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Survie Midi Pyrénées

Rassemblement Toulouse 1er Octobre solidarité avec le peuple marocain

29 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Manifestations, commemorations

 

A l'appel de nombreuses organisations, un rassemblement est organisé samedi 1er octobre à 17h place du Capitole en soutien aux peuples syrien et marocain. Nous appelons à y participer largement.
La solidarité est notre arme, utilisons la !

Rassemblement en soutien aux peuples syrien et marocain!

 

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Soutien au Mouvement du 20 février pour une vraie démocratie au Maroc !

28 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Non à la mascarade du référendum au Maroc!

Soutien au Mouvement du 20 février pour une vraie démocratie !

 

Le discours du 9 mars pour calmer la rue.  Le roi promet une modification de la constitution dans un sens plus démocratique avec  séparation des pouvoirs, le respect des Droits de l'Homme, la réforme de la justice, etc. Pour faire ce toilettage historique, des hommes de son bord constituent le  CNDH. Les partis, syndicats et associations qui acceptent de « participer » à ces travaux remettent leurs propositions écrites, mais l’aménagement se fait à huis clos. Pendant que de plus en plus de citoyens marocains rejoignent les marches du mouvement du 20 février  La répression policière atteint une violence inouïe. On comptera 7 morts, de nombreux blessés et incarcérés, certains pour dix ans.


Le 17 juin le roi lit les 180 articles - modification de dernière minute

On constate que la  commission choisie et téléguidée par le roi s’est bien moquée des aspirations du mouvement du 20 février ! Pas question de libérer les prisonniers politiques, de lutter contre la corruption, contre l’impunité, d’envisager de réduire les écarts de « fortunes » scandaleux entre immensément riches et dramatiquement pauvres, et j’en passe … Comme l’ancienne, la « nouvelle » constitution octroie au roi qui n’a toujours de comptes à rendre à personne tous les pouvoirs qui se trouvent même renforcés. A l’issue de cette lecture le roi appelle à voter oui, sortant de son rôle d’arbitre. Le non et le boycott semblent tout simplement inconcevables. Le 30 juin, un tout dernier changement ôte au chef du gouvernement le droit de regard sur la nomination du président de la cour constitutionnelle. Ce changement n’est pas pris en compte sur le texte voté le lendemain… Ainsi, la nouvelle constitution n’est pas celle qui a été proposée à référendum !

 

10 jours de simulacre de campagne référendaire hâtive et expéditive

Contrairement à la coutume de prendre son temps pour que les partisans du oui et du non puissent s’exprimer et s’expliquer, le régime choisit d’abréger autant que possible la durée de cette campagne pour ne pas fournir d’alibis aux opposants, menant droit au but recherché, à savoir l’adoption du texte de référendum par tous les moyens légaux ou non.

 

Répression sous-traitée aux baltagias

Les méthodes policières violentes des forces de l’ «ordre» commençant à être critiquées (un peu…) sur le plan international (EU et UE), le régime fait appel à «une armée de réserve»: marginaux, analphabètes, pauvres des quartiers périphériques des villes et de la population du milieu rural souvent drogués, parfois alcooliques. En contrepartie de quelques sous, ces baltagias qu’encadre le ministère de l’intérieur, deviennent les défenseurs du régime, bandes mobilisées pour jouer la comédie de la liesse populaire, pour casser les manifestations pacifiques du mouvement du 20 février, et attaquer les militants, s’il le faut à l’arme blanche.

Ils organisent des manifestations anti-20 février dans lesquelles les insultes, les provocations et les agressions, vols de portables et d’argent se produisent sous l’œil attentif des forces de l’ordre et sous leur protection.

L’argent des contribuables coule à flot pour financer les partis du makhzen et assurer la logistique en matière de moyens de transport, d’habillement, de nourriture. …


Les moyens audio-visuels sont principalement à la disposition des partisans du ouii qui ont totalisé 89,6 % du temps réservé à la campagne. Peu de temps pour les partisans du non (1,8 %) , antennes interdites pour ceux qui prônent le boycott. Le mouvement du 20 février ainsi que la Jamaa Justice et Spiritualité et le parti Al Oumma n’ont pas eu droit à la parole. Le makhzen et ses baltajias ont commencé à faire campagne pour le « oui » le jour même du vote par le biais des agents de l’autorité qui frappaient aux portes des gens pour les inciter à aller voter, de banderoles dans les bureaux, etc…


La religion mise à contribution

Le ministère des affaires islamiques, a appelé tous ses renforts à la rescousse, y compris les zaouias ou confréries  Les imams sont obligés de  lire un appel à voter oui dans les mosquées.

 

1er juillet : jour du vote

La possibilité de contrôle du déroulement du scrutin n’existe pas , les listes électorales du temps de Basri sont falsifiées puisqu’on y trouve encore des morts (entre autres cas illégaux) qui peuvent voter. Cette situation a donné lieu à la falsification sous toutes ces formes dont voici quelques unes :


- on ne signe pas après le vote

- on vote sans présenter ni la carte d’électeur, ni la carte d’identité nationale

- le père vote à la place des membres de sa famille

- un enfant vote à la place de sa mère vieille ou malade

- on ouvre les urnes pour falsifier les résultats

- on laisse les bureaux de vote ouverts après lheure de clôture du vote

- les procès verbaux sont signés à blanc

- les cartes d’électeurs non retirées restent aux mains des autorités

- on transporte des hommes et des femmes pour voter par «oui »

- dans certains bureaux, on ne sert que les bulletins du «oui »


 Les résultats du référendum

Officiellement, le référendum s’est passé dans de bonnes conditions. Ces résultats sont les suivants :

-le nombre des inscrits sur les listes électorales s’élève à 13 451 404 personnes

-le nombre de personnes ayant voté: 9 881 922 personnes. Donc, le taux de participation est de 73,46 %.

Lorsqu’on enlève les bulletins nuls et qu’on calcule ce que représente le « oui » par rapport à la somme des votants par « oui » et par « non », on trouve 98,5 %. Pour le « non », le résultat est de 1,5 %.


En fait les irrégularités sont nombreuses: tout est truqué pour dépasser, coûte que coûte, et largement, les 95% de oui. Par exemple pas un mot sur le nombre de personnes ayant boycotté le référendum qui s’élève à 3 569 482 électeurs.


Selon l’Unicef, le nombre de personnes âgées de 18 ans, en droit de voter,  et plus s’élève à 20 966 000 personnes en 2009. En partant de ces données, on découvre les résultats suivants :

- le taux d’inscription sur les listes électorales = 64,16 %

- le nombre des non inscrits : 7 544 596 personnes

- le taux de non inscription = 35,84 %

- le taux de participation = 47,13 %

- le nombre de personnes non inscrites + ayant boycotté + ayant voté par « non » + bulletins nuls = 11 342 508 personnes. Ce qui représente 54,11 % des personnes en âge de voter.

- le nombre de votes par « oui » = 9653492 voix

ceux qui ont voté par « oui » ne représentent que 43,89 % de l’ensemble des personnes en âge de voter au Maroc.

 ( pour plus de détails pour ces calculs réalisés à partir des données du ministère de l’intérieur :

 http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article17177 

 

CONCLUSION

Le régime a «fabriqué» une constitution taillée à sa mesure aux antipodes de la démocratie universelle. 

Les gouvernants hypocrites occidentaux ont applaudi les prouesses du makhzen en termes de fraudes et de falsifications. Ils ont délaissé les règles de la démocratie pour se travestir en défenseurs du despotisme.

Le mouvement du 20 février tient encore le coup. Il continue, en prenant de plus en plus de risques, à organiser les marches non-violentes, à travers tout le pays. L’ampleur des manifestations organisées pour contester les résultats officiels, le dimanche 3 juillet 2011 soit deux jours après le référendum, atteste de sa volonté inébranlable de continuer la lutte pour la liberté, la dignité, la justice sociale.

Ce mouvement doit être soutenu par tous les militants des droits de lhomme à travers le monde et la mascarade du référendum constitutionnel fermement dénoncée!

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Soutien au Collectif Girondin pour le Rwanda contre Sosthène Munyemana

27 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Communiqué du CPCR (Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda) et Survie, le 26 septembre 2011

 

Soutien au Collectif Girondin pour le Rwanda contre Sosthène Munyemana

 


Condamné à deux reprises pour génocide par la justice rwandaise, objet d'une procédure  ouverte en France en 1995 dans laquelle le CPCR et Survie se sont portés partie civile aux cotés de la FIDH, le docteur Sosthène Munyemana assigne devant le tribunal de grande instance de Bordeaux ceux qui ont publiquement rappelé son passé. Il leur reproche une atteinte à la présomption d'innocence. L'audience a lieu mardi 27 septembre 2011 : en jugeant ceux qui dénoncent la clémence dont bénéficie un homme reconnu coupable de génocide dans son pays, la justice française se laissera-t-elle instrumentaliser ?



Le samedi 30 janvier 2010, des membres du Collectif Girondin pour le Rwanda (CGR), excédés par l’inaction de la justice, se mobilisent devant l’hôpital de Villeneuve-sur-Lot où exerce le docteur Munyemana, pour informer la population et mettre la direction de l’hôpital devant ses responsabilités. A la suite de cette action, en se fondant pour l’essentiel sur des propos rapportés dans la presse, Sosthène Munyemana a porté plainte contre l'association Cauri et trois membres du CGR pour non-respect de la présomption d’innocence. Or, en octobre 2008, M. Munyemana a été condamné à la prison à perpétuité pour génocide par les tribunaux gacaca de Butare, au Rwanda. Il serait paradoxal qu'un homme reconnu coupable d'avoir participé au génocide des Tutsi puisse faire taire ceux qui dénoncent l'impunité dont il jouit dans notre pays.



Car même si son extradition vers le Rwanda a été refusée par la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de
Bordeaux le 7 octobre 2010, le mot « innocence » ne fait pas bon ménage avec le nom de celui qu’on désigne comme le « boucher de Tumba ». En témoigne le résumé des faits le concernant établi par la Cour nationale du droit d'asile, qui lui a refusé le statut de réfugié : « l’instruction a également permis de constater que M. Sosthène MUNYEMANA s’est volontairement inscrit dans l’appareil administratif local mis en place durant la période du génocide ; qu’il a pu se mouvoir avec aisance au cœur même de l’action génocidaire notamment lors de son enquête sur l’assassinat d’un ami, d’origine hutu ; qu’il a assumé une pleine autorité sur un local de détention du secteur de Tumba, dans la commune de Ngoma ; qu’ayant volontairement prêté son concours à l’administration organisant les massacres, il a personnellement assumé la responsabilité de la détention de Tutsi qu’il a livrés aux autorités communales dont il ne pouvait ignorer le comportement criminel ; que sa complicité avec les agents de persécutions est illustrée par la bienveillance et les protections dont il a bénéficié de la part des autorités universitaires et préfectorales de l’époque ainsi que des soldats et miliciens qu’il a pu questionner sur le lieu même de leurs crimes sans être inquiété ; qu’enfin, et en contradiction flagrante avec ses déclarations, sa nomination au comité de financement de l’autodéfense civile pour la préfecture de Butare constitue, en soi et au sens récemment rappelé par le Conseil d’Etat dans sa décision Tegera, une raison sérieuse de penser que l’intéressé s’est rendu coupable de crime de génocide et de crime contre l’humanité au sens des stipulations de l’article 1er, F, a de la convention de Genève » (arrêt du 24 janvier 2008).



Si les juridictions administratives se sont donc prononcées sur le cas Munyemana, ce n'est pas encore le cas des juridictions judiciaires. Sosthène Munyemana, médecin à l'hôpital de Butare au moment du génocide, est arrivé en France en septembre 1994. Le Collectif girondin pour le Rwanda a déposé plainte contre lui le 18 octobre 1995, il y aura bientôt seize ans... Déplacée de Bordeaux à Paris en 2001, l'instruction, confiée à Mme Pous, est aujourd'hui relancée. Une condamnation par le tribunal de Bordeaux de prévenus dont la bonne foi ne peut être mise en cause apparaîtrait d'autant plus incompréhensible qu'après avoir été reconnu coupable de génocide au Rwanda, M. Munyemana pourrait bien avoir – enfin - à rendre des comptes à la justice française.

Au-delà de l'affaire Munyemana, ce qui est en cause, c'est la bienveillance dont les autorités françaises ont fait preuve jusqu'à présent à l'égard de Rwandais présents sur notre sol et sur lesquels pèsent les plus graves soupçons d'implication dans le génocide des Tutsi. La France va-t-elle rester longtemps encore ce havre d’impunité?

Le Collectif des parties civiles pour le Rwanda et l'association Survie estiment qu’en cas de condamnation la justice contribuerait à dissuader des individus, rescapés ou non à s’exprimer et  poursuivre leur travail d’investigation. Le CPCR et Survie demandent aux  autorités françaises de donner à la justice les moyens pour enfin juger les présumés génocidaires vivant dans notre pays.

Contacts :
CPCR - Alain GAUTHIER, président 06 40 57 09 44 collectifrwanda@aol.com
www.collectifpartiescivilesrwanda.fr
Survie - Stéphanie DUBOIS DE PRISQUE, chargée de communication 01 44 61 03 25 stephanie.duboisdeprisque@survie.org
www.survie.org
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Franc CFA et Françafrique : après les billets, par ici la monnaie !

19 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Communiqué Survie, le 19 septembre 2011

 

Franc CFA et Françafrique : après les billets, par ici la monnaie !


 
Ce lundi 19 septembre à Bercy, le ministre français des Finances préside la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales de la zone Franc, en présence du ministre de la coopération Henri de Raincourt. Tout un symbole : en pleine crise de la dette et de la monnaie européenne, ceux qui prétendent que la Françafrique n'existe plus ne trouvent rien à redire au maintien d'un de ses principaux mécanismes institutionnels, le contrôle monétaire par le franc CFA.


La semaine dernière, les développements médiatiques autour des « révélations » de Robert Bourgi sont venus une fois de plus étayer les soupçons de  corruption de nombreuses personnalités politiques françaises de premier plan,  dont l'actuel Président de la République. Mais l'association Survie  rappelle que la nébuleuse criminelle de la Françafrique ne se limite pas à des transferts de mallettes de billets, complétés depuis longtemps par des montages sophistiqués dans les paradis fiscaux[1]. Celle-ci repose surtout sur des mécanismes institutionnels tels que le maintien du franc CFA, seul système monétaire colonial ayant survécu à la décolonisation. Les pays de la zone franc n'ont aucune marge de manœuvre en termes de politique monétaire : depuis plus de 50 ans, ces décisions-là  nécessitent l'accord de l'ancien colonisateur.


Cette quinzaine de pays monétairement vassalisés sont tenus de déposer la moitié de leurs réserves de changes sur un compte d'opérations au Trésor public français, et le gouvernement français possède toujours la capacité statutaire de contrôler, par son droit de vote et de véto, toutes les instances des banques centrales (BCEAO en Afrique de l'Ouest[2], BEAC en Afrique centrale et BCC pour les Comores). Il peut donc imposer les grandes orientations monétaires de ces pays, comme cela avait été le cas sous le gouvernement Balladur lors de la dévaluation de 1994, dont les économies africaines ne se sont jamais relevées. Cette ingérence française est justifiée par l'assurance qu'elle prétend offrir aux marchés financiers, transposition sur le plan monétaire du dogme de la « stabilité politique » qui permet à la France de soutenir les pires despotes du continent, en sous-entendant que ce serait pire sinon... Elle est aussi présentée comme la garantie d'une prétendue « bonne gouvernance » de ces institutions monétaires ; cela n'a pourtant jamais empêché les dictateurs de se servir dans la caisse, et un câble diplomatique révélé par Wikileaks (09PARIS608) cite un responsable de la BEAC selon lequel l'argent détourné était en partie canalisé « vers les partis politiques français. [...] Des deux côtés, mais surtout à droite, spécialement Chirac et y compris Sarkozy ».


Alors que la crise budgétaire des Etats européens repose la question de la souveraineté monétaire face aux marchés financiers, pratiquement personne ne s'étonne que les pays de la zone franc n'aient jamais eu ce droit souverain face à l'ancienne puissance coloniale : il est pourtant urgent que la France se désengage du système du Franc CFA. L'association Survie appelle donc celles et ceux qui s'offusquent des livraisons de mallettes de billets de Robert Bourgi à ne pas seulement demander une enquête sur ces faits, mais à exiger un véritable examen de la politique française en Afrique, sur ses volets occultes comme sur ses mécanismes institutionnels, sans hypocrisie ni tabou.

 

Contact presse :

Stéphanie Dubois de Prisque, chargée de communication

stephanie.duboisdeprisque@survie.org

01 44 61 03 25

 



[2] Selon l'économiste togolais Kako Nubukpo, l'autorité de la France a été récemment réaffirmée lors de la création du Comité de Politique Monétaire de la BCAO puisque « le représentant du Trésor Français y a une voix délibérative, alors que le Président de la Commission de l’UEMOA
[Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine] n’y détient qu’une voix consultative ! » (
http://alternatives-economiques.fr/blogs/nubukpo/2011/09/14/reunion-de-la-zone-franc-a-paris-quelle-gestion-pour-le-franc-cfa-dans-un-monde-en-crise-3/ )

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Table ronde: migrant-e-s, quel avenir ici et là-bas ?

16 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Vendredi 23 Septembre 2011 à 20h30 en la Salle du Sénéchal à Toulouse

Organisée par le CCFD Terre Solidaire,

 

Table ronde: migrant-e-s, quel avenir ici et là-bas ?

 

a table-ronde sur les migrations verra la participation de Frère Alain Richard initiateur des Cercles de silence, de Cécile Ntoutoume de la Pastorale des migrants, de Nina Marx du réseau Migrations au CCFD Terre solidaire, de la Cimade et des migrants donneront leur témoignage. 

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Robert Bourgi : derrière les mallettes, le pillage de l’Afrique et le naufrage de notre démocratie

15 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

 

 

 

Robert Bourgi : derrière les mallettes,

le pillage de l’Afrique et le naufrage de notre démocratie

 

Ce n’est certainement pas une soudaine bonne conscience qui vient de pousser Robert Bourgi à détailler au Journal du Dimanche comment il a transmis pendant des années d’importantes sommes d’argent liquide aux plus hautes autorités de l’État français et à une frange de la classe politique de droite. Quelles que soient les motivations réelles de ces « révélations », elles démontrent plus que jamais la nécessité d’un changement radical dans les relations franco-africaines et d’un assainissement du monde politique et de nos institutions.

L ’association Survie lutte depuis plus de 25 ans contre le système françafricain, dont le financement occulte des partis politiques français n’est qu’une facette. Il s’accompagne du pillage des matières premières des pays africains, d’une position quasi monopolistique des entreprises hexagonales sur bien des marchés des anciennes colonies françaises et surtout du soutien à des régimes autoritaires par la diplomatie et les forces armées. La conséquence directe de cette politique est la paupérisation de populations entières qui ne bénéficient pas de l’exploitation des ressources naturelles de leurs pays et subissent depuis les indépendances le joug de régimes soutenus à bout de bras par une diplomatie française complice des détournements et des exactions. S’il restait des naïfs pour y croire, l’image d’Epinal de la France « amie » de l’Afrique qui distille de l’ « aide » au développement en prend une nouvelle fois sérieusement pour son grade.


L’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, au-delà d’un discours de façade sur une prétendue « rupture avec la Françafrique ». Le soutien aux putschistes mauritaniens, les félicitations à l’élection frauduleuse d’Ali Bongo, la complaisance passée envers le régime de Ben Ali, mais toujours d’actualité envers ceux de Blaise Compaoré au Burkina Faso, d’Idriss Déby au Tchad ou encore de Denis Sassou Nguesso au Congo Brazzaville et de Paul Biya au Cameroun sont autant de signes que si la forme a peut-être changé, l’essence demeure. Sous Sarkozy, les interventions françaises au Tchad en 2008, dans le Sahel, et cette année en Côte d’Ivoire et en Libye marquent même un regain dans le volet militaire de la Françafrique.


Au regard de cette continuité, difficile de croire au désintéressement de l’actuel président français, quand tous ses prédécesseurs ont profité d’un système si lucratif. Celui-ci a bel et bien adoubé Robert Bourgi en toute connaissance de cause concernant les agissements occultes de ce fils spirituel de Jacques Foccart et a fait de lui une pièce importante de son réseau de contacts et de négociations parfois occultes avec les chefs d’Etat africains, Omar Bongo en tête, avec lequel Nicolas Sarkozy affichait une proximité confondante.


A l’heure où certains commentateurs, ceux là même qui parfois s’étonnaient que l’on parle encore de Françafrique, s’amuseraient presque de cette « course à la valise » presque aussi « folklorique » et croustillante que les diamants de Bokassa, il est utile de dépasser la cap de l’anecdote. Au-delà des mallettes et des millions d’euros évoqués dans cette affaire, il est utile de rappeler que l’Afrique est victime d’une prédation économique et financière particulièrement sophistiquée. Depuis l’affaire Elf, il est ainsi de notoriété publique que les paradis fiscaux offrent une opacité parfaite pour les transactions occultes. Sur ce plan aucun doute que l’Afrique est bien entrée dans l’Histoire et dans la mondialisation, pour ceux qui se sont permis d’en douter.


Il est également utile de rappeler que cette affaire illustre l’absence totale de contrôle de la politique de la France en Afrique, que ce soit par le Parlement, la société civile et autres contre-pouvoirs. Au-delà des mécanismes institutionnels défaillants il y a aussi le renoncement de beaucoup qui « savent » ou « devinent » et se taisent.


Toute la lumière doit aujourd’hui être faite, en particulier par la Justice, sur les faits mentionnés par Robert Bourgi, Michel de Bonnecorse et les autres acteurs françafricains qui s’affrontent aujourd’hui par déclarations et révélations interposées.


À l’aube de cette nouvelle campagne électorale, Survie réaffirme également la nécessité d’un examen complet de la relation franco-africaine qui pourrait être mené dans le cadre d’une commission d’enquête associant chercheurs, parlementaires, représentants de la société civile et africaines, témoins clés, etc. Contrairement aux travaux précédents, un tel audit devra poser toutes les questions qui fâchent, qu’il s’agisse du soutien aux dictateurs africains et aux contreparties obtenues, du financement occulte de la vie politique française, du rôle de l’armée française et de ses multiples ingérences, des multinationales, du franc CFA, etc.


Pour commencer, notre association appelle les médias et les candidat-e-s à la présidentielle à oser enfin mettre la Françafrique au cœur des débats. Comme d’autres « affaires » actuelles, l’actualité démontre une nouvelle fois qu’il s’agit bien d’un enjeu crucial pour la démocratie française et nos institutions.


En complément :

- Sur le site du Journal du Dimanche : L’association Survie dénonce la persistance de ces pratiques sous Nicolas-Sarkozy (interview)
- Dans le journal télévisé de La Chaîne Parlementaire

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Fathi Chamkhi : « Pour un moratoire immédiat de la dette tunisienne ! (...)

14 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

 

 

Billets d'Afrique 205 - septembre 2011. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:

 

 

 

Fathi Chamkhi : « Pour un moratoire immédiat de la dette tunisienne ! (...)

 

 

Les nouvelles autorités tunisiennes ont très vite, après la chute de Ben Ali, donné des assurances aux créanciers internationaux leur assurant un remboursement de la D’après le gouverneur de la Banque centrale, la Tunisie doit rembourser 1120 millions de dinars (560 millions euros) alors que le pays a besoin de consacrer toutes ses ressources financières à ses budgets sociaux.Témoignage de Fathi Chamkhi, porte- parole de Raid Attac et Cadtm Tunisie, qui milite activement pour la suspension du remboursement, l’audit de la dette et l’abolition de sa partie odieuse.

 

 


Billets d’Afrique : Pourquoi ne pas avoir suspendu le remboursement de la dette au lendemain de la révolution ?

Au lendemain de la révolution, la décision de suspendre le paiement du service de la dette est la décision qui paraît être la plus logique, vu l’ampleur des besoins sociaux auxquels il faut répondre en toute urgence. Au lieu de cela, le gouvernement s’est hâté à rassurer les créanciers, quelques jours à peine, après la fuite du dictateur, en affirmant poursuivre le paiement de la dette. Rassurer les riches créanciers internationaux, plutôt que d’apporter secours à une population saignée à blanc par plus de deux décennies de politique économique ultralibérale, voilà la priorité de ce gouvernement. Cela en dit long sur sa nature politique et sociale. Il est en effet issu du régime de Ben Ali !

Chose assez curieuse, la révolution s’est contentée de décapiter le pouvoir sans l’abattre. Après le 14 janvier, tout le gouvernement de Ben Ali est resté en place. Il a fallu attendre le 24 février pour qu’il en soit chassé. Mais, celle qui prend la relève est, elle aussi, issue du même pouvoir. De ce fait, il ne faut pas s’étonner qu’elle maintienne le cap de la politique du dictateur, c’est-à-dire de continuer d’agir contre les intérêts vitaux des classes populaire, malgré la révolution.

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                                     Fathi Chamkhi
        « en 1956, le pouvoir tunisien a été obligé de racheter  les terres agricoles (environ la moitié de la surface agricole) que les colons français avaient accaparé sous le régime colonial, avec des crédits accordés par l’Etat français ! »

 

La bataille pour la prise du pouvoir paraît donc primordiale pour la réalisation des objectifs de la révolution. La bataille pour la suspension du paiement de la dette met en évidence cette vérité.


Billets d’Afrique les revendications sociales de la Révolution tunisienne peuvent-elles s’accommoder de cette continuité ?

Le régime de Ben Ali est un régime antisocial, c’est ce qui explique la révolution. La chute du dictateur n’a pas suffit pour abattre son régime. Le gouvernement actuel est un gouvernement contre-révolutionnaire qui tente de main­tenir ce régime. Il est donc clair qu’il n’apporte aucune réponse aux revendications sociales de la révolution.

La question est de savoir s’il pourra-t-il se maintenir en place malgré cela ? Les classes populaires sont-elles prêtes à se soumettre de nouveau ? A l’heure actuelle rien n’est décidé, même si le gouvernement est en train de marquer des points, par exemple en poursuivant le paiement de la dette, et surtout en reprenant progressivement le contrôle de la situation.

Je pense néanmoins que le calme actuel est très fragile et qu’une nouvelle explosion populaire, dans les prochaines semaines, voire les prochains mois, n’est pas à exclure. Le sort de la révolution n’est pas encore scellé. Je continue de croire à sa victoire, car se soumettre de nouveau et se laisser exploiter et opprimer comme cela été toujours le cas, me paraît fort peu probable. Il est bien normal que le régime de Ben Ali essaye de s’accrocher et de se restaurer mais il ne pourra plus résister assez longtemps car il n’a pas de réponses aux immenses attentes sociales.


Billets d’Afrique : On sait que la quasi- totalité de l’économie tunisienne était aux mains du clan Ben Ali, n’est-ce pas plutôt la dette de celui-ci davantage qu’une dette publique ?

Je pense qu’il est exagéré d’affirmer une chose pareille. Certes, les Ben Ali, les Trabelsi (clan de l’épouse du dictateur) et les familles alliées locales se sont approprié un pan entier de l’économie, toujours est-il qu’une bonne partie échappait à leur contrôle.

Par exemple, les intérêts économiques étrangers qui sont importants en Tunisie, ont toujours été en dehors de leur zone de contrôle. Cela étant dit, il est vrai de dire qu’une bonne partie de la dette, qui est dite publique, est en fait une dette privée du clan mafieux des Ben Ali-Trabelsi.


Billets d’Afrique : l’annulation de la dette est-elle un thème populaire en Tunisie ?

La dette était une question totalement ignorée des classes populaires avant le 14 janvier. Grâce à la campagne initiée par notre association, nous pouvons affirmer qu’elle l’est beaucoup moins aujourd’hui.

Par exemple, plusieurs partis politiques l’ont, d’ores et déjà inscrite à leur programmes et un débat national commence à s’organiser autour de cette question. Beaucoup de chemin a été réalisé en si peu de temps, et cela grace bien évidemment à la révolution.

Je pense que cette question va devenir l’une des questions centrales du processus révolutionnaire dans les semaines et les mois à venir.mensuel


Billets d’Afrique : voyez-vous des similitudes avec la crise des dettes souveraines en Europe ?

Bien entendu, il existe beaucoup de similitudes, notamment en ce qui concerne les intérêts sociaux auxquels la dette porte atteinte. Ce mécanisme est conçu pour privatiser les profits et pour socialiser les pertes. La dette ramène derrière elle l’austérité, le chômage et la précarité.

Mais, le contexte politique est bien évidemment complètement différent. Dans le Sud, la dette s’inscrit dans des relations dominants-dominés, où la dette pose, en plus de questions relevant de la justice sociale, ceux de la souveraineté populaire nationale. Les crises de la dette, qui éclatent ça et là dans les pays du Nord, ou bien qui risquent d’éclater dans un avenir proche, en plus de ceux que connaissent les pays du Sud, ont « le mérite » de mettre un peu plus en évidence les intérêts communs des peuples, aussi bien ceux du Nord que ceux de Sud, face à un ennemi commun.


Billets d’Afrique : quelle est la part des créanciers français dans la dette publique tunisienne ?

En tant qu’ancienne puissance coloniale, la France occupe une place importante dans la dette de la Tunisie, sa part dans l’encours total de la dette extérieure publique s’élève à environ 14%, mais il ne s’agit là que de la part bilatérale, c’est-à-dire celle revenant à l’Etat français, sans compter le secteur financier privé.

Mais il paraît tout de même assez difficile d’admettre que la Tunisie doit de l’argent à la France. D’une part, la Tunisie a déjà remboursé le double de ce qu’elle a emprunté à la France. D’autre part, la France, qui a colonisé la Tunisie pendant trois quarts de siècle, pillant et exploitant librement le pays, a une dette historique envers elle, qu’elle n’a jamais honorée.

Bien plus, quelques années après l’indépendance en 1956, le pouvoir tunisien a été obligé de racheter les terres agricoles (environ la moitié de la surface agricole) que les colons français avaient accaparé sous le régime colonial, avec des crédits accordés par l’Etat français !


Propos recueillis par Raphaël De Benito

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Biafine Sarkozy à Bourgi : "Reste à l’ombre pour ne pas attraper de coups de soleil"

12 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Le 12 septembre 2011

Par la cellule Francafrique --- www.cellulefrancafrique.org
Collectif pour une autre politique de la France en Afrique.

Biafine Sarkozy à Bourgi : "Reste à l’ombre pour ne pas attraper de coups de soleil"


Qui peut croire une minute que Robert Bourgi, tel le nuage de Tchernobyl bloqué à la frontière, ait cessé tout portage de valises depuis son ralliement à Sarko ??


Le 27 septembre 2008, Nicolas Sarkozy remet la Légion d’honneur à l’Elysée à Robert Bourgi devant notamment des représentants du Gabon, de Côte d’Ivoire et du Congo-Brazzaville. Il lui dit : « sur le terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs [en parlant à Jacques Foccart]. Reste à l’ombre pour ne pas attraper de coups de soleil ». La vidéo vaut son pesant de cacahouètes (après 1h02) !

 

Mais cette Légion pourrait avoir altéré la mémoire de Bourgi. Sa volonté déclarée de nettoyer les relations entre la France et l’Afrique semble un tout petit peu sélective. A l’écouter, le président Bongo (pour ne prendre que lui !) aurait complètement cessé de huiler les rouages de la Françafrique sous Sarkozy. Nous avons quelques raisons de douter de la parole de l’homme d’affaires franco-libanais à ce sujet :

 

1. « Le 14 janvier 2007, au Congrès UMP d’investiture du candidat Sarkozy, il y avait au premier rang, parmi les contributeurs de la campagne, Pascaline, la fille du président Omar Bongo, qui gère toutes ses participations dans les sociétés commerciales et ses comptes en banques à l’étranger, et Paul Toungui, le ministre des Finances du Gabon ». Voyez plutôt, encore, le film La Françafrique épisode 2 (allez directement à 1h01 de visionnage).

 

2. En mars 2007, à quelques semaines du premier tour, Nicolas Sarkozy (de même que Dominique de Villepin et François Bayrou) se rend chez Omar Bongo à Paris... pour s’incliner devant le Vieux Sage ? La télé gabonaise en a parlé ; curieusement la télé française, moins !

 

3. Le 6 mai 2007, quelques minutes avant la proclamation officielle des résultats du second tour des présidentielles, le nouveau chef de l’Etat appelle Omar Bongo pour le remercier de ‘ses bons conseils’ ? Mais quels types de conseils celui qui était alors au pouvoir au Gabon depuis 40 ans a-t-il donc pu lui prodiguer ?

 

4. Nicolas Sarkozy recevra Omar Bongo dès sa première semaine à l’Elysée et obligera la moitié de son gouvernement à faire des courbettes devant le doyen des dictateurs.

5. Il fera peu après cadeau à Bongo d’une remise de dette du Gabon à hauteur de 20% de la dette contre l’avis de Bercy qui refusait de dépasser 5% d’allègement... Les ONG s’en étaient émues !

 

6. Et ce n’est pas tout : Nicolas Sarkozy se rendra à Libreville dès sa première tournée africaine en juillet 2007. Selon Jean-François Probst, cité par Le Parisien, le chef de l’Etat en aurait profité pour engranger un milliard de francs CFA (1,5 million d’euros) ! Juste rétribution d’une remise de 150 millions d’euros de dette ?

 

7. N. Sarkozy fera tout pour étouffer l’affaire des biens mal acquis qui menace de révéler comment les clans Bongo, Sassou Nguesso et Obiang Nguema dilapident l’argent de leur pays : il ordonne une première fois d’enterrer l’affaire en 2007, puis demande au Parquet de faire appel chaque fois que l’enquête menaçait d’être ouverte... Heureusement il a perdu.

 

8. Surtout, il est le premier président de la République à destituer un ministre pour faire la volonté d’un dictateur africain quand, en février 2008, il cède aux demandes d’Omar Bongo en retirant à Jean-Marie Bockel son portefeuille de secrétaire d’Etat à la Coopération, lui qui avait eu le tort de croire aux promesses sarkozyennes de rupture avec la Françafrique. Son glorieux successeur Alain Joyandet ne manquera pas d’aller se prosterner devant "Le Vieux". La Cellule ne l’entendait pas de cette oreille...

 

9. A en croire des câbles diplomatiques révélés par Wikileaks le 29 décembre 2010, 28 millions d’euros auraient été détournés de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) par Omar Bongo pour financer les activités politiques de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Le 12 juin 2009, un haut fonctionnaire de la BEAC expliquait à un diplomate américain en poste à Yaoudé (Cameroun) que « Les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l’argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président Nicolas Sarkozy. ».

 

10. Enfin, Nicolas Sarkozy a manifestement choisi de prolonger le clan Bongo au pouvoir au Gabon en avalisant la soi-disant élection d’Ali Bongo en août 2009, alors que plusieurs repentis parmi les autorités françaises admettent qu’il était nettement devancé. Là aussi, le film La Françafrique parle de lui-même (4ème minute).

 

Jean Denard


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Le carnet de Colette Braeckman ! Paul Kagame très attendu à Paris

9 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

8 septembre 2011  

Le carnet de Colette Braeckman

Paul Kagame très attendu à Paris:vaste mobilisation 

    


De tous côtés, on mobilise : la visite à Paris du président rwandais Paul Kagame, les 11 et 12 septembre, suscite un remue ménage sans précédent. Au sein de la diaspora rwandaise comme en France même.


Au départ cependant, il ne s’agît que d’un acte de réciprocité : le président rwandais, qui a accueilli Nicolas Sarkozy en mars 2010,  se rend à son tour en France pour sceller le rétablissement des relations diplomatiques et la normalisation et il sera reçu à l’Elysée lundi midi.


Cependant, cette visite dépasse de loin le cadre protocolaire : elle est censée mettre fin à deux décennies d’une « guérilla » diplomatique, médiatique, judiciciaire entamée au début des années 90, lorsque le Front patriotique rwandais menait les hostilités contre un régime Habyarimana hostile aux Tutsis et soutenu par la France, tant sur le plan militaire que politique. La dernière visite à Paris de Paul Kagame, avant 1994,  lui a laissé un goût amer : il avait été interpellé à son hôtel, interrogé  et détenu durant une nuit et un jour !


Après que le 4 juillet 1994 le FPR, mettant fin au génocide, se soit emparé du pouvoir à Kigali, les hostilités n’avaient pas cessé. Et pour cause : non seulement les militaires français s’étaient tenus, jusqu’au bout, aux côtés de l’armée rwandaise, la conseillant et lui livrant des armes, mais en outre, l’arrivée au pouvoir des « rebelles tutsis » représentait un fait inédit : pour la première fois dans l’Afrique dite francophone, un changement de pouvoir s’opérait sans l’assentiment de la France ! Au cours des années qui suivirent, Paris accueillit de nombreux dignitaires de l’ancien régime (dont la veuve du président Habyarimana), s’employa à dénigrer et à saboter le Rwanda sur le plan international. Mais surtout, Paris fut l’épicentre d’une intense campagne à la fois médiatique et judiciaire dont le point culminant fut la délivrance, par le juge Bruguière,  de mandats d’arrêt contre neuf personnalités rwandaises proches du président Kagame, accusées d’avoir abattu l’avion du président Habyarimana, évènement considéré comme l’élément déclencheur du génocide.


A l’heure actuelle, cette enquète est reprise par un nouveau juge d’instruction, Marc Trevidic, connu pour son indépendance. Entretemps, bien des charges se sont effondrées, les témoins se sont rétractés, les enquêteurs eux-mêmes ont été confondus…


Mais surtout le président Sarkozy, dès son élection, s’est employé à normaliser les relations entre les deux pays. Non sans rencontrer de vives oppositions : son propre ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, (ministre des Affaires étrangères en 1994 il avait reconnu le gouvernement intérimaire rwandais, accusé d’avoir mis en œuvre le génocide…) a préféré voyager aux antipodes pour ne pas devoir rencontrer Kagame, des officiers de haut rang, anciens de l’Opération Turquoise, ne désarment pas, les lettres ouvertes se  succèdent dans la presse, les opposants rwandais, qui se comptent par dizaines de milliers en France et en Belgique, mobilisent depuis des semaines après avoir tenté de faire annuler la visite…


Rien n’y a fait :  c’est un nouveau Rwanda, fier de son développement économique et de ses perspectives d’avenir que son président veut présenter aux Français et à ses compatriotes de la diaspora. La rencontre avec Sarkozy aura été précédée d’un petit déjeuner au Medef, et des opérateurs économiques rwandais rencontreront le patronat français. La première journée du séjour sera, elle, consacrée à un dialogue avec la communauté rwandaise, dont on attend plus de 3000 représentants, venus de France, de Belgique, mais aussi de Suisse, de Norvège. A tous, opposants ou partisans, Kagame répètera ce qu’il déclara déjà à Bruxelles voici quelques mois « venez et voyez », revenez  au pays et jugez par vous-mêmes…Une douzaine de stands installés à leur intention devraient leur donner un aperçu des changements survenus dans le pays.


Malgré la volonté de normalisation, les écueils, sinon les surprises, ne manqueront certainement pas : ainsi par exemple que se passera-t-il si le président rwandais est accompagné de personnalités (des militaires notemment…)qui font toujours l’objet d’un mandat d’arrêt international, délivré par le juge espagnol Meirelles, qui a, en gros, repris l’acte d’accusation de son collègue Bruguière ? On peut gager  que les opposants auront, eux aussi, recruté largement,  et que de nombreux Congolais iront grossir leurs rangs, reprochant au président rwandais l’invasion et l’occupation du Congo lors de la deuxième guerre(1998-2002), de nombreux massacres ainsi que le pillage persistant des ressources minières du Kivu.


Plusieurs associations, dont Survie, demandent aussi que cette visite ne soit pas marquée par une sorte d’ « amnistie réciproque » où la fin des enquêtes sur l’implication de la France aux côtés des génocidaires serait échangée contre  l’abandon des poursuites contre les dirigeants rwandais accusés de crimes, au Congo entre autres…


Pourquoi les deux parties ont-elles cependant intérêt à ce que cette visite ait lieu, et qu’elle se traduise par un succès ?

Du côté français, le président Sarkozy, qui a pris bonne note de l’appui accordé à Kigali par les Américains et surtout les Britanniques, ne souhaite pas demeurer en reste, voir la France être écartée de l’Afrique des Grands Lacs et de ses ressources. Il n’a jamais caché sa volonté de tourner la page, de normaliser les relations avec le Rwanda, considérant que ce pays représente un élément essentiel dans la stabilisation de la région. Au début de son mandat, il avait même proposé, en toute simplicité, que le Congo accepte de partager ses ressources avec son voisin rwandais, sur une base volontaire cette fois !


Du côté rwandais, même si la mémoire demeure douloureuse, c’est aussi le réalisme qui prévaut :la France n’est pas seulement un pays clé de l’Union européenne, elle est aussi membre du Conseil de sécurité et demeure très impliquée dans les opérations de paix, entre autres en Afrique.  Or le Rwanda, qui a déjà envoyé des Casques bleus au Darfour, souhaite engager davantage de ses militaires sous la bannière des Nations unies. Mais surtout, même s’il a introduit partout l’enseignement de l’anglais, au détriment du français, le président Kagame demeure un pragmatique et il sait que si le « jeune tigre » rwandais a l’ambition de dialoguer avec les grands, la France demeure incontournable…

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France-Rwanda : Le business dans les Grands Lacs contre une amnistie mutuelle de crimes imprescriptibles ?

9 Septembre 2011 , Rédigé par survie.midipyrenees@free.fr Publié dans #Actualités françafricaines, communiqués, archives.

Communiqué de Survie, le 8 septembre 2011

 

France-Rwanda : Le business dans les Grands Lacs contre une amnistie mutuelle de crimes imprescriptibles ?


 

À l’occasion du déplacement du président Kagame à Paris les 12 et 13 septembre 2011, l’association Survie dénonce les conditions du réchauffement diplomatique entre Paris et Kigali, qui sacrifie la justice, la vérité et le respect des droits humains sur l’autel des intérêts économiques.


Le réchauffement progressif des relations franco-rwandaises se confirme avec cette visite en France de Paul Kagame, visite qui fait suite à celle de Nicolas Sarkozy à Kigali le 25 février 2010. Ces relations étaient très tendues depuis l’arrivée au pouvoir, en 1994, au Rwanda, du FPR (Front Patriotique Rwandais), qui mit un terme au génocide des Tutsi. Ce génocide avait été perpétré avec la complicité des décideurs politiques et militaires français, soutien du régime d’Habyarimana, puis du Gouvernement Intérimaire Rwandais (GIR) auteur du génocide. La visite de Paul Kagame pose problème, à cause du risque que ce rapprochement diplomatique ne s’opère au détriment de la justice sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi, mais aussi du fait de la nature même du régime rwandais et des crimes qui lui sont reprochés.


Le Rwanda, malgré un essor économique important, est en effet loin d’être un exemple démocratique et d’exercice des droits civiques, comme l’indique la victoire à 93% de Paul Kagame lors de la dernière élection présidentielle. L’Armée Patriotique Rwandaise (APR) qu’il a dirigée est par ailleurs accusée de crimes qualifiables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité au Zaïre en 1996-97, comme Survie l’a souligné à plusieurs reprises. Un rapport d’août 2010 du Haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU (Mapping Report) mentionne ainsi des dizaines de milliers de Hutu massacrés dans les forêts congolaises et les responsabilités rwandaises[1] dans ce massacre. Ce rapport, sur lequel s’appuient aujourd’hui les plus féroces opposants à Kagame, ne se prononce pas sur la qualification juridique des faits et n’étaye pas la thèse d’un second génocide, thèse relayée en France par ceux qui tiennent à faire « oublier » le rôle des autorités françaises en minimisant le génocide des Tutsi. Contrairement au travail mené par l’ONU dans le rapport précité, il demeure primordial de ne pas négliger le rôle de la communauté internationale, et en particulier celui de la France, dans la genèse de la tragédie qui continue de dévaster cet immense pays.


Alliée du régime Habyarimana malgré les signaux précurseurs du génocide, la France a soutenu en 1994 le Gouvernement Intérimaire Rwandais (GIR), Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, allant alors jusqu’à recevoir en plein génocide, son homologue du GIR. La France a continué des livraisons d’armes jusqu’en juin 1994 alors que l’ONU a voté l’embargo le 17 mai[2]. Elle a également permis la fuite des génocidaires au Zaïre et les a réarmés. Depuis 1994 la France reste une terre d’asile pour les présumés génocidaires, qui ne sont toujours pas poursuivis avec l’opiniâtreté nécessaire. Aucun procès n’a eu lieu sur notre sol. Dans ces dossiers de présumés génocidaires, comme dans celui qu’instruit le juge Trévidic sur l’attentat du 6 avril 1994 ou dans l’examen des plaintes déposées contre des militaires de l’opération Turquoise pour complicité de génocide, les autorités françaises de l’époque ont beaucoup à craindre[3],[4] .


Paris et Kigali ont donc toutes les deux un lourd passé à faire oublier. Les deux capitales ont amorcé un dégel de leur relation avec deux objectifs en ligne de mire : le retour de la France en tant que partenaire économique dans la région et l’amnistie mutuelle des crimes respectifs. Afin que les autorités rwandaises passent l’éponge sur l’implication française dans le génocide des Tutsi, les autorités françaises ne dénoncent pas le rôle du Rwanda dans les conflits du Kivu. Il s’agit une nouvelle fois pour Nicolas Sarkozy de positionner la France et ses entreprises dans la compétition internationale qui se joue pour l’accès aux ressources naturelles de la région des Grands Lacs, alors qu’il n’agit pas pour la justice et la démocratie.


Survie demande aux autorités françaises :

Concernant le génocide des Tutsi du Rwanda :

- De donner à la justice française les moyens pour juger les présumés génocidaires en créant le pôle d’instruction spécialisé dans les crimes contre l’humanité.

- De mettre en place une commission d’enquête parlementaire qui fasse totalement la lumière sur l’implication de la France au Rwanda.

- De lever le Secret Défense sur les archives concernant l’ensemble de l’action française


Concernant la paix, la justice, et la démocratie en République Démocratique du Congo :

- De participer à la mise en place d’enquêtes sur les responsabilités des sociétés minières étrangères dans les crimes commis en RD Congo pendant les guerres de 1996 à 2003, notamment sur SDV la filiale de l’entreprise française Bolloré dont les activités ont été dénoncées par l’ONU[5].

- De s’en tenir à des relations minimales avec le régime rwandais du fait de ses manquements démocratiques et de ne rien entreprendre sur le plan diplomatique ou judiciaire qui puisse contribuer à dédouaner les dirigeants rwandais de leurs responsabilités dans des crimes commis en RD Congo.


Contact presse :

Odile Biyidi-Awala, Présidente de Survie

Tél. : 06 13 45 35 02

[1] http://survie.org/billets-d-afrique...

[2] Rapport de Human Rights Watch de 1995 « Rwanda/Zaïre Réarmement dans l’impunité. Le soutien international aux perpétrateurs du génocide rwandais.” http://www.hrw.org/legacy/reports/1...

[3] Il y a complicité de génocide, même s’il n’y a pas volonté de participer au génocide, à partir du moment où il y a aide en toute connaissance de cause à ceux qui commettent le génocide.

[4] Sachant que les militaires étaient aux ordres des responsables politiques de l’époque, ces derniers pourraient in fine avoir à rendre des comptes devant la justice.

[5] http://www.unhchr.ch/Huridocda/Huri...

http://survie.org

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