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Survie Midi Pyrénées

Ciné-Débat : "Énergie, des entreprises (ir)responsables?" 27-01- 12

24 Janvier 2012 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr

Vendredi 27 janvier  2012,

Salle Antoine Osète, 6, rue  Pelissier, Métro Capitole

Greenpeace vous propose à 20h30 un

 

20h30 - Ciné-Débat : "Énergie, des entreprises (ir)responsables?" *

Soirée pour se sensibiliser et débattre sur la responsabilité sociétale des entreprises. Projection des documentaires "Nigeria : l'éternelle marée noire" (27 min) et "Niger : la bataille de l'uranium" (47 min), suivi d'un débat dans le cadre du Forum citoyen pour la responsabilité sociale des entreprises avec Jacques Viers d'Amnesty International et Antonio Manganella du CCFD-Terre-Solidaire .
Enfin, à l'issue de ce débat, présentation du livre de l'association Survie France "Areva en Afrique".
 

Entrée gratuite sans réservation.

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Génocide des Tutsi du Rwanda Revirement dans l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994, le mensonge ne paie plus

16 Janvier 2012 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

16 janvier 2012 par Survie


Génocide des Tutsi du Rwanda

Revirement dans l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994, le mensonge ne paie plus

 

En attribuant la probable responsabilité de l’attentat du 6 avril 1994 à des extrémistes hutu, les juges Trévidic et Poux décrédibilisent définitivement le travail du juge Bruguière. Les militaires, dirigeants politiques, journalistes et « experts » aux ordres qui se sont dissimulés derrière les conclusions biaisées d’une enquête menée à charge contre le FPR pour minorer le rôle de la France dans le génocide au Rwanda voient leur stratégie s’effondrer.

 

Lors de leur rencontre avec les parties civiles mardi 10 janvier 2012, les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux ont fait part d’une réorientation complète de l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 qui donna le signal de départ du génocide des Tutsi au Rwanda. Cet attentat reste aujourd’hui encore un événement largement mystérieux, et l’on ne peut que se réjouir du sérieux et de l’impartialité de l’instruction des deux magistrats qui donne l’occasion à Survie de remettre les pendules à l’heure sur un certain nombre de points.


1- L’attentat du 6 avril n’a été que le coup d’envoi d’un génocide soigneusement préparé qui a coûté la vie à un million de Tutsi et à des milliers de Hutu hostiles à l’extermination de leurs compatriotes.

L’attentat du 6 avril 1994 qui a coûté la vie au président rwandais et à son homologue burundais, ainsi qu’aux membres de leur suite et aux trois pilotes français de l’avion, a été commis après que le président rwandais ait accepté la mise en place des institutions prévues par les accords d’Arusha (excluant la CDR [1], parti extrémiste violemment anti-tutsi et incluant le FPR [2] de Paul Kagame). La mort de Juvénal Habyarimana a été immédiatement suivie par le démarrage du processus planifié d’extermination des Tutsi et par l’assassinat des responsables politiques opposés au génocide, Hutu pour la plupart. Le coup d’Etat mené dans la nuit du 6 au 7 avril par les officiers extrémistes et le Hutu Power trouve son couronnement quelques jours plus tard avec la formation, dans les locaux de l’ambassade de France, du Gouvernement intérimaire rwandais, en présence de l’ambassadeur. Ce gouvernement encadre le génocide des Rwandais tutsi jusqu’à la défaite militaire face aux troupes du FPR, au mois de juillet 1994.


2- L’opinion française a été très rapidement victime de tentatives de manipulation concernant aussi bien l’auteur de l’attentat que le lien entre cet événement et le génocide.

Depuis bientôt 18 ans, l’opinion publique française a été soigneusement entretenue dans l’idée que le FPR de Paul Kagame était responsable de l’attentat. Un scénario permettant, par le biais de grossières extrapolations, de rejeter la responsabilité du génocide sur l’actuel président rwandais. Quelques journalistes et spécialistes du Rwanda ont été les propagandistes zélés de cette thèse. Citons Stephen Smith, qui officia à Libération jusqu’en 2000, puis au Monde jusqu’en 2004, Pierre Péan, qui jouit d’une réputation usurpée d’écrivain indépendant, auteur de plusieurs articles et ouvrages sur le sujet, le sociologue André Guichaoua, « expert » du Rwanda fréquemment sollicité par les médias. Leurs accusations ont été étayées par les fuites de l’information judiciaire ouverte à la suite de la plainte déposée le 31 août 1997 par la fille du copilote de l’avion, et conduite par le juge Jean-Louis Bruguière à partir du 27 mars 1998. Ces travaux de manipulation ont généralement bénéficié d’une excellente couverture médiatique, en particulier dans les colonnes de journaux comme Marianne.


3- Outre sa focalisation sur le FPR, le juge Bruguière, en charge de l’instruction de 1998 à 2007, a négligé tous les éléments de l’enquête portant sur le rôle potentiel de militaires ou mercenaires français.

L’ordonnance du 17 novembre 2006 rendue par le juge Bruguière est la conclusion d’une enquête menée à charge, s’appuyant sur des sources contestables et écartant celles qui contredisaient les a priori du magistrat.

Le juge s’était en effet fondé sur des éléments déjà réfutés par la Mission d’information parlementaire de 1998 sur le Rwanda (le FPR aurait déclenché son offensive avant l’attentat, les missiles ayant abattu l’avion auraient été retrouvés et lui appartiendraient) et sur des témoins peu fiables. Le principal, Abdul Joshua Ruzibiza, qui se prétendait témoin oculaire du tir, s’est depuis rétracté. D’autres ont été convaincus de mensonge.

Le juge Bruguière n’avait pas non plus cherché à enquêter sur la présence de militaires ou mercenaires français dans la zone, malgré certains témoignages en faisant état, ni cherché à savoir ce que les militaires français commandés par le chef d’escadron de Saint-Quentin ont pu relever dans les débris de l’appareil qu’ils furent les seuls à inspecter. Il avait en outre « omis » d’interroger sur les raisons de sa présence au Rwanda le 6 avril un acteur clé comme l’ancien « gendarme de l’Elysée » Paul Barril. Il faut se féliciter que ces zones d’ombre aient maintenant une chance d’être éclaircies par les juges Trévidic et Poux.


4- La réorientation de l’enquête a pour effet collatéral de dissiper le rideau de fumée qui masquait l’implication française dans le génocide des Tutsi.

L’attribution au FPR de la responsabilité de l’attentat du 6 avril a servi depuis 18 ans à tenter de protéger tant que bien que mal des questions embarrassantes les dirigeants politiques MM. Balladur, Léotard, Juppé, Roussin, Védrine, Delaye, et les responsables militaires MM. Lanxade, Quesnot, Huchon et tous les officiels ayant joué un rôle dans la complicité militaire, politique, diplomatique et financière de la France dans le génocide.

Il est donc plus que temps aujourd’hui de faire toute la lumière sur l’attentat du 6 avril et de dire la vérité sur la politique menée par la France au Rwanda avant le génocide, pendant le génocide et après le génocide.

C’est pourquoi, l’association Survie encourage la poursuite de l’instruction des juges Trévidic et Poux, et souhaite que celle-ci permette une nouvelle audition de Paul Barril et la communication aux juges des informations recueillies par le commandant de Saint-Quentin et ses hommes.


Concernant la vérité et la justice sur l’implication française dans le génocide des Tutsi du Rwanda, Survie réclame :

  • la levée du secret défense sur tous les documents concernant l’implication française au Rwanda, y compris les archives de l’Elysée,
  • l’indépendance de la justice et l’arrêt des pressions politiques sur les juges dont le juge Trévidic,
  • que le pôle judiciaire spécialisé dans les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocide et torture chargé des plaintes contre les présumés génocidaires et des plaintes contre les militaires français et créé le 1er Janvier 2012 soit fonctionnel, et qu’une augmentation des moyens alloués à ce pôle permettre l’avancée sans délai de toutes les instructions liées au génocide des Tutsi du Rwanda,
  • une commission d’enquête parlementaire sur l’implication politique et militaire française.

Survie demande à tous les candidats à l’élection présidentielle et aux partis politiques de prendre position sur la nécessité de vérité et justice concernant l’implication des acteurs politiques et militaires français dans le génocide.

 

[1] Coalition pour la défense de la République

[2] Front patriotique rwandais

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Radio Françafrique n° 35: Dans les coulisses de la crise ivoirienne

12 Janvier 2012 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Documents audios et vidéos

Dimanche 15 janvier 2012 à 17h et rediffusée le samedi 28   à 9h 


sur Campus FM (94FM)
 Radio Françafrique n° 35

Dans les coulisses de la crise ivoirienne

 

 Françafrique n°35, l’émission radio de l’association SURVIE sur la Françafrique, cette relation particulière de la France avec ses anciennes colonies: Bien loin de la caricature véhiculée dans nos médias et du silence qui lui a succédé après la spectaculaire opération française du printemps dernier, la crise ivoirienne s'inscrit dans un long conflit politico-militaire où la France ne cesse de jouer avec le feu. A la veille des élections législatives, nous examinerons la situation politique et sociale ivoirienne et situerons les intérêts français en jeu. Emission réalisée avec David Mauger, de Survie.

 

 

Pour écouter l'émission en ligne: http://www.afriradio.net/auteur51.html 

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Françafrique: e PS (enfin) prêt pour la « rupture » ?

11 Janvier 2012 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

  Billets d’Afrique209 - janvier 2012


Françafrique:

le PS (enfin) prêt pour la « rupture » ?


Le Parti socialiste est en ordre de bataille, avec l’intention de remporter au printemps une élection qui lui échappe depuis 1995. S’il ne fait pas de la politique étrangère et de la relation franco-africaine un enjeu clé de la campagne, tout en affichant des volontés de réforme, son historique et son passif en la matière appelle à une certaine vigilance.


Arithmétique sondagière oblige, nul besoin d’être devin pour annoncer qu’au printemps pro­chain, il y a une chance sur deux pour que la France soit gouvernée par une équipe ministérielle à forte composante socialiste. Sur les sujets qui préoccupent Survie, les positions défendues par ce parti, son candidat et ses conseillers et les négociations amorcées avec ses partenaires politiques revêtent donc une certaine importance (Billets d’Afrique n°208). Même si l’on sait d’expérience que les points de vue exprimés lors d’une campagne ou inscrits dans un programme ne sont pas nécessairement suivis d’effets.


Davantage que les annonces de campagne, ce sont bien l’étude des dynamiques à l’œuvre à l’intérieur du parti, les personnalités clé de son positionnement à l’international avec ses partenaires qui peuvent permettre d’apprécier la future ligne du PS sur l’épineux sujet des relations franco- africaines.


L’encombrant héritage Mitterrand


Le PS est, comme l’UMP, un parti qui a fait partie intégrante de la Françafrique du fait de ses compromissions et renoncements tout au long des deux septennats de François Mitterrand et des cinq années de gouvernement de Lionel Jospin.


Le parti n’a pas fait de réelle autocritique sur ce point, vantant même parfois la clairvoyance de François Mitterrand à La Baule en 1990 ou la réforme de la coopération menée sous le gouvernement Jospin et sa doctrine « ni ingérence ni indifférence » qui n’a jamais empêché les réseaux officiels et occultes de prospérer et de réinstaller Sassou au pouvoir à Brazzaville à l’issue d’une funeste guerre civile.


Installé dans son rôle d’opposant depuis 2002, le PS s’est ensuite montré de plus en plus critique vis à vis de la politique africaine de Jacques Chirac, en particulier à partir de 2005, comme l’ont attestés quelques communiqués de presse et interventions de par­lementaires sur la politique française au Tchad ou au Togo. Les élections de 2007 ont constitué une occasion pour Survie et le CRID de demander au parti de clarifier son positionnement dans le cadre d’une campagne d’interpellation qui s’est prolongée après 2007 dans le cadre de la Plateforme citoyenne France-Afrique. Ces démarches ont permis de cerner quelques tendances : effacement progressif de l’influence des personnalités telles que Guy Labertit et Hubert Védrine, lente émergence de nouvelles générations critiques sur le bilan de Mitterrand et de Jospin (au sein notamment du Mouvement des jeunesses socialistes), difficulté à faire « bouger les lignes » sur la question du Rwanda et, surtout, positionnement modéré et discret, parfois même très ambigu des « éléphants » socialistes, en particulier de Ségolène Royal.


Cette dernière, comme l’ont révélé ses déclarations souvent alambiquées (discours à Dakar en avril 2009) voire totalement compromettantes (éloges du régime de Compaoré à Ouagadougou en novembre dernier), n’a jamais eu une vision clairvoyante sur les relations franco-africaines.


Un casting partiellement renouvelé


Depuis 2007, les positions n’ont pas beaucoup évolué au sein du Parti socialiste. Plusieurs personnalités s’expriment cependant régulièrement sur les questions liées à la politique de la France en Afrique. A l’Assemblée, le président du groupe socialiste, Jean- Marc Ayrault, qui répond fréquemment aux courriers d’interpellation de Survie et intervient parfois à la tribune, comme le 2 mars 2011, lors d’un débat organisé spécifiquement sur les relations franco-africaine. Parmi les autres députés actifs, citons Henri Emmanuelli, spécialiste de l’aide publique au développement, Gaétan Gorce (sur le Tchad) et les députés François Loncle et Jean-Paul Bacquet, qui ont tous deux participé à la Mission d’information parlementaire de 2007-2008 sur les relations France-Afrique.


Dans l’appareil du parti on peut noter la place spécifique de Pouria Amirshahi, le secrétaire national à la coopération, à la francophonie et aux Droits de l’homme, aujourd’hui candidat au poste de député de la 9 e circonscription des Français de l’étranger (qui englobe le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest) et de Thomas Melonio, chargé de l’Afrique au sein du parti. Ce sont eux qui rédigent une partie importante des communiqués de presse socialistes portant sur les relations franco-africaines. On entend plus rarement Jean-Christophe Cambadélis, en charge des questions internationales mais très en retrait sur Afrique, à l’exception d’un déplacement à Abidjan en octobre 2010 et au FSM de Dakar en février 2011 où il a brillé par sa discrétion. Les principaux cadres dirigeants du parti ne s’exposent pas davantage, hormis lorsque les caméras sont braquées sur eux, à l’occasion d’une actualité spécifique permettant de critiquer la position de la France ou lors d’un déplacement en Afrique. Martine Aubry avait cependant affiché lors du dernier FSM sa volonté de « mettre un coup de balai sur la Françafrique », avouant même qu’il en existait des relents dans son propre camp.


Son rival à la primaire socialiste, François Hollande, s’est quant à lui toujours montré particulièrement discret sur le sujet, ne faisant jamais de la politique extérieure un enjeu de débat national, ce qui n’est pas de bon augure si l’on attend qu’une place significative soit donnée à la contestation des dérives de la Françafrique dans le débat électoral. Hollande, qui vient de dévoiler son équipe de campagne, aura pour conseiller sur l’Afrique l’ancien secrétaire d’Etat Koffi Yamgnane, revenu de son expérience électorale manquée au Togo.


Dans les cercles influents du PS pour ce qui concerne l’élaboration de positionnements sur la politique étrangère, on peut citer les think tank proches du parti comme la Fondation Jean Jaurès. Son délégué général, Gilles Finchelstein, est aussi directeur des études d’Euro RSCG, entreprise de communication, propriété, via Havas, du groupe Bolloré et fournisseur régulier de « conseils » tarifés à quelques chefs d’Etat africains. Euro RSCG a également des liens organiques et financiers avec l’autre think tank du PS, Terra Nova. C’est cependant la Fondation Jean Jaurès qui a édité « Quelle politique africaine pour la France en 2012 ? » de Thomas Melonio, employé de l’AFD depuis 2005 et ancien attaché parlementaire de Dominique Strauss Kahn.


La Fondation Jean Jaurès, a compté de 1997 à 2006 parmi ses responsables, l’ancien « Monsieur Afrique » du PS, Guy Labertit, toujours très actif parmi les soutiens de Laurent Gbagbo.


Une doctrine hésitante


Du fait de ces interventions peu coordonnées, on ne distingue pas de positionnement clair au sein du parti sur la relation franco-africaine. Cette difficulté à définir une nouvelle ligne a plusieurs explications.

Il y a d’une part les débats existants sur l’héritage Mitterrand et sur le bilan du gouverne­ment Jos­pin. Certaines per­sonnalités ont eu un rôle clé dans ces périodes et continuent de conseiller certains membres du parti (Sé­golène Royal a par exemple auditionné Hubert Védrine avant de rédiger son discours de Dakar) tandis que pour d’autres, elles incarnent une forme de cynisme d’Etat dont il faut se défaire.


Des réseaux d’amitiés avec des personnalités africaines telles que Laurent Gbagbo peu­ vent également avoir une influence sur les prises de position du parti ou de certaines individualités (Jack Lang, Henri Emmanuelli, Jean- Marie Le Guen), d’où la cacophonie régnant au sein du PS sur la Côte d’Ivoire.

Des amitiés ont, en effet, souvent lié le PS à des chefs d’Etat membres de l’Internationale so­­cia­ liste, comme Ben Ali ou Moubarak, ce qui a ouvert, au moment du printemps arabe de 2011, un débat opportun mais tardif au sein du parti. La première secrétaire, Martine Aubry, promettant de faire le ménage au sein d’une organisation dont la vice-présidente n’était autre que... Ségolène Royal.


Le PS, lorsqu’il était au pouvoir, a aussi et surtout maintenu des liens étroits avec des régimes pourvoyeurs en valises et autres services, comme l’a illustré l’affaire Elf, bien avant les révélations de Robert Bourgi. Les déclarations embarrassées du parti lors du décès d’Omar Bongo et la présence de l’ancien ministre socialiste Charles Josselin à ses obsèques illustrent cette difficulté à se démarquer des liens du passé. Dans son livre d’entretiens « Blanc comme nègre » (page 196), Omar Bongo, donne ainsi la liste de ses amitiés à gauche, nommant en par exemple Michel Rocard, Pierre Mauroy, Laurent Fabius et Elisabeth Guigou.

Lorsque le PS paraît trahir cette « fidélité », il est vite rappelé à l’ordre par ses anciens amis. Le récent communiqué de presse sur les législatives au Gabon a ainsi suscité une réaction musclée dans la presse gabonaise.


Un programme aux ambitions ambiguës


Sur la question du soutien aux dictateurs, le discours a cependant un peu évolué, grâce sûrement aux révolutions tuni­ siennes et égyptiennes et aussi peut-être à des interpellations directes menées par des associations comme Survie.

Mais au-delà du programme socialiste ou des communiqués de presse citant le Tchad ou le Congo Brazzaville, des prises de positions fortes se font souvent attendre sur la diplomatie de la France à l’égard des dictatures africaines, à l’exemple de l’« élection » du 9 octobre au Cameroun qui n’a pas suscité de réaction officielle. Le PS n’a pas vu venir les révolutions arabes et ne paraît pas, à cette heure, avoir suffisamment tiré de conclusions sur l’attitude à adopter face aux régimes soutenus depuis trente ans par la France.


L’autre problème majeur du posi­ tionnement du PS, c’est aussi sa propension à formuler des pro­ positions grandiloquentes sur le plan géostratégique (volonté de définir une « vision » prospective du continent africain en étudiant son économie et sa démographie, etc.) ou à verser dans l’anecdotique par rapport aux enjeux réels. Les programmes de 2007 et de 2012 ont ainsi en commun de vouloir mettre en avant des thématiques telles que l’aide publique, la coopération culturelle et la Francophonie, mais aussi le micro-crédit, la coopération décentralisée, tout en restant extrêmement discrets par exemple sur le franc CFA, les bases militaires ou les entreprises françaises. Si Thomas Melonio s’est risqué à aborder ces thèmes dans son ouvrage publié à la Fondation Jean Jaurès (op cit), celui-ci n’est pas reconnu comme un document émanant du parti.


Il faut donc s’en tenir pour l’heure au programme formel établi par le PS et à son accord avec son allié électoral EELV qui, parmi les ministères potentiels à se partager, lorgne sans doute celui de la coopération. Les propositions du candidat François Hollande, qui envisagerait un déplacement en Afrique au cours de la campagne, se font encore attendre. Contentons-nous d’espérer que les promesses qui ne manqueront pas d’être émises à cette occasion ne connaîtront pas le même sort que celles de Nicolas Sarkozy en 2006 à Cotonou.

 

Fabrice Tarrit, président de l'association Survie


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Rwanda : une vérité qui dérange en France

11 Janvier 2012 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Rwanda : une vérité qui dérange en France

 

Edito du Monde | LEMONDE | 11.01.12 |

 

Au mémorial du génocide de Ntarama, en 2003.

Au mémorial du génocide de Ntarama, en 2003.AFP/MARCO LONGARI


La vérité aura mis près de dix-huit ans à surgir, mais elle a une très grande portée historique et diplomatique. Car cette fois, elle n'est pas d'ordre politique mais scientifique : l'expertise menée à Kigali par le juge français Marc Trévidic établit que les tirs qui, le 6 avril 1994, ont abattu le Falcon 50 du président rwandais Juvénal Habyarimana sont partis du camp militaire de Kanombé, tenu par l'armée officielle, censée protéger le chef de l'Etat.

 

L'enquête établit donc que ce sont les extrémistes hutu qui ont assassiné le président Habyarimana parce qu'il venait d'accepter un partage du pouvoir avec les Tutsi. Et non par des combattants tutsi proches de l'actuel président Paul Kagamé, en guerre contre le régime Habyarimana, comme le juge Jean-Louis Bruguière, prédécesseur de M. Trévidic, l'avait affirmé en 2006 sans jamais avoir enquêté sur le terrain. A l'époque, ses conclusions avaient conduit le Rwanda à rompre ses relations diplomatiques avec la France.

Or cette vérité n'est pas seulement balistique : elle révèle une réalité historique qui établit le mécanisme terrible qui, cent jours durant, a conduit à la mort 800 000 Rwandais, essentiellement tutsi, mais aussi hutu modérés.

 

Elle montre que l'attentat contre l'avion présidentiel, qui fut le point de départ mais non la cause d'un génocide préparé de longue date, s'inscrit dans une stratégie de la terreur de la part des extrémistes hutu. Il s'agissait de provoquer une situation de chaos propice à la perpétration du massacre planifié et systématique des Tutsi et des opposants hutu. De fait, les tueries ont démarré immédiatement après le crash.

 

Le 6 avril 1994, le président rwandais Habyarimana - ici avec le président français François Mitterrand en 1982 - est tué dans un attentat contre son avion, au-dessus de Kigali.

Le 6 avril 1994, le président rwandais Habyarimana - ici avec le président français François Mitterrand en 1982 - est tué dans un attentat contre son avion, au-dessus de Kigali.AFP/PIERRE GUILLAUD


L'expertise judiciaire anéantit ainsi la thèse défendue notamment par le juge Bruguière et le journaliste Pierre Péan, selon laquelle les soldats rebelles tutsi venus d'Ouganda et conduits par Paul Kagamé auraient, pour s'emparer du pouvoir, provoqué sciemment le génocide de leur propre peuple, les Tutsi de l'intérieur. L'enquête biaisée du juge Bruguière a failli aboutir non seulement à un terrifiant fiasco judiciaire, mais à une conclusion négationniste : le génocide des Tutsi aurait été organisé… par ceux-là mêmes qui allaient en être les victimes.

Parce qu'elle dérange beaucoup de monde, cette vérité a mis longtemps à être établie. Elle ne gêne pas tellement la France de Nicolas Sarkozy, qui a renoué avec le régime de Paul Kagamé et qui, à Kigali, a reconnu les "graves erreurs d'appréciation" de Paris. Mais plutôt la France de la cohabitation Mitterrand-Balladur, qui a soutenu jusqu'au bout le régime Habyarimana, et celle d'une armée tricolore qui, longtemps, a approvisionné et entraîné les militaires rwandais, dont certains allaient participer au génocide.

S'il a lieu un jour, le procès aux assises du crash de 1994 ne devra pas évacuer ces responsabilités. La vérité sur le génocide rwandais doit continuer à être recherchée indépendamment de la très inquiétante dérive autoritaire de l'actuel régime de Paul Kagamé. Car, avec le génocide, il s'agit d'une tragédie historique.

Article paru dans l'édition du 12.01.12

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Areva en Afrique, l’affaire Uramin

10 Janvier 2012 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

 

Billets d'Afrique n°209- Janvier 2012
Areva en Afrique, l’affaire Uramin

par Raphaël Granvaud

Le 16 décembre dernier, le nouveau président du directoire d’Areva, Luc Oursel, successeur d’Anne Lauvergeon, rendait public un Plan d’action stratégique pour mettre le groupe à la diète. Au cœur du problème, l’affaire Uramin, du nom de cette société avalée par Areva en 2007 pour conquérir de nouveaux gisements en Afrique.


La santé financière d’Areva laisse à désirer. On pourrait sourire des déconvenues du géant du nucléaire, dont on dénonce depuis longtemps les mé­faits en Afrique et ailleurs, si ce n’étaient les salariés, européens et africains, qui feront les frais du milliard d’euros d’économies que le groupe doit réaliser d’ici 2015.

En cause, les mésaventures de la construction de l’EPR finlandais (cinq ans de retard, le double du prix initialement prévu) et les répercussions de la catastrophe nucléaire de Fukushima sur le marché des centrales et du combustible. Mais aussi une dette importante (3,7 mil­ liards d’euros - dont la note a été dégradée de « stable » à « négative » par l’agence Standard & Poor’s), en grande partie liée à une politique d’acquisition hasardeuse et aujourd’hui considérée comme suspecte.


Areva à l’assaut du continent africain


Petit rappel des faits. En 2006-2007, les cours de l’uranium sur le marché mondial (marché « spot ») flambent sous l’effet de la spéculation. Cette envolée et les perspectives euphoriques du développement de l’énergie nucléaire dans le monde boostent les activités des producteurs d’uranium. Dans cette situation, Areva, comme ses concurrents, tente de diversifier ses permis miniers, notamment en Afrique.

Au Niger, où ses filiales, la Somaïr et la Cominak, exploitent depuis quarante ans des gisements historiques, Areva obtient, début 2009, le permis d’Imouraren, au terme d’un bras de fer avec le régime de Mamadou Tandja, et en échange de la bénédiction donnée par le président français au putsch constitutionnel préparé par son homologue nigérien. Avec la promesse d’un milliard d’euros d’investissements, il s’agit d’en faire le plus grand gisement d’uranium en Afrique et le deuxième au monde.

Mais ce n’est pas tout. Pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, Areva avait aussi fait l’acquisition de la société Uramin, une « junior » canadienne immatriculée dans le paradis fiscal des îles Vierges, qui possède des permis miniers au Tchad, au Sénégal, en Centrafrique, en Namibie et en Afrique du Sud. En Centrafrique, au terme de négociations compliquées, et secrètes, avec le général Bozizé qui exige un « bonus » alors qu’il prépare sa « réélection », Areva annonce une reprise de la production sur le site de Bakouma, découvert depuis longtemps par les prospecteurs du CEA.

En Namibie, le site de Trekkopje était présenté comme « l’un des projets phares du groupe », avec construction d’une usine de dessalement d’eau de mer pour le fonctionnement de la mine. Mais avec la chute des cours de l’uranium, la donne a changé, et les espoirs de rentabilité à court terme sur des gisements difficiles à exploiter s’envolent.


Des contrats perdant-perdant


Depuis quelques semaines, les rumeurs qui courraient semblent confirmées : tous ces projets sont (provisoirement ?) arrêtés. Début octobre, le Premier ministre nigérien se voyait annoncer par Luc Oursel un nouveau report de l’exploitation d’Imouraren, où, croient savoir certains journalistes, les investissements ont été gelés (L’express.fr, 14 décembre). Fin octobre, c’était l’annonce de la suspension de l’exploitation du gisement de Bakouma, bientôt suivie de celle du gisement de Trekkopje en Namibie et de Ryst Kuil en Afrique du Sud. Envolées, les promesses de partenariat « profondément sincère » et « gagnant-gagnant » [1] !

A la grande colère de certains dirigeants africains qui s’étaient vu promettre des retombées financières rapides. « Nous nous réservons le droit de contester notre contrat avec cette société si les responsables maintiennent leur position », a par exemple déclaré le directeur général des mines centrafricain, tandis que, côté Nigérien, « beaucoup soupçonnent Areva de « ne pas jouer franc jeu » », selon « un haut responsable nigérien » cité par Vincent Hugeux (L’express.fr, 14 décembre).

Depuis, Areva a officiellement démenti « le gel de ses investissements dans la mine d’Imouraren » (communiqué à l’APA - Niamey, 23 décembre). Une prudence vraisemblablement liée à la volonté de préserver ses intérêts miniers déjà existant dans ce pays et de conjurer un retour en grâce des entreprises minières chinoises à ses dépends.


2 milliards partis en fumée


La suspension des projets miniers d’Uramin est officiellement justifiée par la chute des cours de l’uranium et les répercussions de l’accident nucléaire de Fukushima. Mais si les comptes d’Areva sont plombés, c’est aussi et surtout lié aux conditions d’acquisition d’UraMin, devenu Areva Resources Southern Africa. Durant les six mois qu’ont duré les négociations, entre l’achat de 5 % du capital d’Uramin et l’annonce officielle de l’OPA amicale, en juin 2007, le cours de l’action de la junior canadienne, qui n’a pourtant encore aucun gisement en exploitation, allait plus que quadrupler à la Bourse de Toronto, obligeant Areva a payer le prix fort : 1,8 milliards d’euros.


Des conditions d’achat qui surprennent les observateurs de l’époque et qui laissent planer de fort soupçons de délits d’initiés (Billets d’Afrique n°204 - Juillet Août 2011). « Les grands gagnants de l’opération seront les actionnaires d’Uramin. Ils toucheront le jackpot, le 15 juin 2007, au moment du rachat par Areva. (...) Parmi eux, de vieux routiers du secteur des mines, comme le Canadien Stephen Dattels, le créateur de la société, spécialiste des coups en Bourse. Ou ses copains Jim Slater et Ian Watson, de la société Galahad, reconvertis depuis dans l’agrobusiness au Brésil. On trouve aussi de grands noms de la finance – Goldman Sachs, Bear Stearns, Fidelity – et toute une myriade de fonds opaques, souvent basés dans des paradis fiscaux. » (Parismatch. com, 20 décembre) « Pour eux, c’est le jackpot et le sujet d’un livre – aujourd’hui introuvable – intitulé U308, UraMin, A Team Enriched. » (LeJdd.fr 25 décembre)

Uramin, a tema enriched

Selon L’Express.fr (26 décembre), « un rapport de Goldman Sachs, daté du mois d’avril 2007 et réalisé pour EDF (...) mettait en relief les coûts de structures élevés requis pour exploiter les mines d’uranium africaines de cette junior entreprise d’origine canadienne. Ce document, qui alertait sur la rentabilité à long terme de cet investissement, a dissuadé la direction d’EDF de co- investir avec Areva dans UraMin. Hélas, ce rapport n’a pas été présenté au conseil de surveillance d’Areva ».

Depuis, comme on l’a déjà dit, le cours de l’uranium a dégringolé, et les réserves d’uranium du gisement namibien, où Areva a déjà investi plus de 700 millions d’euros, ont été réévaluées à la baisse, presque de moitié. Aujourd’hui, sur les 2,4 milliards de dépréciation d’actifs qu’Areva vient d’inscrire dans ses comptes, 1,46 milliard d’euros servent à éponger la perte de valeur d’Uramin, auxquels s’ajoutent les 426 millions d’euros que le groupe avait déjà provisionné l’année dernière pour le même motif. Soit au total plus que le prix d’achat initial d’Uramin !


De la filialisation à la privatisation


En plus des économies annoncées, Areva prévoit, pour se renflouer, de vendre pour 1,2 milliards d’actifs, à commencer par sa participation de 26% dans une autre société minière, Eramet, présente dans le manganèse en Nouvelle-Calédonie et au Gabon via la Comilog. Si Uramin a été une mauvaise affaire, le reste du pôle minier, le second en volume au plan mondial, est attractif. Il assure au groupe de confortables marges et serait, selon les termes d’Areva « numéro 1 en performance » financière devant ses concurrents (Plan d’action stratégique, 13 décembre).

Areva compte donc procéder rapidement à la privatisation – pardon, à l’ouverture du capital – de ce pôle minier puisque plus rien ne s’y oppose désormais. A cette fin, ce dernier a été très récemment transformé en filiale, pour l’instant détenue à 100% par Areva, elle-même détenue directement ou indirectement à 87% par l’Etat (usinenouvelle.com, 14 décembre) Et le 14 décembre dernier, le conseil des ministres a approuvé un décret autorisant l’ouverture du capital de cette filiale minière. « Nous n’avons aucune intention de démanteler le groupe », continue pourtant d’assurer Luc Oursel. (...) « Oui, nous allons garder les mines, insiste un nouveau conseiller de la direction... pour l’instant. » (LesEchos.fr, 15 décembre).

Évidemment, personne n’est dupe. C’est d’ailleurs parce qu’elle s’opposait à ce scénario que Anne Lauvergeon a été débarquée, il y a quelques mois, de la direction du groupe. Non qu’elle se soit opposée à la privatisation d’Areva, mais parce qu’elle tenait à conserver le « modèle intégré », rassemblant dans la même entreprise toutes les activités du cycle nucléaire.


Uramin : un feuilleton à rebondissements


A l’inverse, Nicolas Sarkozy, qui avait déjà tenté de faire profiter son ami Bouygues du secteur nucléaire (Le Canard Enchaîné, 14 mai 2008), et son autre ami Henri Proglio, nommé à la tête d’EDF pour reprendre les rennes du secteur nucléaire, entend bien vendre Areva par petits bouts. C’est pendant la guerre larvée qui les a opposés à Anne Lauvergeon, laquelle entendait bien se faire reconduire pour un troisième mandat à la tête du groupe, qu’est apparue dans la presse « l’affaire Uramin » en avril dernier. « Des dossiers ont circulé, [ont été] envoyés à des politiques », révèle l’éditorialiste du Journal du dimanche (19 juin) qui s’interroge : « Manipulation ou rappel d’une réalité occultée ? »

Une note anonyme sur Uramin, « circule depuis un mois, dans certaines rédactions. Avec la bénédiction de Claude Guéant, dit- on... », rapporte La Lettre A (29 avril) qui précise : « L’histoire a finalement trouvé preneur, le 21 avril, avec la publication de deux colonnes sur ce sujet dans Paris-Match ». La note dénonçait une « transaction financièrement inexplicable et commercialement contestable » et l’existence d’« intermédiaires en Belgique, au Luxembourg ou au Canada », qui auraient « exploité cet acharnement impérieux [à acquérir Uramin] pour se servir au passage. » Des accusations qui émaneraient « du clan Proglio-Djouhri » selon « un proche d’Anne Lauvergeon. » (Challenges.fr, 07 octobre)


Récemment, Le Canard enchaîné (21 décembre) a révélé que durant cette même période, Anne Lauvergeon et son époux, Olivier Fric, avaient été espionnés par une officine privée, de même que Daniel Wouters, embauché par Areva peu avant le rachat d’Uramin, et qui deviendra le directeur du développement de cette nouvelle filiale.

Selon la partie du rapport rendue publique, « les recherches préliminaires menées sur M. Fric n’ont pas permis d’obtenir d’informations laissant penser qu’il aurait pu bénéficier de manière illégitime du rachat d’UraMin par Areva ». D’après Parismatch.com (22 décembre) qui ne cite pas ses sources, le commanditaire de cette enquête pourrait être Sébastien de Montessus, patron de la division « Mines » du groupe Areva. D’après le JDD.fr (25 décembre), « partie de là, l’enquête abouti à un supplément d’information sur UraMin consigné dans une note de deux pages en mai 2010. Conclusion ? Pour évaluer les réserves des mines convoitées, « Areva n’a utilisé que les documents et données proposés par la société SRK, qui était rémunérée par le vendeur ».


Autre passage important de la note : « Il y a un faisceau d’indices sérieux et concordants qui démontrent qu’Areva a été victime d’une escroquerie. » » Toujours selon le JDD.fr, une autre enquête barbouzarde commandée par Areva établirait que c’est le mari d’Anne Lauvergeon qui serait à l’origine du recrutement en 2006 du Franco-Belge Daniel Wouters, lequel serait à l’origine du rachat d’Uramin. Olivier Fric aurait également « agi en consultant auprès de United Africa, le partenaire d’UraMin dans l’usine de dessalement construite en Namibie pour exploiter la mine de Trekkopje ». Informations démenties par les intéressés, qui réfutent également toute accusation de conflit d’intérêts.

Plusieurs enquêtes (administratives et parlementaire) sont également en cours, officiellement pour faire la lumière sur les conditions du rachat d’Uramin. Affaire à suivre dans le prochain numéro...


[1] Discours d’Anne Lauvergeon lors de l’inauguration d’Imouraren


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La Françafrique peut-elle faire ses valises en 2012 ?

2 Janvier 2012 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

La Françafrique peut-elle faire ses valises en 2012 ?

Par Fabrice Tarrit, président de l'association SURVIE


En 2007 déjà, certains candidats à la présidentielle avaient rivalisé de promesses sur le thème de la rupture avec la Françafrique. Les révolutions dans le monde arabe et les revendications démocratiques qui s’expriment en Afrique subsaharienne ont depuis changé la donne. Alors que les peuples africains dénoncent de plus en plus bruyamment les élections truquées et que le financement occulte de la vie politique française s’étale au grand jour, le contexte 2012 est favorable à l’irruption de la thématique « Françafrique » dans le débat de la présidentielle et des législatives. A quelques mois de l’échéance, Billets d’Afrique inaugure une série d’article d’analyse sur le contexte de cette élection, les forces en présence, les propositions des candidats et... ce que l’on peut en attendre.


Même si cela est mal connu du grand public, la relation franco-africaine joue un rô­le déterminant en France sur le plan politique, économique, militaire et institutionnel. La réformer implique de prendre des décisions importantes notamment sur les bases militaires françaises en Afrique, sur le franc CFA et sur les relations amicales entretenues avec ces régimes qui partagent des secrets inavouables avec des dirigeants français. Cela peut avoir des incidences sur la sécurité des approvisionnements énergétiques français ou sur les marchés détenus par telle ou telle entreprise en Afrique. Cela peut faire perdre à la France son pré carré diplomatique sur l’Afrique à l’ONU ou à l’UE, ce que peu d’hommes d’Etat sont prêts à risquer une fois au pouvoir. D’autant que les supposés spécialistes des relations africaines qui les entourent ont une influence excessive et propagent le modèle néocolonial.


Cette relation s’est construite en marge, voire aux antipodes des valeurs que par ailleurs la France affiche sur la scène diplomatique. Elle s’est institutionnalisée en marge des valeurs constitutionnelles, et dehors de tout contrôle des institutions. Elle a en outre contribué au financement occulte de la vie politique comme l’a rappelé l’affaire récente des « mallettes ».


La réformer implique donc bien plus qu’un simple ravalement de façade. C’est un changement structurel majeur.

Un risque que n’ont pas pris les présidents successifs car cela allait à l’encontre de leurs intérêts politiques et personnels immédiats.

2012 - le choix

La réforme plébiscitée ?

L’échec de la politique franco-africaine est tel, du fait de ses archaïsmes, de ses dérives et de la contestation dont elle fait l’objet, que l’intention de la réformer est aujourd’hui affichée par l’essentiel de la classe politique. Y compris, en 2006, au Bénin, par le candidat Sarkozy avec la conséquence que l’on connaît : la mise en place d’une Françafrique décomplexée, habillée d’une prétendue réforme mais toujours au service du business français. Les plus crédibles sont souvent ceux qui ont tenu un discours de remise en cause avant les autres, à l’exemple des députés qui ont enquêté dans les années 90 sur les financements pétroliers ou qui ont défendu Survie à l’époque du procès intenté par des chefs d’Etat à l’encontre de son président.


Ce ne sont pas forcément des personnalités politiques de premier plan. Il y a parmi eux quelques parlementaires et députés européens communistes, socialistes et écologistes, comme Noël Mamère, Jean- Paul Lecoq ou Eva Joly. A droite, les quelques tentatives de députés ou de ministres d’interroger la politique de la France en Afrique ont été vite découragées par l’exécutif. On se souvient, en 2008, des déclarations de Rama Yade lors de la visite de Kadhafi en France ou de l’éviction de Jean-Marie Bockel du secrétariat d’Etat à la Coopération.


La même année, le ministre de la Défense, Hervé Morin, avait conduit l’intervention militaire française au Tchad. L’ex-UDF et partisan de Bayrou avait pourtant annoncé sa volonté d’en finir avec la Françafrique dans un courrier envoyé en 2004 à Survie. Chacun, à droite, a préféré garder son strapontin (comme ce fut le cas également à gauche lorsqu’elle était au pouvoir, à l’exception de la démission de Jean-Pierre Cot en 1983). Quant à la mission parlementaire sur les relations franco-africaines présidée par le député UMP Jean-Louis Christ, en 2008, elle est loin d’avoir produit un résultat probant, se contentant d’analyses de prospectives économiques et de poncifs sur les atouts du continent en écartant soigneusement les mots qui fâchent (dictature, corruption, bases militaires, CFA, etc.).


Les tendances pour 2012

Aujourd’hui le mot Françafrique n’est plus tabou. Le NPA et les Verts, Eva Joly en tête continuent de la dénoncer. Jean-Luc Melenchon, sans doute encore marqué par l’héritage mitterrandien et par une analyse ambiguë de l’universalité des Droits de l’homme (voir ses déclarations sur le Tibet), est particulièrement discret sur ce point, beaucoup plus mobilisé sur la géopolitique internationale et sur l’Amérique latine, tandis que ses alliés communistes manifestent une volonté de réforme plus claire.


Quelques militants du Parti de gauche aux côtés de militants communistes, écologistes et du NPA participent cependant à Paris à des réunions du Collectif de Solidarité avec les luttes sociales et politiques en Afrique, un cadre d’échange qui permet à chaque force en présence de compléter son analyse des problématiques politiques en Afrique, électorales en particulier.


Le PS est lui aussi marqué par l’héritage de Mitterrand, qui a encore ses défenseurs, tous courants confondus, dont certains « éléphants » comme Henri Emmanuelli, très actif sur la défense du rôle de la France lors du génocide au Rwanda.


Le parti est aussi marqué par le bilan du gouvernement Jospin et sa doctrine du « ni ingérence ni indifférence ». Il aborde toutefois la question avec un peu moins de tabous qu’auparavant, entraîné par les nouvelles générations, le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) en tête, très critiques par exemple sur le rôle de la France dans le génocide au Rwanda.


Ségolène Royal et Martine Aubry ont produit leur propre discours sur l’Afrique avec plus ou moins de réussite en se démarquant du discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy. En février 2011, Martine Aubry avouait ainsi à une délégation du CRID reçue lors du Forum social mondial de Dakar qu’il fallait mettre un grand coup de balai sur la Françafrique. D’après elle, elle est encore vivante principalement à droite bien qu’il en reste encore des relents au PS.

Arnaud Montebourg est sans doute le plus clair sur la remise en cause de la corruption et des désordres de la mondialisation. François Hollande, le candidat désigné se montre davantage sur la réserve. Son avis sur la question est mal connu, ce qui tend à rendre déterminant le rôle des personnalités socialistes qui le conseilleront et l’entoureront en matière de politique extérieure. Il faut relever toutefois que sa première sortie publique au lendemain de sa victoire aux primaires socialistes a été une commémoration du 17 octobre 1961, organisée, il est vrai, en marge de la grande manifestation unitaire à Paris où tous les autres partis de gauche et leurs leaders étaient eux bien présents.


Au centre, on a du mal à distinguer la ligne des différents candidats potentiels. Bayrou se drape de vertu, mais on l’a vu rencontrer Omar Bongo dans son hôtel particulier pour y recueillir des « conseils » lors de la campagne 2007 et même s’il affirme avoir refusé des « mallettes », ses confidences arrivent bien tard.


De Villepin est lui clairement marqué par ses réseaux françafricains comme les révélations récentes de Robert Bourgi l’ont récemment remis en lumière. Nous avons évoqué plus haut le cas d’Hervé Morin, l’anti-françafricain repenti.


L’extrême-droite, et ce n’est pas nouveau, s’empare du thème sous l’angle commode de la dénonciation des élites et de la corruption, bien que Jean-Marie Le Pen ait lui-même été éclaboussé par l’affaire des mallettes. Ce qui est davantage surprenant c’est l’intérêt qu’accorde Marine Le Pen aux ingérences françaises dans certains pays comme la Côte d’Ivoire et sa volonté de tisser des liens avec des forces politiques d’Afrique ou de la diaspora en résistance face à l’impérialisme français. Chose inquié­tante, le FN parvient à s’attirer des sympathies dans ces milieux.


Les enjeux

En matière de politique de la France en Afrique, ce qui compte, ce n’est pas l’affichage plus ou moins opportuniste d’intentions, c’est bien la volonté de réforme et la capacité d’assumer la prise de risque politique qu’elle suppose. L’analyse des programmes s’avérera certes une activité importante, à laquelle se livrera Billets d’Afrique dans les prochains mois, mais elle sera à relativiser en fonction des forces en présence et de leur capacité réelle à influencer les prises de décisions diplomatiques au plus haut niveau.


A gauche comme à droite, il ne sera donc possible de tirer des conclusions qu’au moment de la mise en pratique des promesses. Les principales questions étant déjà posées. Les alliés au sein de coalitions éventuelles feront-ils de ce thème un enjeu de négociation, voire un thème « clivant », comme celui du nucléaire ? Retrouvera-t-on à la Coopération une personnalité qui s’est illustrée sur le thème de la rupture avec la Françafrique ? Des ministres écologistes, communistes ou centristes, en fonction de la majorité au pouvoir, seront-ils prêts à démissionner si les promesses sont trahies ou continueront- ils à considérer cette thématique comme un enjeu mineur, comme cela a été le cas lors de coalitions gouvernementales précédentes ?


Survie et Billets d’Afrique se montreront évidemment particulièrement vigilants sur ces points.

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