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Survie Midi Pyrénées

Survie Midi Pyrénées, article pour le journal "L'étranger"

30 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Article Pour le journal "L'étranger" de septembre 2008:

L’eau


La file s’étire, interminable serpent chamarré longeant la route à peine rectiligne qui se perd à l’infini, là-bas dans la montagne. Elles sautillent, elles trottinent : il n’y a que des femmes. De tout âge, habillées pour nombre d’un boubou, d’autres emportant dans le dos, noué dans un linge, leur bébé, mais toutes arborant sur la tête, un jerrycan. Il est 6h30 du matin. À Gatumba, Burundi, frontière du Congo, les soldats viennent d’ouvrir la route, c’est-à-dire qu’ils ont lentement tiré sur le côté un étrange amas de barbelés, de planches et de pneus.


Avec tout ce fatras de fil de fer, la barrière était souple, et en rebondissant on aurait juré qu’elle sautait à la gorge des gendarmes qui du coup s’énervaient un peu. De l’autre côté, depuis une heure, s’était massée par petits groupes une multitude de femmes. Chose étonnante pour une si grande assemblée, le silence était total. Certaines s’étaient assises en attendant, prudemment, sans échanger un mot comme si elles écoutaient un concert. Il est vrai que la frénésie des oiseaux tropicaux au point du jour, est en soi un digne événement musical, au moins pour qui l’écoute une première fois. Mais le calme ambiant ne devait rien à une quelconque mélomanie, bien plutôt à une espèce d’abnégation générale, clairement lisible dans le visage fermé de la majorité des présentes. À l’heure dite, elles se sont relevées, ont franchi la barrière et se sont mises en marche pour une randonnée de trente kilomètres aller et retour, pour simplement chercher de l’eau potable.


Jusqu'en 1994, Gatumba n'était qu'un petit village de pêcheurs du Burundi, perché tout en haut du lac Tanganyika, à l'embouchure de la rivière Ruzizi. Mais, cette année-là, avec la guerre, et particulièrement ce que l'histoire du pays  a mémorisé comme «la bataille de Kinama », une majorité des habitants de Kamenge, quartier de Bujumbura avait fui les combats pour venir se réfugier ici, à 25 Km. C'était bien sûr provisoire. Le village s'était alors transformé en un immense camp de déplacés, s'étendant loin au milieu du delta de la Ruzizi. La guerre s'est poursuivie et, malheureusement, en dix ans, le « provisoire » a eu vite fait de se grimer en « définitif ». Bien entendu, le subit agrandissement de Gatumba se fit selon les pires règles d'urbanisation que  l'on puisse imaginer : les maisons de torchis s'agglutinaient dans la plus totale confusion, et les rues, quand elles existaient, finissaient immanquablement par être coupées par une nouvelle construction plantée un matin  en leur beau milieu.


Assez vite, quelques ONG vinrent au secours de la population et, comme jusqu'à présent l'humanité l'a toujours fait, les gens s'étaient un peu adaptés. En ce cas de figure « s'adapter » ne signifie rien d'autre que  survivre en ne mangeant qu'un jour sur deux, par exemple. Boire aussi était un problème. Au début la coopération Italienne venait avec des citernes d'eau potables, il fallait faire la queue, mais... bon. C'était au village, et en général il y en avait pour tout le monde. Puis un jour, les camions ne sont plus venus, mais seulement deux 4X4 de l'ONU, d'où était descendu un type en costume qui  expliqua que dorénavant les Italiens ne viendraient plus. Il ne restait plus qu'une dizaine de sources, des robinets  chez des particuliers, alimentés par le réseau d'eau potable de la capitale, à 25 Km.  Chaque jour, la zone entière était suspendue à ces robinets. Il fallait attendre encore plus longtemps que devant les camions-citernes,   les femmes  passaient leur journée dans les files d'attente, mais c'était toujours au village et c'était gratuit.  De toute façon comment les gens auraient-ils pu payer de l'eau, puisque ici à Gatumba, personne n'avait rien ? Les hommes cultivaient quand ils le pouvaient pour ramener des haricots, du manioc et des bananes, pas de quoi en faire un commerce et, là encore : à qui auraient-ils vendus puisque, on vient de le dire, personne ne possédait le moindre argent ? Donc les femmes passaient la journée à attendre pour l'eau, et les hommes se courbaient aux champs. Ainsi s'organisait la vie du camp...


Et puis un jour, la Regideso (Régie Publique de l'eau du Burundi) cessa d'alimenter les robinets. Il paraît que les usagers ne payaient pas leurs abonnements, depuis très longtemps. On aurait été étonné d'apprendre que les bienheureux détenteurs d'un robinet aient pu échapper à l'épidémie locale de pauvreté. Sinon, ils n'auraient pas habité Gatumba. Il était en plus  hors de question pour eux de songer à vendre l'eau à la foule quotidienne des demandeurs, tant l'indigence servait de seconde peau de chaque habitant du village.


Donc, les robinets s'étaient taris. Sans que personne ne soit venu expliquer pourquoi...

Pourtant, si les villageois avaient pu regarder, il y a six mois, la télévision nationale Burundaise, ils auraient appris, qu'une délégation de la Banque Mondiale  venait de quitter le pays.

Et alors ?

En fait, il leur aurait fallu beaucoup de perspicacité pour découvrir  que le consentement et la négociation d'un énième prêt - était-ce le le 38e ou le 41? - avait été assujetti à de nouveaux ajustements structurels. On demandait au gouvernement de faire des efforts. En particulier de maîtriser les dépenses publiques. La Regideso avait été citée, et sa gestion qualifiée de « désastreuse ». Trop d'impayés. Par exemple.  D'abord changer le directeur et mettre quelqu'un qui saura gérer ce type d'entreprise, prenez celui qu'on vous dira, cela servira d'exemple, pour tous les autres gouffres publics, l'électricité, l'équipement, la banque centrale...


La télévision avait mentionné le nom et exhibé l'image du nouveau patron de l'eau du Burundi, M. Sylvestre, un type très beau dans son costume, qui venait juste de rentrer d'une grande école américaine, que personne ne connaissait au Burundi et encore moins à Gatumba.

C'était sûrement là-bas qu'on lui avait appris le commerce : le client doit payer.

Alors, à grand renfort de déclaration, il avait décrété que dorénavant la Regideso ne perdrait plus d'argent. Un jour, il s'avança même à dire que la société allait en gagner ! Pour installer de bonnes bases, il fallait traquer les mauvais payeurs. À ce régime-là, en un mois, c'était la moitié des abonnés du pays qu'il allait assécher...

Le gouvernement n'avait rien à dire, de toute façon, les objectifs posés par les experts de la Banque mondiale avaient été assortis d'un Sine Qua Non rédhibitoire. Le président ne parlait pas le latin, mais il avait bien compris, et sans ce nouveau prêt, c'était mal barré.



À Gatumba, la Banque Mondiale, les dettes structurelles, les règles du commerce, tout cela ne préoccupait personne. Les robinets étaient simplement secs. Il restait bien le lac, ou plus saumâtre encore, la rivière Rusizi, mais hélas il ne suffisait pas d'être un « murundi »(un habitant du pays) pour  survivre à s'y désaltérer. Alors il n'y avait plus le choix. La source potable la plus proche était celle du « pont aux vaches » à l'entrée de Bujumbura. Il fallait s'y rendre.

Et pour ne rien modifier aux attributions de chacun, c'était aux femmes d'y aller.


Combien sont-elles, ce matin comme les autres jours, à vouer leur existence à cette procession  ? Mille, deux mille ? 

Si l'on considère qu'un litre d'eau est nécessaire par personne et par jour pour survivre, que les jerrycans des femmes font tous cinq litres, que la majorité d'entre elles en emporte deux, l'un sur la tête l'autre à la main, et enfin que Gatumba est approximativement peuplé de 50 000 réfugiés, alors elles doivent être  cinq mille.

La colonne s'égaie, mais personne n'y sourit plus. Aujourd'hui, le soleil est violent. Non, non. Pas violent : assassin. D'autant que pour d'obscures raisons géothermiques, l'aube ne s'accompagne pas de l'habituelle petite brise de conversion, dernier râle nocturne du grand lac Tanganyika longé par la route nationale 1, celle qui va du Congo à Bujumbura. À 7h00 ce matin, toutes souffrent déjà sous les promesses brûlantes que le soleil semble faire pour la journée. Mais personne n'y pense vraiment. En fait, l'événement du jour a eu lieu hier soir, vers 16h00 au poste de Kajaga, vers le milieu du parcours. Les dernières femmes, sur le chemin du retour, se pressaient pour avaler au plus vite les six kilomètres restants, quand soudain la position militaire du bord de route fut attaquée. Surtout n'imaginez pas qu'une « position militaire » de l'armée Burundaise puisse avoir quoi que ce soit de commun avec  un barrage de marines américains en Irak. Il s'agit tout au plus d'une dizaine de jeunes soldats, allongés à l'ombre de quelques phragmytes, kalachnikovs posées à terre et dépensant leur journée à deux activités principales : railler les femmes du cortège et se disputer les deux ou trois bières chèrement acquises par quelques menaces dûment rançonnées.


Ces soldats convergent chaque matin de Bujumbura et du camp de Gatumba, en tête de la grande colonne des femmes. Eux aussi souffrent de la marche à pied pour rejoindre leurs positions du bord de route, cela ne les rend pas pour autant plus  sensibles aux souffrances des femmes de la colonne. De fait, il a longtemps été entretenu dans l'armée Burundaise un très fort sentiment ethniste, et nombre de ces jeunes types issus des quartiers pauvres de Buja ne manifestent  que du mépris pour ces paysans réfugiés depuis dix ans dans le gigantesque camp de Gatumba. Certains s'empresseront de vouloir accoler à cette situation les mots « Hutu » et « Tutsi »,    je m'en abstiens volontairement.


Donc, hier soir, il était 16h00, lorsqu'un petit commando de « FNL », la dernière rébellion du pays, attaqua le poste. Trois soldats, surpris dans leur sieste,    tombèrent aussitôt dans la fusillade, les autres eurent alors vite fait de comprendre que le plus sûr était de fuir.

Surexcités, de jeunes rebelles prirent possession des lieux. Parmi les femmes porteuses d'eau présentes sur la route, certaines crurent reconnaître les fils de telle ou telle voisine. Mais pour autant, nulle trace de sympathie à en attendre. L'affaire fut rondement menée.  Ils érigèrent un barrage de fortune au beau milieu de la route tout en tirant sporadiquement en l'air. Moins de cinq minutes plus tard arriva un minibus Hiace - 36 places officielles, 50 personnes à bord- en provenance de Bujumbura. Le chauffeur stoppa net.  En hurlant les rebelles firent descendre  tous les occupants, sommant chacun de payer au moins 5000 Fbu. L'affaire aurait pu s'arrêter là et ne rester qu'un banal hold-up, comme il s'en déroule  au moins un par semaine entre la capitale et le village Mais une complication était déjà en route, elle avait pris  source un quart d'heure plus tôt, à 15 Km de là. Au poste frontière de Kiliba, le chef de la douane, un homme très opulent, absolument détesté de tous ceux qui pour une raison ou une autre eurent un  jour à franchir la frontière, décidait subitement de rentrer chez lui à Bujumbura. Chacun connaissait le net penchant de cet homme pour la bière, qui, de surcroît avait, lui, les moyens de s'enivrer quotidiennement. À 16H30, totalement saoul dans sa voiture, il fonçait donc tranquillement sur la route nationale 1 et rien, rien, ni même une embuscade rebelle ne pouvait l'arrêter. Les passagers du bus Hiace, les rebelles qui les menaçaient, les dernières femmes de la procession, tous entendirent le sourd ronflement du moteur, virent ce petit point grossir jusqu'à se transformer en un 4X4 Nissan hurlant, se précipitant sur eux. Dans un réflexe commun, rebelles et otages s'écartèrent à temps pour laisser la grosse voiture percuter  l'amoncellement de branches et de barbelés et finalement s'encastrer dans le minibus immobilisé au milieu de la route. La suite fut confuse. Il semble qu'aussitôt les jeunes rebelles se mirent à tirer n'importe comment, avant de vite déguerpir par la bananeraie de la Rukoko à deux kilomètres au nord. Non sans avoir définitivement allongés sous le soleil, onze malheureux passagers du bus, et trois infortunées porteuses d'eau.


La dernière embuscade sanglante remontait à un mois, et depuis ces derniers jours, l'inquiétude commençait à s'estomper dans la caravane quotidienne des femmes.

Ce matin, l'ambiance est de nouveau très tendue. Tous les ventres sont noués, mais l'eau ne peut pas attendre. Il faut prendre le risque.  Alors, en marchant, maintenant les femmes parlent entre elles. Pour tromper le temps, la chaleur et la peur.

Pétries du bon sens de ceux  qui n'ont d'autres éléments d'analyses que les stigmates de leur vie quotidienne, les conversations tournent toujours autour de l'insécurité et de la pauvreté. Pas beaucoup d'optimisme : la guerre tombée sur le pays  il y  a dix ans n'en finit de l'étouffer. Les types qui passent chaque soir dans le village pour dire qu'ici tout le monde est pauvre à cause des Tutsi, que les soldats sont Tutsi, et d'ailleurs c'est vrai que les soldats ne sont pas gentils,   et d'ailleurs c'est vrai que le président était Tutsi, et qui est Tutsi ? Ce sont les grands, mais nous nous sommes petites et pauvres, et les réfugiés Tutsi de la frontière ont voulu nous massacrer cet été, heureusement le FNL les en a empêché en tuant 160 Banyamulenge, dans leur camp. Des femmes et des enfants ?  C'était préventif. Puisqu'ils allaient nous attaquer. Les femmes et les enfants ? Oui, Oui, les femmes et les enfants, mais il y avait des hommes aussi, qui ont fui. Ils sont comme ça les Tutsi, lâches et veules. Ils abandonnent leur femme à la mort... C'est à cause d'eux qu'il n'y a plus d'eau. M. Sylvestre, le directeur de la Regideso, est  un Tutsi. C'est donc ça, il veut nous tuer, toutes et tous. Un par un. Enfant après enfant. C'est pour ça qu'il a coupé l'eau au village... C'est  à cause d'eux que l'on marche ...


Il y a bien des femmes, surtout les vieilles qui disent que ce n'est pas ça. Que c'est la faute aux politiciens. Que le problème c'est la pauvreté. Après tout, ces rebelles, ces militaires, qui sont-ils d'autres que les fils de la nation ?  Tout en marchant, les femmes se racontent encore l'histoire de Félicitée, sis résident  poteau 17, qui perdit en un mois de temps ses deux fils, l'un combattant dans l'armée régulière, l'autre dans la rébellion FDD, tombés dans la même bataille l'un en face de l'autre, alors qu'il jouait ensemble dans le même club de tambours. N'est-ce pas la preuve que tout cela est absurde ?


Voici la tête de la colonne qui passe à Kajaga devant les carcasses fumantes de la voiture du douanier et du minibus Hiace. Les corps ont été retirés, il reste juste  les mouches sur de grandes traces de sang séché. Personne ne ralentit, tout le monde se tait. On perçoit juste de nombreux « Aïe, aïe, aïe... ». Ici, la peur faisande les estomacs dès que l'on entend un coup de feu, c'est-à-dire au moins une fois par jour. Alors, les femmes en passant ne manifestent rien d'autre qu'un fatalisme plat, dénué de la moindre colère. La vie est ainsi, il y a la guerre et la pauvreté c'est tout. Le but de chacun devient juste de retarder au plus les échéances annoncées. Les déchéances plutôt.


Sur les quatre derniers kilomètres, la route borde littéralement le lac. Ici, en d'autres temps, on a pu rêver qu'un jour le Burundi deviendrait un paradis du tourisme, et la procession longe les ruines du club Tanganyika, promis dans les années 80 à devenir un lieu de rêve, où des Allemands, des Espagnols , des Français , des Russes, peut-être même des Américains seraient venus s'allonger sur la plage le jour et dépenser leur argent le soir, dans une boîte de nuit locale. Une chimère. L'assassinat du président Ndadaye, en précipitant le pays dans une guerre interminable le soir du 21 Octobre 1993, est venu rétablir l'ordre des choses. Ici, en Afrique, il y a d'abord la guerre. Le tourisme c'est après.

Jolie, Chérie, Thérèse, Concilie, Leila, Félicité, Ernestine, toutes les autres, avec leur démarche raide, elles n'ont même plus un regard pour le grand hotel-club en ruine, et l'immense écriteau troué de balles qui annonce le « paradis tropical des grands Lacs ». On dit que des « Birobezo » (enfants des rues) dorment dedans, personne ne sait vraiment, quand il y a du vent on entend les portes battre à l'intérieur.


Il est 10h30. Les premières arrivent vers le « pont aux vaches ». Ici coule une rivière où l'on vient désaltérer et faire dormir chaque soir les grands troupeaux de la périphérie. Le matin jusqu'à 11h00, le lieu est une véritable cohue où, à grands renforts de cris, les gardiens cherchent à rassembler leurs vaches. La procession des femmes serpente alors au milieu des immenses cornes de l'espèce locale, un vrai Gymkhana. Mais, ça y est, elles y sont presque. Il se forme un court sentier, il n'y a plus de vaches, seulement une permanence de gens très occupés à attendre. Douaniers jeunes ados, des enfants, quelques vieux, une foule d'hommes désoeuvrés.


Enfin, les grands arbres au bord d'une grande vasque naturelle. La rivière s'y jette, là-bas. Plus bas l'eau est très boueuse, mais sans que l'on sache pourquoi, ici, non. Il fait très chaud, les femmes soufflent et s'affalent à l'ombre des caoutchoucs. C'est un flot continu qui débouche par le petit chemin et le lieu se transforme en une grande agora, d'où fusent maintenant de bruyantes conversations en tout genre. L'humeur est joyeuse, on entend des rires. Parmi les jeunes femmes, certaines se déshabillent et se baignent. Il y a bien des soldats pour les regarder, mais bon, ce sont d'abord des garçons, ils sont tous pareils au fond. De toute façon, il fait trop chaud. Quelques petits vendeurs d'arachides venus de  Bujumbura tentent leur chance. À 50 Fbu le paquet - 3 cents d'euro - ils ne vont pas en vendre beaucoup mais tout de même, cela vaut le coup d'essayer.  Il est vrai que c'est tentant un petit paquet de cacahuètes, aussi pour ce que ça vous étouffe la faim pour la journée. Quelques paquets circulent, sinon des femmes avaient emporté des bananes de Gatumba, cela fait largement un repas. Et puis, il y a toutes les autres qui n'ont rien et s'en contentent.


À midi, les retardataires, en général les plus âgées, arrivent à peine, que les premières repartent. Celles-là emportent un gros jerrycan carré sur la tête et un autre à la main. Pour celles qui ont emmené leur bébé, cela fera quinze kgs de charge.

La route sera fermée par les soldats à 17h00, il faut entre trois et quatre heures pour parcourir la distance, si l'on veut pouvoir se reposer un peu sur le retour, autant repartir au plus vite. Alors reprend la musique des pieds claquant dans les tongs, la lumière est blanche, le soleil tient sa promesse du matin, l'air est étouffant, il faut même boire un peu de l'eau des bidons. L'après-midi, la route est assez fréquentée. De vieux semi remorques de cinquième main, emportant on ne sait quoi vers le Congo, se lancent sur les grandes lignes droites de la route et gèrent leur vitesse de pointe - aux alentours de 50 km/h - en klaxonnant. Difficile d'expliquer par quel miracle ces monstres paléontologiques de l'ère automobile parviennent encore à rouler, oui, c'est cela : Dieu doit avoir voulu aider ainsi l'économie du pays, à moins que ce ne soit là l'affirmation du génie des mécaniciens locaux. Une chose est certaine : ils n'ont pas de frein. Pas d'espoir de survie pour celle qui traîne au milieu de la route. Une solution pour les femmes de la procession pourrait être de s'agripper à la structure du camion, et de voyager clandestinement avec lui, hélas toutes les places sont déjà prises depuis Bujumbura par les nuées de vélo taxis, qui se font tracter ainsi à moindre frais sans pédaler.


Vers 14h00, c'est aussi l'heure des gros tout-terrains  rutilants. D'abord il y a ceux de l'ONU qui foncent à toute vitesse vers une cent millième nouvelle urgence humanitaire. Ceux-là, pas la peine de demander un « Lift ». Ils ne prennent jamais personne, et roulent à cent à l'heure dans leur bulle climatisée et leurs vitres teintées. Mais il y aussi les 4X4 des ONG, et là c'est différent. Il arrive qu'une femme tende le bras et que la voiture s'arrête pour l'emporter. En réalité c'est toujours le fait d'un humanitaire fraîchement débarqué, encore sous le joug de sa compassion, au bout d'un an de séjour, l'expérience, l'habitude, la prudence, le règlement lui commanderont de ne plus s'arrêter.


Statistiquement, les femmes de la procession n'ont donc qu'une chance minime de se voir épargnée  par cette longue marche du retour. D'ailleurs elles n'y pensent même pas. Alors, elles chantent entre elles maintenant. Des Akazehe, superbe tradition  où l'une d'elles lance une phrase, reprise par le cœur de ses voisines. On rit un peu, elles se lancent des blagues de femmes, se parlent de leurs maris, de leurs enfants, s'encouragent, s'engueulent, s'aident à équilibrer le bidon sur la tête, bref, elles sont ensemble. Une véritable petite communauté, cette procession. Certainement avec ses lois tacites, ses coups bas, ses héroïsmes, et une histoire forgée jour après jour dans la dureté de cette vie. Cependant, en  colonne sur le bas-côté, il n'y en a aucune pour s'interroger plus avant sur cette obscure raison qui, d'année en année, leur complique à chaque fois un peu plus l'existence.  C'est juste comme ça. Un temps il y avait des jeunes types qui étaient passés pour leur expliquer, que la vie pouvait être différente,   que l'Afrique pouvait exister sans la guerre et lutter contre la pauvreté, mais cela n'a pas duré longtemps, on n'a jamais su ce qu'ils étaient devenus. Il y a aussi eu le massacre de l'année dernière. Là, à Gatumba, ils sont tous venus, les présidents les ambassadeurs, les ministres. Ils ont fait un discours, et ils ont tous dit que cela ne pouvait pas continuer comme ça...Oui.


En attendant, il faut marcher. Et cela peut durer, car ces femmes dont l'univers se borne à une maison de terre et au long fil du bas-côté de la RN1, ne peuvent pas imaginer que la vie puisse être différente. Ce monde qui les frôle en voiture chaque après-midi dans des carrosseries blindées n'est pas le leur. Ce n'est pas un choix mûrement réfléchi, c'est juste comme ça. Comment pourraient-elles seulement concevoir que là-bas, de l'autre côté de l'Atlantique une jeune fonctionnaire chef de la division Grands Lacs à la Banque Mondiale, vient de se voir accordé une prime pour son audit de l'économie Burundaise et les solutions qu'il a préconisé. Qu'est ce que ce type, fier d'accompagner chaque semaine ses deux enfants dans une piscine de la 39e rue, peut avoir en commun avec Anézie du poteau 17 à Gatumba, veuve déplorant la disparition il y a un mois de Ladislas, son fils aîné, pêcheur, emporté devant tout le monde par Gustave, ce crocodile gigantesque qui vient régulièrement prélever quelques vies tout prés du village ?


Ce type de New York, lui faut-il souffrir de la chaleur, avoir peur des embuscades, des soldats, de la faim ? Se paie-t-il une bière une fois par an ou chaque soir ? Mange-t-il des cacahuètes lui aussi ? Marche-t-il en tong, parfois ? Connaît-il les crises de malaria, le sida, espère-t-il vivre vieux ? Ici, c'est 39 ans, et là-bas ?


Ces questions, aucune des femmes de la procession ne les poseront jamais, il est beaucoup plus important de rentrer à l'heure, pour cela il faut commencer par ne pas douter. Sur le dernier kilomètre, la procession s'étire interminablement et rattrape les maris qui eux rentrent de leur petits carrés cultivés. Certains portent d'énormes fagots de bambous qu'ils feront sécher avant de s'en servir pour  renforcer leur maison. Les conversations se tarissent. Il est de toute façon assez rare qu'une femme soit côte à côte avec son propre mari, autant ne pas parler avec celui d'une autre.


Gatumba. Les enfants jouent entre les maisons, ceux qui ne vont pas à l'école, c'est-à-dire la majorité. En effet, pour être scolarisé il faut s'acquitter des « minervals », (frais de scolarité, 15 Euro par an), une fortune inaccessible. Dans le meilleur des cas, les parents ne peuvent payer que pour un seul des enfants, alors il faut en désigner un qui ira à l'école. Les autres devront s'en passer, et s'intégrer dans cette autre communauté de bric et de broc, celle des enfants de Gatumba.


Le village est jalonné par les poteaux d'une ligne électrique transfrontalière. Le numéro apposé par les bâtisseurs de la ligne sert d'adresse à chacune. Celle qui réside au poteau 43, doit faire au moins 1 kilomètre de plus que la bienheureuse du poteau 5. C'est ainsi, la vie n'est pas égale avec tout le monde. Félicité, Jeanne, Sylvie, Sheila, rentrent chez elles. Vite, elles donneront à boire aux nouveau-nés, aux enfants, et lanceront avec la voisine la cuisson des haricots, et du riz. Bientôt, il fera nuit. Il faudra que ce soit prêt avant. Il s'installe alors une étrange ambiance faite de la rumeur  des petits transistors que partout au pays des collines l'on se colle à l'oreille et de la lueur orangée des feux sous les casseroles. Parfois, on entend la « musique » : une ou deux rafales de kalachnikov, pas de quoi fouetter un chat, sauf quand c'est tout proche. Ça arrive.


Il n'y a pas de lumière à Gatumba, la nuit on ne peut rien savoir, mais le jour non plus d'ailleurs. Parler un peu, lentement. Attendre. S'accroupir. Respirer. Des cris au loin.

Il est temps d'aller s'allonger sur la natte, de toute façon il n'y a rien d'autre à faire, et demain il faut aller chercher de l'eau.    

                                                                                                                                                       Vincent Munié

Lien vers le sommaire du N° 10 de L'étranger.

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Disparition de M. Saleh, que fait la france au Tchad?

29 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Débats, films et conférences

Paris, le 29 septembre 2008


12 associassions interpellent députés et sénateurs pour établir les responsabilités dans la disparition de M. Saleh (opposant tchadien) et susciter un débat parlementaire sur la politique de la France au Tchad.



Lors de l’attaque de la capitale tchadienne en février 2008 par des groupes rebelles, plusieurs membres de l’opposition non armée avaient été enlevés. Le président Nicolas Sarkozy avait alors demandé aux autorités tchadiennes, lors de son déplacement à N’Djamena le 27 février 2008, la mise en place d’une commission d’enquête visant à faire la lumière sur ces événements.


Cette « Commission d’enquête sur les événements survenus en République du Tchad du 28 janvier au 8 février et leurs conséquences » vient de rendre public son rapport le 3 septembre 2008. Selon ce rapport : « Ibni Oumar Mahamat Saleh étant la seule victime à ne pas être réapparue, il est […] permis de penser qu’il serait désormais décédé : soit en succombant aux mauvais traitements qu’il aurait subis, soit en ayant été assassiné. »


Les témoignages recueillis par la Commission « permettent de conclure au-delà de tout doute raisonnable à l’implication de l’Armée Nationale Tchadienne (ANT) » dans la disparition de l’opposant politique [1]. L’enquête n’a toutefois pas permis « d’identifier le ou les commanditaires, auteurs et complices de son arrestation, puis de sa détention, voire de son homicide ». La Commission n’a pas pu auditionner toutes les personnes qu’elle désirait entendre et n’a pas pu obtenir l’ensemble des documents demandés, notamment le listing du parc des pick-up Toyota de l’ANT.


Selon le rapport, « l’impossibilité que cette action soit le fait d’une initiative personnelle d’un quelconque militaire subalterne […] met en évidence l’implication des plus hautes autorités militaires tchadiennes ». Les auteurs du rapport posent ainsi la question du rôle du Chef de l’Etat tchadien dans la chaîne de commandement :


« Si la preuve n’est pas faite de sa participation ou de son instigation, il est toutefois permis de se poser la question suivante : « dans un régime avec une très forte centralisation du pouvoir, un militaire, même de haut rang, pouvait-il, sans l’assentiment du Président de la République, organiser à la fois la disparition des opposants politiques, leur détention et la réapparition dans une enceinte militaire ? (cas de Lol Mahamat Choua) », sachant par ailleurs, que le dimanche 03 février, la Présidence était le seul endroit opérationnel de la capitale où les différentes autorités s’étaient retranchées, aux côtés du Chef de l’Etat ».


Aujourd’hui, comme le rappelle la Commission « seule la volonté de l’Etat tchadien, serait susceptible de permettre la manifestation de la vérité » concernant la disparition de M. Saleh.


Par ailleurs, l’impunité est totale dans les cas passés de disparitions forcées. D’après Amnesty International, les 13 civils et officiers de haut rang qui avaient, par exemple, été arrêtés par les forces de sécurité tchadiennes lors de la précédente offensive des rebelles sur N’Djamena, en avril 2006, ne sont jamais réapparus. Aucun des auteurs et commanditaires de disparitions forcées n’a, à ce jour, été clairement identifié et traduit devant la justice tchadienne.

Le Président Nicolas Sarkozy, principal instigateur de cette Commission, ne peut se satisfaire des questions qui subsistent concernant les responsabilités, au sein de l’Armée Nationale Tchadienne, qui ont entraîné la disparition de M. Saleh.


Le 5 septembre, M.Gaëtan Gorce, député de la Nièvre, et M. Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret, ont ainsi écrit à M. Nicolas Sarkozy, président de la République, pour lui demander d’intervenir auprès des autorités tchadiennes afin que toute la lumière soit faite sur les responsabilités qui ont entraîné la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh.


Par le présent courrier, nous vous demandons d’en faire de même et vous prions d’exhorter le Président Nicolas Sarkozy à établir comme une priorité de la politique de la France au Tchad l’identification et la traduction devant la justice des auteurs et commanditaires de la disparition de M. Saleh. D’autre part, compte tenu du rôle de la France et de son armée dans ce pays depuis des années et tout particulièrement au cours des évènements de février 2008, (la Commission d’enquête rapporte ainsi que « le président (M. Idriss Déby) a également fait état de la présence de deux officiers de l’armée française à la Présidence » le jour de l’arrestation des opposants), il apparaît nécessaire qu’un véritable débat parlementaire soit organisé au sein du Parlement sur la présence française au Tchad.


Déjà le 11 mars dernier, certaines de nos associations vous interpellaient sur la nécessité de la création d’une Commission d’enquête parlementaire sur ce sujet. Nous réitérons ici auprès de vous cette demande.


Dans l’espoir que vous relayerez notre appel et que vous vous saisirez de ce dossier, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, à l’expression de notre considération distinguée.


Associations signataires :

  • Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France)
  • Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme (AEDH)
  • Cedetim/Ipam
  • Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD)
  • Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH)
  • Le Mouvement de la paix
  • Ligue des Droits de l’Homme (LDH)
  • Peuples Solidaires
  • Réseau Foi et Justice Afrique Europe (Antenne France)
  • Secours Catholique / Caritas France
  • Human Right Watch (HRW)
  • Survie

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Réunion d'information: La Françafrique, on arrête quand?

22 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Réunions de survie 31

Mercredi 24 septembre, à 20h au CIDES (1 rue jouxt aigues 31000 Toulouse)


Réunion de présentation et d'information:
 "Les réseaux françafricains et les axes de l'association Survie"

 


 La "Françafrique"


Discussion avec des membres de l'association Survie pour présenter :


 - la 'Françafrique' de 1958 à nos jours avec plusieurs cas concrets


  - les objectifs de l'Association Survie en mettant à disposition plusieurs ouvrages et documents sur le sujet.


Cette réunion publique d'information, ouverte à tous, prendra la forme d'un « palabre actif » sur la base de citations savoureuses ou scandaleuses afin d'aborder de manière ludique les grands thèmes de combat de l'association.


Découvrez des documents sonores et audio-visuels sur la Françafrique: www.survie-media.info

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Communiqué: France - Soudan, la justice ne se marchande pas

22 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Communiqué de Survie, le 24 septembre 2008


France-Soudan

La justice ne se marchande pas



Alors que la France semble vouloir recourir à l’article 16 du statut de la CPI afin de surseoir à l’inculpation d’Omar Al-Bachir, l’association Survie dénonce un marchandage inacceptable au nom de calculs géopolitiques et économiques qui, tout en confortant les crimes commis au Soudan, constituerait un recul incontestable du droit pénal international.


Consécutivement aux longues investigations menées par le Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre dont le président soudanais Omar Al-Bachir est accusé, les juges de la première chambre préliminaire de la CPI étudient l’opportunité de délivrer un mandat d’arrêt à l’encontre d’Al-Bachir dans les semaines à venir. La requête du procureur est accablante. Comme l’a affirmé ce dernier le 21 septembre à New York : « Les crimes se poursuivent aujourd’hui encore contre la habitants du Darfour. M. Al-Bachir exerce un contrôle absolu sur ses forces qui violent des femmes, mettent en place dans les camps des conditions propres à détruire des communautés entières et continuent de bombarder des écoles ».


Or, l’Organisation de la conférence islamique, la Ligue des Etats arabes et l’Union africaine s’efforcent d’obtenir l’application de l’article 16 du statut de la CPI afin de suspendre l’enquête visant Al-Bachir et empêcher des poursuites contre ce dernier. Le Conseil de Sécurité (1) peut décider d’appliquer l’article 16, qui permet la suspension des procédures de la CPI pendant 12 mois (renouvelable). L’argument en faveur de cette suspension, auquel la France semble adhérer, est que toute accusation visant le président soudanais « menacerait le processus de paix en cours au Soudan ».

En réalité, il est bien difficile de constater qu’un processus de paix soit en cours au Soudan, ce sur quoi tous les experts s’accordent. Ni, d’ailleurs, dans toute la région, où la guerre entre Khartoum et N’Djaména se poursuit par rébellions interposées. Depuis plus de 5 ans, ce même argument a été largement avancé par la Communauté internationale devant les crimes de Khartoum, qui, grâce à ce libre cours, n’ont jamais cessé. Il en résulte une situation qui perdure et empire.


Le 19 septembre, selon l’AFP, la France a « ouvert la porte à une éventuelle suspension de la procédure contre Al-Bachir, sans préciser clairement les termes de la négociation. “Ce que nous souhaitons, c’est relancer la recherche, par le dialogue, d’un règlement de paix” a-t-on indiqué à la présidence française ». Paris souhaiterait que Khartoum « livre à la justice » deux autres responsables (2) de crimes commis au Darfour contre lesquels des mandats d’arrêt ont été délivrés par la CPI en 2007. Le marché que l’on tenterait de passer avec Khartoum consisterait à obtenir qu’il accepte de « livrer à la justice » les criminels visés (ce qu’il a toujours refusé), puis se voie autorisé à les juger lui-même. Il suffit de se renseigner sur le fonctionnement de la « justice » soudanaise pour observer le cynisme d’un tel marchandage.


Ce marché a en outre un versant bien plus cynique et immoral. Au mois de juillet dernier, nous apprenions qu’après 20 ans de gel de ses relations avec le Soudan le géant pétrolier français Total reprenait pied au Soudan en s’apprêtant à engager l’exploration d’une zone du sud du pays aussi vaste que la moitié du Royaume Uni. Quasi simultanément, Khartoum avait menacé de s’en prendre aux intérêts économiques étrangers en cas de poursuites devant la CPI. Un marchandage qu’il conviendrait de dénoncer avec force.


La dépêche de l’AFP du 19 septembre cite encore l’Elysée au sujet du « débat difficile qui se pose aux gouvernements : quelle est la priorité […] arrêter une guerre […] ou faire passer la justice à travers la CPI ? Nous avons choisi d’arrêter la guerre au Darfour, si on le peut ». Pour arrêter cette guerre, chaque jour plus meurtrière, ne faut-il pas empêcher celui qui la veut de la poursuivre ? Rappelons qu’en 2005 Paris et Londres avaient été les instigateurs du renvoi de la question du Darfour devant la CPI par le Conseil de sécurité des Nations unies. Décider aujourd’hui, en faisant jouer l’article 16 du statut de la CPI, de suspendre la procédure visant Al-Bachir, reviendrait pour la France à trahir ses engagements internationaux. Cela constituerait un recul incontestable, voire irréversible, du droit pénal international, tout en donnant à bon nombre de criminels contre l’humanité l’assurance que leur impunité (aussi imprescriptibles que soient leurs crimes) est négociable au gré des intérêts des Nations.


(1) Avec une majorité de 9 de ses 15 membres.
(2) Ahmed Haroun, nommé depuis ministre soudanais aux Affaires humanitaires, et Ali Kosheib.
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Eva Joly sur France Inter 22 septembre...

21 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Documents audios et vidéos

Lundi 22 septembre 2008


Eva Joly , ex magistrate du pôle financier, sur France Inter



A écouter (et voir en video) Eva Joly ce matin(22 septembre 2008), invité de Nicolas Demorand sur France Inter (8h20-9h00). Ancienne magistrate du pôle financier du Palais de Justice de Paris. Actuellement conseillère du gouvernement norvégien pour lutter contre la délinquance financière. Elle se présentera sur la liste des Verts pour les européennes 2009.

Elle répond aux questions sur la corruption, les paradis fiscaux, la Françafrique, les biens mal acquis de Bongo, l'Angolagate...




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Interview: Les APE (accords de partenariat économique), Qu'es aco?

17 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Documents audios et vidéos

Jeudi 18 septembre 2008 - Tv bruits : http://tvbruits.org
 

APE ? Les Accords de partenariat économique...


Les accords de partenariat entre l’Union européenne et les pays d’Afrique, Caraïbes, Pacifique

L'Université citoyenne d'Attac France se déroulait du 22 au 26 août 2008 à Toulouse. Frédéric Viale y animait l'atelier sur les APE. Nous l'avons rencontré pour une explication des Ape, cinq minutes, montre en main. Voir la vidéo, réalisée par Jean Luc de Tv bruits et Patrice de Survie 31. ’’ :


5’41


Page originale sur TV bruits: http://tvbruits.org/spip.php?article1012


Pour en savoir plus :

Stop APE ! : la rubrique d’Attac France

Sur le site d’Oxam France...

Sur le site du Forum des peuples :Déclaration finale de la 7ème édition du Forum des Peuples à Koulikoro - Mali

Le site de Frédéric Viale....


Clip  de Didier AWADI (ex Positive black soul): RAP ANTI APE, ON NE SIGNE PAS!.

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Hommage à Ruben Um Nyobé, par Odile Tobner

13 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

mercredi 17 septembre 2008, par Odile Tobner

Cameroun. Pour la renaissance d'un rêve. Hommage à Ruben Um Nyobé


Le 13 septembre 1958 Ruben Um Nyobé tombait sous les balles de l’armée française dans la forêt, en pays Bassa, non loin de Boumnyebel, son village natal. Ses assassins avaient été guidés jusqu’à lui par les indications d’un traître. Ainsi s’achevait le destin aussi bref que fulgurant d’un homme d’exception, fauché avant d’avoir pu guider son pays, le Cameroun, sur le chemin de l’émancipation. Cinquante ans après, l’immense majorité des Camerounais végète toujours dans la misère sous le pouvoir qui a tué Um, l’alliance malfaisante de l’impérialisme et de la trahison.


Après 1945 la France, à peine sortie de l’épreuve de l’occupation, contre laquelle luttèrent les meilleurs des siens, jette toutes ses forces dans la guerre contre l’émancipation de ses colonies, endossant sans scrupule le rôle de l’oppresseur. L’histoire ne retient que ses défaites, en Indochine et en Algérie, devant la volonté irrépressible de la masse des colonisés d’accéder à leur propre existence. On passe sous silence la grande défaite de l’Afrique subsaharienne, vite décapitée de ses plus prestigieux leaders, Lumumba, Nkrumah, Um Nyobé. Lumumba, pendant quelques brefs instants, montra sa stature d’homme d’Etat. Nkrumah, avant d’être balayé, put cependant poser les jalons de l’avenir de l’Afrique. Mais Um Nyobé fut traqué et supprimé pour l’espoir qu’il portait. Il tomba le premier parce qu’il était à la pointe du combat.


C’est ainsi qu’il reste l’astre obscur des espérances assassinées. Le Cameroun officiel a enfoui sa mémoire dans l’oubli ou dans une caricature pire que l’oubli. La nation camerounaise - et africaine au-delà - historiquement unie par le plus fort des ciments, celui du partage d’un sort commun, a été lobotomisée de sa conscience et atomisée en mesquines luttes tribales. La première génération des résistants camerounais ignorait le tribalisme. Le pouvoir colonial les qualifiait de « détribalisés ». En essayant ainsi de les déconsidérer par cette appellation péjorative il montrait qu’il s’appuyait sur le tribalisme et sur les forces les plus réactionnaires pour contrôler le pays.


La victoire, amère, de Ruben Um Nyobé réside, cinquante ans après sa mort, dans l’échec patent de ceux qui l’ont tué, Français et Camerounais, et qui ont empêché le Cameroun de devenir un pays fort et prospère. Ce qui est apparaît clairement aujourd’hui au regard de l’histoire c’est qu’on a supprimé Um parce qu’il constituait un obstacle majeur à la perpétuation du pacte colonial. Après un demi-siècle le Cameroun n’est toujours rien d’autre qu’un réservoir de matières premières, qui vont s’épuisant. Les réseaux de transports et de communication sont désespérément réduits et détériorés, la population est oisive et misérable, l’éducation et la santé sont sinistrées et deviennent inaccessibles au plus grand nombre.


Mais les trafics, eux, ont prospéré. La forêt a engraissé une classe de prédateurs. Le pétrole a disparu sans laisser de traces, sauf dans les comptes bancaires de la mafia politico-affairiste. Une corruption généralisée gangrène l’Etat. La chaîne du pouvoir, de la base au sommet n’a aucun sens du bien public mais uniquement celui de ses intérêts les plus grossiers. Elle est liée aux intérêts étrangers qui s’engraissent eux aussi impudemment. C’est ce Cameroun-là qui a profité de la mort de Um.


Odile Tobner


L’Espoir, vaincu, pleure. Charles Baudelaire

Le vrai rêve, celui qui distingue l’homme d’action, motive et sous-tend l’effort vers des desseins élevés, ceux qui libèrent l’esprit et donc le corps des souffrances inhérentes à la vie en ouvrant des horizons moins douloureux.Tchundjang Pouémi

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Lettre à la Banque Européenne d’Investissement: Financement des mines d'uranium d'Areva

10 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

vendredi 12 septembre 2008,


"Les Amis de la Terre" : Lettre à la Banque Européenne d’Investissement: Financement des mines d'uranium d'Areva


ci-joint le courrier envoyé par les Amis de la Terre au Président de la Banque européenne d'investissement et aux Vice-Présidents concernés sur un éventuel soutien de la banque aux mines d'uranium d'Areva au Niger.  Survie y a appporté son soutien.


Les Amis de la Terre A Philippe Maystadt, Président

 

Objet : éventuel financement de projets miniers d’Areva


Monsieur le Président,

Nous vous écrivons suite à la publication de plusieurs articles faisant état de l’intensification des activités minières d’Areva en Afrique (1). Nous supposons qu’Areva aura besoin de financements pour mettre en oeuvre ces projets. Notant que la BEI a récemment approuvé un prêt de 400 millions d’euros en faveur pour l’usine d’enrichissement d’uranium du Tricastin, nous souhaiterions :


- savoir si Areva vous a déjà contacté pour des projets de mine d’uranium en Afrique,
- vous apporter quelques informations sur le passif de l’entreprise dans ce domaine.


Comportement irresponsable d’Areva au Niger


En effet, Areva est réputée pour sa gestion déplorable des mines d’uranium en Afrique, en particulier au Niger, où ses filiales, la Cominak et la Somair, exploitent l’uranium depuis les années 70. Nous nous appuyons ici sur ces deux exemples et sur les études de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) et de l’association Sherpa sur le terrain pour illustrer les très sérieux problèmes entourant l’exploitation des mines d’uranium par les filiales d’Areva (voir rapports ci-joint).


Des études et mesures effectuées par la CRIIRAD entre 2004 et 2005 démontrent que les activités d’exploitation de l’uranium ont provoqué de graves contaminations des eaux distribuées aux travailleurs et à la population, avec des taux de contamination aux particules alpha (parmi les plus dangereuses pour la santé humaine) 7 à 110 fois supérieures aux seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le dépassement des normes de potabilité internationales. Informée par son laboratoire d’analyse, l’entreprise se contente d’ignorer le problème. L’enquête de la CRIIRAD observe également la dissémination de ferrailles contaminées dans la population, ainsi que le stockage de montagnes de déchets hautement radioactifs non recouverts et dispersables par les vents. Des gaz radioactifs sont également rejetés à l’air libre, exposant toutes les communautés alentour. Ces contaminations de l’air, des sols et de l’eau se poursuivront sur plusieurs générations.


L’association Sherpa, qui a conduit plusieurs visites sur le terrain dénonce l’absence de protection et d’information des ouvriers. Pendant plus de quinze ans, ceux-ci ne portaient aucun masque de protection et n’avaient reçu aucune formation sur les risques de la radioactivité. Si la santé des mineurs et de leur famille est, dans ces conditions, déplorable (maladies pulmonaires multiples), ils sont totalement désinformés : des médecins avouent ainsi faire sciemment de faux diagnostics en cas de cancer, quand le patient n’a pas les moyens de payer les traitements appropriés.


A la suite de ces études, Areva s’est vu attribuer en 2008 le Public Global Eye Award, qui « récompense » les entreprises s’étant distinguées par leur mépris des droits environnementaux et sociaux au niveau international. Malheureusement, le comportement scandaleux d’Areva dans le cadre de ses mines d’uranium ne se limite pas aux opérations au Niger. Vous trouverez ci-joint un point de presse soulevant les problèmes liés aux anciennes mines de l’entreprise au Gabon.


Nos questions à la BEI


Au regard des impacts sociaux et environnementaux très lourds des projets miniers, des dangers particuliers induits par l’exploitation de l’uranium, et du comportement désastreux d’Areva, nous souhaiterions vivement :


- Etre informés de toute collaboration entre Areva et la BEI avant qu’une demande formelle de prêt ne soit formulée
- Etre informés de toute demande de soutien d’Areva à la BEI, dès le premier stade d’évaluation préliminaire du ou des projets
- Rester en contact avec vous sur le sujet, afin de pouvoir vous faire parvenir toutes les informations utiles à votre évaluation des projets dont nous disposons, et ce dès les tout premiers stades de cette évaluation.


En vous remerciant d’avance de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’expression de notre haute considération.


Anne-Sophie Simpere Chargée de campagne Responsabilité des acteurs financiers Les Amis de la Terre


Signataires : AITEC (Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs), ATTAC France, Collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger », IPAM (Initiatives Pour un Autre Monde), ISF (Ingénieurs sans frontières), MIR France (Mouvement international de la Réconciliation), Réseau « Sortir du nucléaire » (Fédération de 830 associations), Association Survie.


(1) “Areva, Technip team up in Africa-focused uranium venture“ Mining weekly, 20.3.2008, ou : “Areva Lands Uranium Miner” Forbes, 15.6.2008, ou encore : “Areva signs uranium mining deal in Africa“, International Herald Tribune, 2.8.2008


- CRIIRAD
-  Les Amis de la Terre

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FRANCE RWANDA. Le génocide rwandais questionne la démocratie française

9 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Billets d'Afrique et d'ailleurs

Billets d'Afrique et d'ailleurs (septembre 2008)


FRANCE RWANDA. Le génocide rwandais questionne la démocratie française.


Au-delà de la simple interprétation politique et de l’instrumentalisation de la complicité de génocide, le contenu du rapport rwandais sur l’implication française dans cet événement impose à la France un large débat national.


 

On ne peut imaginer pire trou noir médiatique qu’un début de mois d’août, veille des Jeux olympiques, pour communiquer le tant attendu rapport Mucyo sur l’implication française dans le génocide des Tutsi du Rwanda. Le gouvernement rwandais ne pouvait l’ignorer. Dès lors, beaucoup de questions se posent, largement confortées par les recommandations mêmes de ce rapport, dont l’une subordonne explicitement la poursuite des accusations formulées dans ses conclusions à un règlement politique entre les deux pays. Pourtant, et ce n’est pas rien, la commission Mucyo cite nommément treize personnalités politiques françaises ainsi que vingt militaires enjoignant « les instances habilitées (la justice rwandaise, NDLR) à entreprendre les actions requises afin d’amener les responsables militaires et politiques français incriminés à répondre de leurs actes devant la justice ». Parmi les accusés, les Mitterrand père et fils, Alain Juppé, Édouard Balladur, Hubert Védrine, Dominique De Villepin ou François Léotard… On le voit, il s’agit du sommet de l’État et donc l’affaire devient simplement énorme dès lors qu’un pays menace de poursuites pour « complicité de génocide » les anciens dirigeants d’un autre. Cela impose à la Nation tout entière d’être correctement informée des termes du débat simplement parce que ces élus ont agi en notre nom, au Rwanda, comme d’autres continuent à le faire ailleurs.


Il y a donc plusieurs façons d’aborder le rapport Mucyo. Celle des analystes officiels d’une presse consensuelle, consiste à s’arrêter à l’interprétation strictement politique des 331 pages (plus 166 d’annexes) de l’enquête rwandaise, comme une réponse aux mandats Bruguière et l’élément d’un marchandage occulte avec la diplomatie française (lire l’article Le rapport Mucyo et les médias français de ce numéro.


Évidemment, cette dimension sauterait aux yeux d’un enfant. En brandissant ces seules explications sous couvert d’un pseudo recul nécessaire, ceux-là bétonnent, un peu plus, le paravent des gouvernants de l’époque pour qui l’affaire est entendue : la France n’a rien à se reprocher, le reste n’étant qu’affabulations. L’avantage de cette interprétation est qu’elle n’exige pas de se plonger dans le rapport. Pourtant, la lecture attentive du texte se révèle une fois de plus accablante pour la France. Il débute par un récit chronologique de l’histoire contemporaine du Rwanda, pour ensuite détailler, sous l’angle de la coopération française militaire, politique et diplomatique, la période du 1er octobre 1990 à août 1994. En la matière, le texte s’appuie sur nombre de travaux existants ne livrant pas d’informations historiques nouvelles (travaux de Gérard Prunier, Colette Braeckmann, Alison Desforges, Patrick de Saint-Exupéry, la mission d’information parlementaire en 1998, la commission d’enquête citoyenne, etc.) . Son intérêt n’est pas tant dans les révélations que dans la synthèse remarquable qu’il propose, celle d’un dossier dont tous les spécialistes savent qu’il est complexe.


Une démonstration suffocante


Ainsi plutôt que de nous démontrer la responsabilité machiavélique d’un gouvernement français uni derrière le seul but d’exterminer les Tutsi, le rapport reconstitue un puzzle autrement complexe. Celui d’une complicité bâtie comme un mille-feuilles, faite de divers enjeux, dont aucun n’a pour finalité un génocide, mais dont tous les acteurs partagent le même mépris pour une population. En ce sens, la démonstration est suffocante. Lorsque l’enquête relate des faits, par essence incontestable, la complicité française devient patente, (dans son assertion du droit international qui n’exige nullement participation et pas nécessairement connaissance du génocide, voir encadré). Car ce qui ressort de chaque page du rapport, c’est que son niveau d’implication, depuis octobre 1990, est tel que la France ne pouvait ignorer ce qui se passait en temps réel au Rwanda. Dans le contexte de l’époque, on redécouvre que chaque décision a été prise à l’aune des grands préjugés géopolitiques français avec pour dogme « la menace Tutsi ». Si elle n’avait été rédigée par l’une des parties en présence, cette relation des faits deviendrait l’une des « bibles » historiques du génocide, tant le rappel des faits est clair, synthétique et précis. La description de l’imbrication de la coopération militaire française dans les Forces armées rwandaises (FAR) et les nombreuses collusions développées en trois ans par un petit groupe d’officiers des troupes de marine et du Commandement des opérations spéciales (COS), est assez édifiante. Tout autant que le rôle de l’ambassadeur Marlaud, le 7 avril, facilitant la constitution du Gouvernement intérimaire rwandais (GIR) dans les locaux même de l’ambassade de France. Le coup d’état de la nuit était ainsi avalisé. Il pourrait bien avoir été, plus que l’attentat du Falcon présidentiel, le vrai événement politique lançant le génocide. En remettant bout à bout les événements de cette période, tous avérés et assortis de nombreux témoignages, la commission nous livre une telle description de l’implication française de l’époque que la question se pose : que penserions-nous d’un pays à ce point compromis avec les nazis ?


Là où le rapport Mucyo apporte des accusations « nouvelles », c’est sur le comportement des troupes françaises présentes sur place au gré des opérations militaires décidées entre 1990 et 1994. Le rapport impute aux militaires de nombreux viols, des interrogatoires musclés, des tortures et des massacres. Les récits s’égrènent dans toute leur horreur et la gravité des accusations portées contre l’armée française exige au minimum une contre-enquête objective. Sans que l’on puisse penser que nos paras soient tous des tortionnaires, l’histoire récente accrédite malheureusement la plausibilité de certains de ces récits (cf l’affaire Firmin Mahé en Côted’Ivoire). Et le voyageur ayant observé certains paras en opération extérieure africaine accordera encore davantage de crédits aux accusations du rapport Mucyo. Finalement, le cadre dépasse largement le contexte du Rwanda. L’Afrique toute entière est, depuis cinquante ans, le terrain d’exercice favori de nos ex-troupes coloniales, et d’une certaine façon, malgré le caractère spécifique du génocide de 1994, le rôle de la France n’a guère été différent au Rwanda de celui qu’elle tint et tient toujours dans ses excolonies subsahariennes.


Cette fois, « ça a mal tourné »


Ainsi, il est absolument nécessaire de replacer l’implication française au Rwanda dans le contexte général de la Françafrique. Car si cette fois, « ça a mal tourné » comme le répètent discrètement et cyniquement le petit cénacle de décideurs de l’époque, notre pays se trouve encore du mauvais côté de la barrière en soutenant, en 2008, les gouvernants sanguinaires d’Idriss Déby, de Sassou Nguesso, de Paul Biya ou de François Bozizé. Aucun enseignement n’a été tiré de ce qui devrait représenter, pour le pays, une catastrophe nationale. Avoir été, avant, pendant et après, aux côtés d’un gouvernement génocidaire, ne mérite-t-il pas de s’interroger ? Cette simple formulation, en soit synonyme de complicité, devrait suffire à organiser un grand débat, à commencer par la désignation d’une commission d’enquête parlementaire. Malgré son évidente instrumentalisation, ce que nous dit le rapport Mucyo, c’est que le génocide des Tutsi du Rwanda, est aussi une affaire nationale strictement française, jetant l’opprobre sur le fonctionnement même de notre démocratie.

Isabelle Méricourt


A lire aussi l’article de ce numéro de Billets d’Afrique et d’ailleurs FRANCE RWANDA. Le rapport Mucyo et les médias français.


Article paru dans Billets d’Afrique n°172. Septembre 2008


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Audience pour l'extradition de Marcel Bivugabagabo, présumé génocidaire au Rwanda

8 Septembre 2008 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Mardi 9 à 8H30 à la cour d'appel de Toulouse se tient l'audience pour l'extradition de Marcel Bivugabagabo, ex lieutenant colonel des FAR (Forces armées rwandaises) et présumé génocidaire.

Quelques informations:

 

Communiqué de presse du CPCR (Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda).


La remise en liberté de Claver  KAMANA, un nouvel affront à la mémoire des victimes.


            Nous venons d'apprendre, plus d'un mois après la décision de la Cour d'Appel de Lyon, la remise en liberté de Claver KAMANA, accusé d'avoir activement participé au génocide des Tutsi perpétré au Rwanda en 1994. Cette décision, prise en catimini, est un nouvel affront à la mémoire des victimes du génocide. La décision de la Cour de Cassation d'annuler l'extradition de KAMANA vers le Rwanda, le 9 juillet dernier, avait déjà choqué tous ceux qui pensent que ce présumé génocidaire porte de lourdes responsabilités dans la mise en place et l'exécution du génocide. Sa libération vient renforcer l'idée que les victimes  n'ont que peu de place dans le cœur et la pensée  de ceux qui prennent de telles décisions. Les avocats de la défense se réfèrent toujours aux Droits de l'Homme pour réclamer la mise en liberté de leurs clients ou pour se réjouir de leur libération. De quels Droits de l'Homme parlent-ils ? Et des droits de quels hommes ? Il semblerait que les bourreaux aient beaucoup plus de droits que les victimes.


            Cette libération, révélée plus d'un mois après la décision, nous rappelle que le combat contre les présumés génocidaires est un combat de longue haleine, un combat du pot de fer contre le pot de terre. L'idée que des présumés génocidaires puissent être remis en liberté nous révolte : les crimes dont ils sont accusés sont les plus graves qui puissent exister, et ils sont heureusement imprescriptibles. Le CPCR et tous ceux qui luttent pour que justice soit rendue sont déterminés à ce que tous les présumés génocidaires qui ont trouvé refuge en France rendent des comptes à la justice afin que leurs crimes ne restent pas impunis. La justice, pas la vengeance, la justice au service de la vérité. Les victimes que nous représentons comptent sur notre détermination.



A Reims le 5 septembre 2008.



                                                                                 Alain GAUTHIER, président du CPCR


Dernière minute. Nous apprenons que Marcel BIVUGABAGABO, en écrou extraditionnel à Toulouse depuis plusieurs mois et dans l'attente d'une décision d'extradition vers le Rwanda, a lui aussi été remis en liberté dans l'indifférence générale. Nous attendons avec intérêt la décision qui devrait être prise demain 9 septembre, à moins que cette décision soit mise en délibéré. Notre indignation rejoint celle que nous avons exprimée lorsque nous avons appris la mise en liberté de Claver KAMANA.


Dépêche AFP du 9 Janvier 2008 :

http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_depeche.asp?art_cle=AFP60938unexoecnarf0


http://www.apanews.net/apa.php?page=show_article&id_article=64786


Site du CPCR : http://www.collectifpartiescivilesrwanda.fr/index.html

 

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