Sarkozy et la Françafrique.

27 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Débats, films et conférences

Mercredi 30.04.08 à 20H45 :
Conférence à la salle du Sénéchal, 17 rue Rémusat:

"Nicolas Sarkozy : la Françafrique décomplexée "
 par Samuel Foutoyet.
(Survie Isère, renseignements généreux)

Issouf Sanogo AFP/Archives ¦ Nicolas Sarkozy et Idriss Deby Itno, le 4 novembre 2007 à l’aéroport de N’Djamena - 25.3 ko Issouf Sanogo AFP/Archives ¦ Nicolas Sarkozy et Idriss Deby Itno, le 4 novembre 2007 à l’aéroport de N’Djamena

Un an après les élections présidentielles, quel est le bilan africain de Nicolas Sarkozy ?
Qu’en est-il des promesses faites pendant la campagne de "rupture avec la Françafrique" ? Examinons ensemble une année de politique française en Afrique en nous intéressant plus particulièrement au Darfour, au Tchad, au Gabon, à la Lybie et à la Côte d’Ivoire.

 

Une scène fictive? Nicolas Sarkozy et Omar Bongo
 
Site des renseignements généreux:http://www.les-renseignements-genereux.org
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24 avril 2008. Communiqué de la plate-forme paradis fiscaux et judicaires

24 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

24 avril 2008.

A l’occasion de la visite de Nicolas Sarkozy à Monaco ce vendredi 25 avril. La plate-forme paradis fiscaux et judicaires appelle la France à cesser de cautionner à sa porte un « centre offshore favorable au blanchiment » [1]


Les paradis fiscaux et judiciaires favorisent et protègent, au Nord comme au Sud, l’évasion fiscale, la spéculation incontrôlée, la corruption et la criminalité organisée. Monaco est l’un d’entre eux. Les associations de la plate-forme paradis fiscaux et judiciaires appellent Nicolas Sarkozy à demander publiquement au Prince Albert II, ce vendredi, la levée du secret bancaire.


Monaco est, avec le Liechtenstein et Andorre, le dernier territoire jugé non coopératif en matière fiscale par l’OCDE [2]. Hormis avec la France, qui a signé sous de Gaulle un accord de coopération fiscale (en 1963), Monaco ne fait aucun effort pour coopérer avec les administrations fiscales des pays tiers. En l’an 2000, la principauté monégasque a également été montrée du doigt par le GAFI pour son manque de coopération judiciaire [3], ainsi que par la mission d’information parlementaire animée par MM. Peillon et Montebourg, pour son rôle dans le blanchiment de l’argent sale.

Comme l’affirmait récemment le ministre français du Budget, Eric Woerth « On ne peut pas accepter qu’il y ait des paradis fiscaux en Europe » :


  • En favorisant l’évasion fiscale, ils ont un coût élevé pour les finances publiques de nombreux Etats européens, comme en atteste le récent scandale du Liechtenstein. Ils servent aussi de boîte noire pour l’argent du crime et de la corruption en Europe.
  • Leur impact est encore plus déplorable pour les pays en développement. Les paradis fiscaux et judiciaires protègent en effet les différents acteurs du pillage des pays du Sud : régimes corrompus, réseaux criminels, entreprises multinationales, banques, intermédiaires. Quant à l’évasion fiscale, elle coûte aux pays du Sud 250 à 350 milliards d’euros par an - soit 10 000 fois l’augmentation de l’aide alimentaire française que vient d’annoncer Nicolas Sarkozy.

La plate-forme paradis fiscaux et judiciaires invite donc le président de la République à envoyer un message fort, à l’occasion de sa visite au Prince Albert II de Monaco, afin d’obtenir l’adoption et la mise en oeuvre par Monaco des recommandations du GAFI contre le blanchiment, en particulier la levée du secret bancaire, ainsi que l’application des normes d’échange d’informations en matière fiscale promues par l’OCDE. Le gouvernement français dispose de moyens de pression considérables sur Monaco, dont il finance l’essentiel des services publics.


Membres de la plate-forme paradis fiscaux et judiciaires :
-  Attac France
-  CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde)
-  CCFD Terre Solidaire
-  CRID (Centre de Recherche et d’Information sur le Développement)
-  Droit pour la justice
-  Oxfam France Agir ici
-  Réseau Foi et Justice Afrique Europe
-  Secours catholique Caritas France
-  Sherpa
-  Survie
-  Transparence International France

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Document PDF - 162 ko

[1] Selon le rapport sur Monaco, publié en mars 2000, par la mission d’information parlementaire sur la délinquance financière et le blanchiment des capitaux, présidée par M. Peillon. Cf. http://www.assemblee-nationale.fr/r...

[2] L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), chargée par ses 30 pays membres de la lutte contre l’évasion fiscale et la concurrence fiscale déloyale, a listé en 1999 une quarantaine de paradis fiscaux non-coopératifs. Elle n’en compte plus que 3 : http://www.oecd.org/document/57/0,3...

[3] La groupe d’action financière (GAFI), créé par le G7 pour lutter contre le blanchiment, s’est penché sur le cas de Monaco dans le cadre de son action envers les pays et territoires non coopératifs. Cf. http://www.fatf-gafi.org

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14° commémoration du génocide des Tutsi à Toulouse

19 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Manifestations, commemorations

Le 19 avril 2008 à Toulouse à partir de 17H00

14ème COMMEMORATION DU GENOCIDE DES TUTSI

 

Organisée par l’Union des Jeunes Rwandais Pour les Rescapés du Génocide des Tutsi.

 

« Notre devoir est de ne jamais oublier… »


17H00 : Rassemblement à la Médiathèque JOSE CABANIS, (Métro Marengo SNCF)

Distribution des brassards violets (couleur de deuil au Rwanda)


17H10 : Marche silencieuse  vers la Place du Capitole


17H30 : Mot d’accueil par Liliane RUBASIKA (secrétaire de l’UJRGT)

Suivi des interventions des associations présentes : CPCR, Survie, GUIANK)

Lecture d’un poème dédié aux rescapés par Aline Nsanzimana (écrit par A. Gauthier) 


Recueillement en silence (1mn), suivi d’un lâcher de ballons.         

 

Suite du programme    


Salle du Temple 70 rue Pargaminières, 31000 Toulouse (Rue en face du Capitole)

 

18H 30:   Chant commémoratif « Ibuka » 


18H35 : Discours commémoratif par Jeanne UWIMBABAZI (Présidente de l’UJRGT)


18H45 : Etat des lieux sur les poursuites judiciaires contre les génocidaires rwandais

Par Mr Alain GAUTHIER (président du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda -  CPCR).

Suivi des questions de la salle.


19H30 : Situation actuelle des rescapés au Rwanda

Par Mme Ignatianna MUKARUSANGA (doctorante en psychologie clinique)

Suivi des questions de la Salle. Médiateur des débats : Etienne NSANZIMANA


20h00 : Remerciements et clôture de la journée par ge KAMUHINDA (Vice Président de l’UJRGT)

   

Associations partenaires :

-         CPCR ( Collectif des parties Civiles pour le Rwanda)

-         SURVIE

-         GUIANK ( Amicale des Arméniens de Toulouse Midi-Pyrénées)

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Vincent Bolloré, ange ou démon?

15 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Ouvrages, dossiers, essais et romans...

 
"Vincent Bolloré, ange ou démon ?"
de Nicolas Cori et Muriel Gremillet
(éditions Hugo doc, janvier 2008, 135 p., 12,50€)

Cet ouvrage est à lire absolument pour connaître l’une des transnationales en très bonne place sur le podium de la Françafrique. Trop bref pour entrer dans les détails, il constitue une mise à jour nécessaire. Cette page de Billets se veut être un guide de lecture, car l’ouvrage gagne à être complété par notre Dossier Noir n°15, Bolloré, monopoles Services compris... afin d’approfondir certains aspects scandaleux de la conquête sans vergogne des prébendes africaines , et la constitution d’un sorte d’agence de barbouzerie privée. En complément également, pour mieux comprendre le détail des raids boursiers, les arrangements avec les tribunaux de commerces et certains magistrats, les retournements d’avocats et d’actionnaires, il faut lire aussi Vincent Bolloré. Enquête sur un capitaliste au-dessus de tout soupçon, de Nathalie Raulin et Renaud Lecadre (Denoël 2000). Précisons que la biographie autorisée de Jean Bothorel, Vincent Bolloré, une histoire de famille, (Picollec 2007), ne présente pas plus d’intérêt qu’un article hagiographique sur Blaise Compaoré dans Direct soir.


Vincent Bolloré est atteint, plus que tout autre entrepreneur, d’une allergie à la concurrence. Le leitmotiv de ses projets industriels à long terme est d’assurer la chaîne complète d’un service, ce qu’il appelle le « multimodal intégré » : il l’applique dans le transport, les médias, voire l’influence politique...


Le transport des matières premières

Dans ce domaine, il est parvenu au « service de transport intégré, de bout en bout, de la sortie de l’usine jusqu’à la porte de l’utilisateur final » (V. Bolloré in JAE, 20/10/1997, p. 32). Dans ce secteur, la conquête n’a pas beaucoup progressé depuis les années 1990, le groupe s’est au contraire séparé de quelques branches. On notera toutefois la bataille épique, et perdue, contre le groupe Progosa, pour obtenir l’exploitation du port en eau profonde au Togo. Reprenons au passage cette citation du dialogue entre les chefs d’État français et togolais, en marge du sommet Europe-Afrique de Lisbonne, le 8 décembre dernier, retranscrite d’après témoignage par Le Canard enchaîné (6/02). Elle porte sur cette concession du port de Lomé : « vous en êtes où de ce projet ? », aurait demandé Sarkozy. Faure Eyadema : « les procédures sont en cours. » Sarkozy. « Bolloré est sur les rangs. Quand on est ami de la France, il faut penser aux entreprises françaises. »


Les médias

Dans les médias il assure le service « de la conception d’un message à sa réception par le public » (p. 112-113). Il contrôle à la fois la production de communiqué de presse (Associated Press), de sondage (CSA), la presse et les médias qui les commentent (ce à quoi à tendance à se réduire le journalisme politique), la création de publicité (Euro RSCG), la production (SFP, VCF), l’achat d’espaces publicitaires (MPG France, progression dans le concurrent Aegis), la presse et les médias qui les diffusent (Matin plus, Direct soir, Direct huit)... Via Aegis, il contrôle Carat, « dont les analyses sur les programmes audiovisuels sont largement reprises dans les rubriques médias » (d’après Rue 89) , et il siège (grâce à Euro-RSCG) au conseil d’administration de Médiamétrie qui contrôle l’audimat ! Bravo l’artiste qui, avec une finesse digne de Serge Dassault, étale sa conception de l’indépendance de la presse : « je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle éditorial. » (p. 111)


Un réseau économico-politique

Nous pourrions ajouter dans le domaine économico-politique, l’influence dans la banque, l’assurance, la politique et la géopolitique. C’est par cette dernière application du « multimodal intégré » que tient, par dessus tout, le groupe multicarte Bolloré. Avec sa structure en cascade de holdings, Vincent Bolloré ne détient, grosso modo, qu’un million d’euro d’un capital d’un demi-milliard qu’il contrôle. Le reste vient d’actionnaires généralement mal rémunérés en dividendes ou valorisation. Mais Bolloré n’est pas forcément ingrat avec eux dans tous les domaines, puisque d’après un industriel (les sources se laissent rarement nommer quand elles s’expriment sur Bolloré) : « ceux qui mettent des sous dans les structures intermédiaires sont des couillons. Ils ne gagnent rien, mais Bolloré avec son entregent peut leur débloquer des problèmes administratifs. » (p. 50). Jetons donc un œil sur la liste de ces investisseurs désintéressés : des « partenaires traditionnels de la famille » (p.49), la banque Lazard, le Crédit lyonnais, la BNP, une branche du groupe Lagardère, « un groupe saoudien », AGF, Groupama, « une société contrôlée par la famille Agnelli »...


Il pourrait donc leur arriver d’avoir des « problèmes administratifs » à faire « débloquer » ?

Il n’y a que du beau monde dans l’entourage de Bolloré, ce qui fait sa force. Son pouvoir repose sur la confiance qu’inspire son réseau. Le coup du Paloma a frappé fort pour marquer le début du quinquennat présidentiel : « Nombreux sont les industriels que nous avons interrogés qui estiment que Bolloré est dorénavant “intouchable” pendant cinq ans. » (p. 6). Un symptôme du service médiatique « multimodal intégré » : le sondage informant les français que cette croisière de Nicolas Sarkozy ne les choque pas provient du CSA, détenu à 44 % par Bolloré. L’image est plus que jamais primordiale pour un groupe françafricain qui mue en magnat de la communication. « Personne n’investit dans la presse pour des questions de rentabilités, dit un patron. La presse, en France, c’est l’influence. » (p. 82)


On trouvera bien quelques lacunes dans ce livre, qui est plus une synthèse qu’une enquête gorgée d’éléments inédits : rien sur les incestes avec la magistrature, ni sur le recrutement d’agents secrets de premier rang (voir notre DN n°15). Mais pour le reste, le livre met le doigt où ça fait mal. Le goût pour les paradis fiscaux et judiciaires, et l’opacité financière, est clairement exposé. Constantin Associés effectuent l’audit des comptes de Bolloré depuis 1990, quand la règle est « de faire tourner les auditeurs tous les six ans pour qu’ils ne se retrouvent pas en conflit d’intérêt » (p. 95). Nous apprenons au passage qu’une filiale luxembourgeoise, qui apparait en effet dans les tableaux du rapport annuel 2006 du groupe, est dénommée Carlyle investissement. Pourquoi avoir choisi cette homonymie avec la société américaine qui mêle les intérêts de pétroliers texans, du complexe militaro-industriel, du clan Bush et de l’Arabie Saoudite... ?


L’achat à Firestone d’une exploitation d’hévéas (pour le caoutchouc) au Liberia dès la prise de pouvoir du sanguinaire Taylor est décryptée (p. 127-131) en exploitant un rapport onusien qui nous avait échappé (UNMIL : Human Rights in Liberia’s Rubbers plantations, 2006).


Le nom de Bolloré, contrôlant en toute discrétion l’exploitation via la société Intercultures, n’y était pas cité, et les auteurs décrivent comment leurs confrères journalistes se sont gardés de remonter au vrai propriétaire...


Pierre Caminade

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10 avril 2008. La vieille République bananière françafricaine se porte bien. Communiqué de Survie

9 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

10 avril 2008: Communiqué de Survie
La vieille République bananière françafricaine se porte bien. 

A peine choisi en remplacement du malheureux Jean-Marie Bockel, remercié pour avoir vexé les dictateurs d’Afrique centrale, assis sur le pétrole et la misère de leurs pays, en critiquant la façon scandaleuse dont ils gèrent les richesses de leurs pays, Alain Joyandet, le nouveau secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie se précipite à Libreville le 10 avril pour se faire oindre par Bongo. C’est ce qu’il appelle, en langage diplomatique, « renouer les fils du dialogue ».


Cette visite se situe entre un rendez-vous avec Christophe de Margerie, PDG de Total, le 9 avril et un autre avec Michel Roussin, vice-président du groupe Bolloré le 10 avril. Alain Joyandet aura ainsi fait le tour en quelques heures des acteurs essentiels de la politique de la France en Afrique : des chefs d’Etats aux fortunes colossales et des PDG aux bénéfices non moins colossaux. Tous ensemble s’engraissent sur les richesses de la terre africaine, tandis que les habitants meurent de misère. L’espérance de vie en Afrique centrale est d’à peine cinquante ans.


Les liens entre les dictateurs d’Afrique francophone et la classe politique française sont indissolubles. Après un demi-siècle de complicité dans le pillage des richesses de ces malheureux pays, Paris ne peut prendre de position politique en Afrique sans l’accord de Bongo. Les ressources du Gabon ont toujours été utilisées par ce dernier comme ses biens personnels et dans l’intérêt exclusif de sa famille. Il a su également se faire suffisamment d’obligés pour que le gouvernement français tremble quand il fronce les sourcils et se plie docilement à ses diktats.


C’est stupéfiant de voir l’effet Bongo sur les politiques français, qui accourent tous comme des caniches dès qu’on les siffle. Pour avoir méconnu la loi du sérail, Jean-Marie Bockel a dû apprendre qu’aucun politique français ne peut se permettre de critiquer les fidèles serviteurs des intérêts français en Afrique. La politique de la France est prisonnière de ses errements invétérés et se trouve enchaînée à ses complices par un pacte bien puissant, dont on voit les effets étonnants.


Ce ne serait que grotesque s’il ne fallait rappeler la toile de fond de cette basse politique : des pays qui sombrent dans le désespoir, des hommes et des femmes qui s’enfuient pour mourir dans les déserts et dans les mers, pour vivre traqués et se trouver jetés dans les charters qui les renvoient à la misère. Des populations qui se soulèvent et sur lesquelles on tire, faisant de nombreuses victimes, dans le silence des médias et des chargés des droits de l’Homme de notre pays, aveugles quand des Africains sont opprimés.


Le choix français de reconduire le pacte d’exploitation néocolonial entre les agents de la traite et leurs séides locaux, est lourd de conséquences. C’est le choix à courte vue des intérêts les plus rapaces, qui ne lâcheront pas un lambeau de la chair vivante de l’Afrique dont ils se nourrissent. C’est le choix du mépris des populations africaines spoliées depuis des décennies. Le réveil sera rude quand les peuples africains qu’on se refuse d’entendre se lèveront pour s’émanciper.

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Document PDF - 53.4 ko
Ce 10 avril 2008, saisie symbolique de l’hotel particulier de la famille Bongo rue de la Baume dans le 8ème Arrondissement de Paris, acquis en juin 2007 pour la coquette somme de 18 millions d’euros organisé par la cellule françafrique en présence d’Odile Biyidi, présidente de Survie et de Marc Ona Essangui, représentant de la société civile gabonaise, en visite en France

 


Signez la pétition. Biens mal acquis des dictateurs, Restitution aux populations spoliées !

Lien pour retrouvez toute l’actualité des Biens Mal, Acquis, les communiqués, un dossier spécial, la pétition, les photos des biens mal acquis, le compte rendu du Tour de Francafric...

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Quand la "officielle" parle du génocide rwandais...

7 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

07/04/2008   Par David Servenay | Rue89 |


Quand la "France officielle" parle du

génocide rwandais



Quatorze ans après le génocide au Rwanda, Bernard Kouchner et le général à la retraite Lafourcade livrent leur vision des faits.

Crânes humains au Mémorial du génocide de Murambi (A.Asiimwe/Reuters).


Il est rare que les militaires prennent position sur des sujets politiques. En mars 2008, la revue Défense nationale et sécurité collective consacre un dossier au Rwanda. L’occasion, pour un ministre en exercice et un général à la retraite, de livrer leur vision, quatorze ans après les faits: petites omissions et gros messages en direction du gouvernement. L’enjeu? Ecrire l’histoire et éviter la case tribunal.


Kouchner: "Il y a eu ces bouillies de crânes sur lesquelles nous avons marché"

Bernard Kouchner ne pouvait pas choisir meilleur titre à son article: la normalisation et la vérité. Dans l’ordre, d’abord l’impératif politique, puis celui de l’histoire. Quitte à faire passer la "vérité" au second plan. Reconnaissons à son auteur, ministre des Affaires étrangères, la volonté de vouloir sortir de l’ornière. Depuis la rupture des relations diplomatiques, à l’automne 2006, le Rwanda et la France mènent une lutte sourde, sur fond de polémiques historiques. Sujet de la discorde: comment et jusqu’où qualifier le soutien apporté par Paris à l’ex-régime génocidaire de 1994?

Bernard Kouchner, donc, ne manque pas de volonté. Sans doute parce que lui a vu, contrairement à l’ensemble de la classe politique française (hormis Edouard Balladur et François Léotard intervenant lors de Turquoise) pour qui les 800 000 morts du génocide restent une abstraction. Il l’explique ainsi:

"Seulement, il y a eu les centaines de milliers de morts Tutsis et Hutus modérés, il y a eu ces bouillies de crânes sur lesquelles nous avons marché, il y a eu un génocide tellement semblable aux nôtres et tellement différent aussi, et il y a maintenant des soupçons aussi graves qu’insupportables pesant sur nous, sur notre armée, sur nos soldats."


La vision ethnique des événements a-t-elle disparu? Pas sûr.

On se prend alors à espérer… une nouvelle approche des faits, un tri entre les clichés, les évidences et les informations vérifiées dans les nombreux ouvrages déjà écrits sur le Rwanda. Dès la deuxième page, l’auteur revient longuement sur la vision "ethnicisée" de la problématique rwandaise, entretenue pendant des décennies par les occidentaux.

"De ce soutien, la politique française doit être comptable, au moins par omission. Depuis 1970, une série d’approximations, d’inadvertances et d’erreurs d’analyse fondèrent une politique inégalitaire et négligèrent la réalité humaine des problèmes, à l’aune de cette phrase prononcée par un très haut responsable: 'Au Rwanda, c’est la lutte des serfs contre les seigneurs'."

Une phrase où François Mitterrand comme l’ancien ministre de la Coopération, Bernard Debré, auraient pu se reconnaître. L’ancien French Doctor, qui a beaucoup travaillé en Afrique, n’ignore rien des prismes officiels français.
Au chapitre de la "vérité", Bernard Kouchner récuse les tentatives de réduire le génocide à des interprétations douteuses. Parmi ces tentatives, la lecture dont Pierre Péan s’est fait le héraut, où l’écrivain donne à l’attentat du 6 avril 1994 un sens tautologique (ceux qui sont derrière l’attentat sont aussi les responsables des massacres). Kouchner répond posément, sans citer l’écrivain:

"Je ne peux pas cautionner cette vision simpliste et infamante qui fait des Tutsis les responsables de leur propre malheur, pas plus que je ne peux supporter d’entendre certains défendre la thèse d’un double génocide Tutsi et Hutu."

Pourtant, dans la même revue, le général Jean-Claude Lafourcade, ancien commandant de l’opération Turquoise, livre une vision tout à fait conforme aux clichés ethnistes du XXe siècle. En six pages, il emploie d’ailleurs les qualificatifs "hutu" (dix fois) et "tutsi" (neuf fois) comme autant de clés d’analyse du conflit, dont le "contexte complexe" tient dans cette première et unique assertion:

"Dès l’indépendance du Rwanda, en 1962, éclatent des conflits entre Hutus et Tutsis (représentant respectivement environ 85% et 15% de la population)."

Comme si la politique et la violence sociale pouvaient se réduire au règne de la démocratie ethniquement majoritaire… Pourquoi? Comment? L’officier des Troupes de marine ne soulève pas ces questions. En 2008, le Rwanda reste donc une source inépuisable d’approximations. Bernard Kouchner en fait la démonstration en revenant sur le tournant initié par le président Giscard d’Estaing:

"La France, par le jeu d’accord de défense datant de 1975, s’est portée au secours de son allié menacé par le Front patriotique rwandais (FPR) des Tutsis chassés de leur pays depuis 1959, 1963, voire 1967 et réfugiés en Ouganda et au Burundi."

Faux. L’accord particulier d’assistance militaire du 18 juillet 1975 a pour objectif de former une gendarmerie rwandaise. Pas de venir au secours d’un régime contestable. Laquelle gendarmerie deviendra, grâce à la coopération française, le support d’un excellent maillage du territoire, qui permet en cas de crise d’avoir sous la main un réseau à l’efficacité redoutable. Tous les militaires le savent: pas de meilleur service de renseignements que la gendarmerie.


Peut-on être "impartial" face à un génocide? Oui, répond le général Lafourcade

S’il n’apporte aucune explication concrète aux "approximations, inadvertances et erreurs d’analyse" de la période 1990-1994, marquée par des "pogroms", le chef de la diplomatie française s’attache à ne pas fâcher ses nouveaux amis de la majorité présidentielle:

"Je ne tiens ni Edouard Balladur ni Alain Juppé ni Hubert Védrine pour responsables de ce qui s’ensuivit. Leur bonne volonté était entière. Les erreurs d’analyse venaient de plus loin."

Mieux: il prépare le terrain de la justification alambiquée du général Lafourcade qui, oubliant de rappeler l’ordre de mission de ses troupes (le texte ne mentionne pas le mot "génocide" pas plus qu’il n’indique qui tue qui), présente ainsi la "délicate mission":

"Il fallait mettre fin aux massacres avec l’impératif d’impartialité qui imposait de n’entrer en contact frontal ni avec les forces en retraite de l’armée gouvernementale (FAR) ni avec celles qui progressaient (Tutsis de l’extérieur-FPR). Il s’agissait aussi de montrer que la France n’avait pas l’intention de revenir durablement au Rwanda."

En d’autres termes, les soldats français de Turquoise devaient être "impartiaux" et "neutres" face à un génocide. On comprend le caractère "délicat" de la mission. Mais là encore, cette contradiction est sagement ignorée.


Les soldats de l’opération Turquoise ont laissé fuir certains génocidaires rwandais

Sans revenir sur l’ensemble de l’opération militaro-humanitaire -on sait qu’elle fut à multiples tiroirs, dont certains n’ont pas encore été ouverts-, les deux auteurs insistent sur un point qui semble leur poser problème. D’abord Bernard Kouchner:

"Elle a d’abord permis de sauver des milliers de vies, même si elle a sans doute facilité la fuite de certains génocidaires qui quittèrent le territoire rwandais, brouillant hélas la lecture des événements."

Hélas pour le ministre, le général Lafourcade reprend ce thème de la "fuite de certains génocidaires", pour raconter une version à trous de l’histoire:

"La plupart des principaux responsables du génocide avaient fui au Zaïre avant notre intervention, mais la présence d’un certain nombre de Hutus ayant participé aux massacres s’est posée. Ceux-ci, ayant cessé leur activité avant notre arrivée, n’étaient pas immédiatement identifiables. Nous n’avions ni le mandat ni les moyens de les arrêter."

Outre le mensonge de la fuite des génocidaires (beaucoup se sont fait connaître, croyant que la France venait à leur rescousse) fallait-il un mandat aux soldats français pour arrêter ces criminels de guerre, ministres, préfets, officiers d’actives ou réservistes…? Juridiquement, dès lors que la convention de l’Onu sur le génocide (1948) était invoquée, il revenait aux forces en présence de faire appliquer la loi internationale. Le général français l’admet d’ailleurs quelques phrases plus loin:

"Nous avons néanmoins, avec des moyens limités, procédé à des arrestations de suspects et lancé de nombreuses procédures judiciaires.(…) Les dossiers des personnes suspectées d’avoir participé au génocide ont été alors remis aux Nations unies."

Alors, quels intérêts défendaient les 2 500 soldats français de Turquoise? Arrêtons-nous sur une date charnière: le dimanche 17 juillet 1994.


Face aux légionnaires, deux membres du gouvernement intérimaire, celui du génocide

Ce jour-là, dans le sud de la ZHS (Zone humanitaire de sécurité) contrôlée par la France, un convoi de Mercedes noires et de pick-up des Forces armées rwandaises (FAR) s’arrête dans une villa de Cyangugu. Au bord du lac. Deux des membres les plus importants du gouvernement intérimaire sont là. Deux génocidaires: le président de la République, Théodore Sindikubwabo, et le ministre des Affaires étrangères, Jérôme Bicamumpaka.

Le commandant du secteur, le lieutenant-colonel Jacques Hogard, va s’assurer de leur identité avec un groupe de commandos du 2e REP (Régiment étranger parachutiste). Les arrêtent-ils? Non, ils leur donnent 24 heures pour "foutre le camp". En clair: allez vous perdre dans la forêt zaïroise du Kivu. Voici comment s’expliquait le colonel Hogard, lorsque je l’ai rencontré en 2006:

"Je n’avais pas le mandat de les arrêter, si on avait eu le mandat de les arrêter, on l’aurait fait, ça ne me posait aucun problème. Personne ne nous jamais demandé de les arrêter. Et ce n’est pas les autorités françaises que j’incrimine, parce que les autorités françaises n’ont jamais eu ce mandat de la part de la communauté internationale. Alors, défaut de volonté, défaut de rapidité de transmission, hésitations des chancelleries, que sais-je encore?"

En réalité, la hiérarchie militaire va demander des ordres à Paris. Un ordre "politique" qui viendra le lendemain. Trop tard: les génocidaires et leur escorte d’une centaine de tueurs de la Garde présidentielle sont déjà passés au Zaïre. Ce jour-là, le lundi 18 juillet 1994, marque la fin de la guerre: le camp du génocide l’a perdue. Autre reculade: les militaires français ont aussi proposé de descendre l’émetteur mobile de la RTLM (radio des mille collines), la radio-la-mort appelant aux massacres, qu’ils avaient réussi à localiser. Là encore, Paris a répondu: ne faites rien.


"La France a certainement commis sur de longues années des erreurs politiques…"

Bref, cette exfiltration et d’autres petits secrets continuent de peser sur les consciences. Est-ce ce qui motive les prises de position très fermes du ministre et du général? Dans un joli couplet, Bernard Kouchner et Jean-Claude Lafourcade se renvoient la balle. Commençons par le ministre qui s’adresse directement à ses homologues rwandais, notamment le président Kagamé qu’il connaît bien:

"La France a certainement commis sur de longues années des erreurs politiques, fondées sur des interprétations fausses, mais il serait odieux et inacceptable de penser qu’elle ait pu être coupable de crimes ou de complicité de crimes de génocide. C’est un point sur lequel je ne transigerai pas. Notre rapprochement avec le Rwanda ne se fera pas au détriment de l’honneur de l’armée française, au détriment de la vérité historique. La question aujourd’hui n’est plus là."

Au passage, rappelons qu’en parallèle du dialogue avec Kigali, une plainte pour complicité de génocide est actuellement instruite devant le Tribunal aux armées de Paris. Elle vise l’ensemble des acteurs de Turquoise. Le général Lafourcade ne l’a pas oublié, c’est pourquoi il prend la précaution de langage suivante:

"Il appartient au pouvoir politique et aux plus hautes autorités de l’Etat d’assurer la défense des militaires qui ont rempli les missions souvent difficiles qu’ils leur ont assignées, d’autant que ces derniers sont astreints au devoir de réserve. L’abandon ou l’absence de soutien de leur hiérarchie, en cas de mises en causes liées aux activités opérationnelles auraient de graves conséquences. Comment ne pas craindre alors que certains hésitent à s’engager réellement dans l’exécution de missions difficiles, voire qu’ils les refusent: ou encore que d’autres soient tentés d’interpréter les ordres et d’adapter l’exécution de la mission à leur appréciation personnelle, s’ils ont le sentiment que le projet politique présente des risques judiciaires ou médiatiques."

Ces paroles ont le mérite de la clarté: si vous, les politiques, vous vous lâchez sur le Rwanda… le retour de bâton sera terrible. Ultime détail (mentionné dans l’ours de la revue mais que le néophyte n’aura pas forcément remarqué): le comité d’études de Défense nationale est présidé par le général Christian Quesnot, ancien chef d’Etat-major particulier de François Mitterrand, officier qui connaît parfaitement le dossier rwandais pour l’avoir piloté des années à l’Elysée. Le message de mars 2008 vaut donc avertissement pour l’avenir.

 

David Servenay, Rue 89

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Communiqué de Survie 1958-2008 : 50 ans de République Françafricaine.

7 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

7 avril 2008. 1958-2008 :

Communiqué de Survie

50 ans de République Françafricaine.


Aujourd’hui, 7 avril 2008, on commémore le douloureux 14ème anniversaire du début du génocide des Tutsi au Rwanda qui, du 7 avril au 4 juillet 1994 a fait environ 1 million de victimes. Ce plan machiavélique d’extermination d’individus pour le simple fait d’être « tutsi » (ou pour s’être opposés à cette extermination) a été mis en œuvre grâce au soutien politique, diplomatique, militaire et financier que la France a apporté au régime d’apartheid de Juvénal Habyarimana dans un premier temps, puis aux génocidaires pendant et après le génocide lui-même.

Aujourd’hui très documenté, cet épisode a constitué la pire dérive d’un système de relations que la France entretient depuis les « Indépendances » avec les pays africains : la Françafrique. Le Rwanda a permis de voir jusqu’où était capable d’aller la République française, à savoir se rendre complice d’un génocide, pour défendre ses intérêts politiques ou économiques en Afrique, et ensuite nier toute responsabilité pour défendre l’honneur de son Armée.

Si la plupart des colonies françaises ont accédé à l’Indépendance en 1960, c’est bien dès 1958, en parallèle à l’instauration de la Vème République qui fêtera ses 50 ans cette année, qu’a été mise en place cette Françafrique néocoloniale, qui fait de la Vème République une « République françafricaine ».

Après un bref épisode consistant à tenter de mettre en place une Communauté avec les pays africains de l’ancien empire colonial, les indépendances formelles ont en effet été verrouillées par un ensemble d’accords économiques, monétaires, diplomatiques, militaires qui reviennent à établir une domination française de fait. Les hommes politiques africains qui ont eu d’autres ambitions pour leurs pays ont été éliminés par l’assassinat : Sylvanus Olympio en 1963, Thomas Sankara en 1988, ou par des coups d’Etat : Modibo Keita (1968), Amani Diori (1974), etc.

Tous les présidents français ont utilisé la trop fameuse « cellule africaine » de l’Elysée pour manipuler les pouvoirs africains. Lorsque, dans les années 90, des conférences nationales tenteront de réformer des relations opaques et corrompues et d’instaurer des régimes représentatifs, la manipulation des élections assurera la continuité du système. Omar Bongo (Gabon), Paul Biya (Cameroun), le clan Eyadéma (Togo), Lansana Conté (Guinée), Denis Sassou Nguesso (Congo-B.), Idriss Déby (Tchad), restent aujourd’hui en place grâce au soutien de la France. Le système de corruption mis en place est scandaleux. L’affaire Elf en a témoigné, même si les investigations sont restées très partielles, tandis que l’édification par les présidents africains de fortunes pharaoniques (« biens mal acquis ») commence à engendrer enquêtes et plainte.

Après avoir promis une rupture avec ce système de corruption, le président français Nicolas Sarkozy a donné des gages aux régimes les plus corrompus, avec comme dernier épisode l’éviction de Jean-Marie Bockel de son poste de Secrétaire d’Etat à la Coopération à la demande des principaux prédateurs qui, précisons-le, sont aussi bien des Présidents africains dictateurs que des affairistes français implantés en Afrique.

Afin de dénoncer cette perpétuation du néocolonialisme français en Afrique et de susciter un mouvement de réprobation, Survie lance aujourd’hui un « Moi(s) contre la Françafrique ».

Ce « Moi(s) » se déroulera du 7 avril (date du début du génocide au Rwanda en 1994) au 13 mai (le 13 mai 1958 pouvant être considéré comme l’avènement de la Vème République avec le retour au pouvoir du général de Gaulle). Conférences, projections-débats, concerts, manifestations seront organisés un peu partout en France sur les sujets aussi cruciaux que le soutien militaire à Idriss Déby au Tchad, le pillage de l’uranium nigérien par Areva, les biens mal acquis des dictateurs africains en France, etc. (Voir le dossier de presse ci-joint).

En cette année 2008, et à l’occasion du 50ème anniversaire d’une Vème République Françafricaine, il est plus que temps d’opérer une véritable rupture avec la Françafrique et de mettre en œuvre une réforme de la politique de la France vis-à-vis du continent africain par l’arrêt du soutien aux dictatures, la promotion de la démocratie et la défense des droits de l’Homme, la conditionnalisation de l’aide à la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, l’instauration d’un contrôle sur les activités des multinationales françaises en Afrique, la fin de l’ingérence militaire, la fin du domaine réservé de l’Elysée et l’instauration d’un contrôle parlementaire sur la politique extérieure de la France. Un engagement à encourager à tous les niveaux, politiques et citoyens.

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Emission radio Françafrique n° 8 avec Odile Tobner samedi 5 avril 2008

5 Avril 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Documents audios et vidéos

SAMEDI 5 Avril  à 13H30
sur Radio Campus (94FM)
Emission "Françafrique" n°8 avec Odile Tobner
 
Françafrique n°8, l’émission radio de l’association SURVIE sur la Françafrique, cette relation particulière de la France avec ses anciennes colonies, sera l'occasion  d'un entretien avec Odile Biyidi Awala / Tobner, présidente de l'association Survie.
Avec elle, reprenant une conférence qu'elle a tenu à l'université Toulouse le Mirail en mars, nous parcourrons l'histoire de la Françafrique, de l'avènement de la V° République à nos jours. Nous nous entretiendrons ensuite des questions d'actualité en passant de la situation au Tchad à celle du Cameroun pour finir sur une présentation de son ouvrage: Du racisme Français.
Site de Radio Campus :  http://www.campustoulouse.net/current
Pour écouter l'émission en ligne:
http://www.afriradio.net/audio80.html



Odile Tobner est un nom d’écrivain, l’alias de Odile Biyidi Awala. Professeur agrégé de lettres classiques en 1970, épouse de Mongo Beti, écrivain franco-camerounais, et mère de famille, elle obtient en 1976 un doctorat de littérature française. Elle fut chargée de cours en littérature française du XVIIe siècle, à l’Université de Rouen, de 1978 à 1984. Avec Mongo Beti, elle créa en 1978 la revue Peuples noirs peuples africains qui paraît jusqu’en 1991. Depuis la mort de Mongo Beti, elle a pris la direction de la librairie des Peuples Noirs qu’il avait fondé à Yaoundé au Cameroun. Elle a été élue en septembre 2005, présidente de Survie France*, succédant à François-Xavier Verschave, décédé en juin 2005. Odile Tobner a publié de nombreux articles et collaboré notamment au :

  • Dictionnaire des Littératures de langue française de J.P de Beaumarchais, D. Couty, A. Rey (Bordas 1984) en rédigeant les notices sur les auteurs du XVIIe siècle et a eu en charge l’ensemble « Littérature d’Afrique noire et des Caraïbes ».
  • Volume XVIIe siècle dans la collection « Histoire de la littérature française », Bordas ULB, 1986, réédité en 1988, puis en 2000 chez Larousse.
  • L’Afrique répond à Sarkozy. Contre le discours de Dakar, (sous la dir. de Makhily Gassama), Paris, Ed. Philippe Rey, 2008, 480 pages.

En outre elle est :


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