Billets d'Afrique et d'ailleurs (juin 2008)
Billets n° 170 (juin 2008)
Plan X (Edito)
Paul Biya, président du Cameroun, recevant Brice Hortefeux, ministre français entre autre de l’immigration et de l’identité nationale, venu causer du trop grand nombre de Camerounais en France, a déploré que les jeunes de son pays n’aient aucune perspective d’avenir et demandé qu’on mette en place un plan Marshall pour le sauver des émeutes du désespoir qui le menacent. L’un et l’autre découvrent apparemment tout à coup les conséquences de plusieurs décennies d’aberrations politiques.
Le plan Marshall, conçu par les Etats-Unis pour la reconstruction de l’Europe sinistrée après la deuxième guerre mondiale, était essentiellement destiné à la sauver du communisme. Ce n’était pas idiot comme calcul. Si la France avait eu la même attitude quand elle disputait ses ex-colonies à l’influence soviétique - et elle en avait les moyens pendant les trente glorieuses - on ne déplorerait pas aujourd’hui une telle absence de développement dans les pays d’Afrique francophone. En fait à une Afrique sinistrée depuis plusieurs siècles par la traite des esclaves puis par la colonisation, pour les besoins de l’approvisionnement de la métropole en matières et denrées, elle se contenta d’offrir des gauleiters autochtones payés pour écraser toutes les revendications qui se levaient et non pour planifier un quelconque développement.
Il y a au Cameroun des économistes compétents et lucides qui ne cessent de dénoncer les budgets de l’Etat qui, depuis des lustres, n’offrent qu’une place symbolique et dérisoire à l’investissement. Toute la dépense est de consommation, par un personnel étatique gorgé de prébendes. Aucune planification économique et prospective n’a été sérieusement mise en œuvre. Après vingt cinq ans d’incurie le chef de l’Etat accuse la dure loi du marché d’avoir réduit les gens à la misère. L’Afrique a subi une prédation pluricentenaire, la pire des guerres. Il faut d’abord faire cesser cette guerre avant qu’un plan de reconstruction puisse être mis en œuvre. Biya, Bongo, Sassou et consorts, sont les complices de la guerre faite aux peuples africains, ils ne peuvent pas être les artisans de son salut. Hortefeux le sait mieux que personne. Tout ce qu’il peut offrir à ses compères c’est des moyens de répression. La force est une réaction primaire, inintelligente et sans imagination.
Le 20 mai, en effet, un autre invité français de marque était au Cameroun. Il s’agit de Guillaume Giscard d’Estaing, patron de la SOFEMA. Le journal gouvernemental a parlé à son sujet d’un partenariat renforcé avec les forces de défense. Une des spécialités de cette société est la fourniture et l’entretien d’hélicoptères, si utiles dans les conflits urbains, comme on a pu le constater au Tchad. Voilà enfin qui est clair et concret pour illustrer la démarche de « développement solidaire » prônée par Hortefeux, lequel s’est dit préoccupé par l’évocation du milliard d’habitants que l’Afrique devrait atteindre à brève échéance.
Entre ceux qui parlent de « pression démographique » à propos de la RDC, qui a autant d’habitants que la France pour un territoire trois fois et demi plus grand - mais qui a surtout tellement de précieuses ressources que ce serait dommage de les laisser aux habitants - et ceux qui se sentent gravement menacés quand 36 000 Camerounais vivent dans une France de 60 millions d’habitants, on saisit l’étrange développement des fantasmes qui conduisent inéluctablement à projeter un plan X pour l’Afrique, consistant à fomenter et financer les affrontements qui conduiront à l’élimination de l’ »homme africain », décidément trop encombrant. Mais là, c’est vraiment un calcul idiot.
Odile Tobner
Billets d’Afrique et d’ailleurs - n°170 - juin 2008
La Francophonie, nouveau cheval de Troie de l’influence militaire
française ?
Parmi les volets moins connus de l’activité de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) figure la « prévention des conflits », secteur devenu stratégique depuis l’adoption de la déclaration de Saint-Boniface en mai 2006. Le colloque international sur « l’Avenir de la francophonie » organisé à Paris les 6 et 7 mai a tenté de lui définir un rôle spécifique en la matière, avec des arguments inquiétants.
A fleur de presse : « Vous trouverez tous les
vôtres exterminés »
Mayotte « droit du sang » : les prétextes font pschiit ! Le prétexte de l’immigration obstétricale, utilisé par les autorités françaises pour remettre en question le droit du sol au profit du droit du sang dans l’obtention de la nationalité française, est battu en brèche par une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Mayotte kwassa Kwassa
Dans la nuit du 3 au 4 décembre 2007, un kwassa-kwassa transportant environ 40 personnes a chaviré au cours de son « interpellation » par une vedette de la police aux frontières (PAF) de Mayotte. Un rapport d’enquête éloquent met en cause les fonctionnaires de la PAF.
A fleur de presse :
- La pression démographique menace les forêts du Congo
- « On ne gouverne pas le monde avec des idéaux », France-Afrique confessions d’un homme de l’ombre.
République démocratique du Congo Bemba, rattrapé par son
passé
La Cour pénale internationale a obtenu l’arrestation de Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de libération du Congo (MLC), pour crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis en République centrafricaine en 2002 et 2003. Pourquoi a-t-il fallu cinq ans pour mettre fin à son entreprise criminelle ?
France La justice aux arrêts
Le Sénat s’apprête-t-il à brader les responsabilités de la France vis-à-vis des victimes de crimes internationaux ?
Cameroun L’université des Montagnes, une réussite envers et
contre tout
L’exceptionnelle réussite de l’Université des Montagnes renvoie, à un Etat parasite, l’image de sa gabégie quotidienne.
Lumière sur la Chinafrique
L’intérêt de la Chine pour l’Afrique n’est certes pas nouveau. Ses premiers fonds d’aide au développement existaient déjà dans les années 50. A partir de 1975, ils étaient devenus plus nombreux que ceux financés par les Etats-Unis. Mais la récente montée en puissance de ces financements, mais aussi du commerce sino-africain et des investissements privés, est une nouvelle donne.
France La vocation coloniale de l’armée française
Le lundi 19 mai, l’ancien Président Valéry Giscard d’Estaing, à Calvi et le mercredi 21 mai L’actuel président Nicolas sarkozy, aux Invalides, ont célébré le trentième anniversaire de l’intervention française à Kolwezi au Zaïre, en mai 1978.
Qui a besoin de l’Afrique ?
La Chine en Afrique Entre fantasmes et réalité, les journalistes s’emmêlent
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